Critiques Cinéma

A CHIARA (Critique)

SYNOPSIS: Chiara, 16 ans, vit dans une petite ville de Calabre, entourée de toute sa famille. Pour les 18 ans de sa soeur, une grande fête est organisée et tout le clan se réunit. Le lendemain, Claudio, son père, part sans laisser de traces. Elle décide alors de mener l’enquête pour le retrouver. Mais plus elle s’approche de la vérité qui entoure le mystère de cette disparition, plus son propre destin se dessine. 

Avec A chiara, Jonas Carpignano vient compléter façon triptyque ce qu’il avait entamé avec Mediterranea (2015) et A Ciambra (2017), toujours en filmant la ville calabraise de Gioia Tauro. Mais à chaque fois, comme il dit lui-même en montrant « une facette différente ». Il est ici question d’un traitement social de la Mafia, à l’aune des conséquences sur les familles. Souvent, on commence par apprendre à vivre avec sa famille, qu’on ne choisit pas, comme dirait l’autre, puis on survit avec elle. C’est vrai pour vous, alors imaginez pour des filles de mafieux. Surtout celle de ‘Ndrangheta, une mafia très dangereuse, ne reposant précisément que sur les liens du sang. C’est justement tellement difficile à vivre, impossible à croire, que l’on se résout à ne prononcer le mot « Mafia » qu’au bout d’une heure de film. Comment alors s’émanciper, s’autoriser à vivre un ailleurs, faire avec les erreurs de l’autre et voir son destin basculer sans avoir pourtant rien demandé. C’est Le parrain (1972), mais vu de l’intérieur et totalement socialement. C’est une petite pépite d’émotions, à vif et d’une très grande pureté et sincérité dans la mise en scène. C’est en fait un thriller très intranquille, à la lisière d’un drame permanent, avec une sorte de constance dans le suspense, toujours en lien avec une dramaturgie sociale. Imaginez puis voir son parent en faute devient une équation déchirante pour Chiara.


C’est un film d’initiation pour la jeune adolescente, qui va se confronter aux mensonges des adultes. Pagnol relatait bien l’ampleur du drame pour un enfant de savoir que ses parents peuvent mentir… C’est l’effondrement d’un monde. (« Il est permis de mentir aux enfants lorsque c’est pour leur bien » disait-il). Est également montrée cette place incroyable du patriarcat, qui va être à la hauteur de la désillusion bouleversante de Chiara, une fois confrontée aux activités paternelles… Comme si l’amour incommensurable, le lien filial universel s’évaporait à mesure que le film avance. C’est d’une beauté bouleversante. Chiara, dans un territoire sclérosé par ses mauvaises habitudes est lumineuse, dans les aspirations d’une jeune fille de son âge. Les réseaux sociaux, la place du sport, elle semble rêver d’un ailleurs tout en assumant un ancrage familial et identitaire. Elle est moderne, pop et glamour. Une scène en particulier illustre parfaitement la hauteur du drame social qui nous est ici montré. Dans un face à face redoutable entre Chiara et son papa, l’adolescente lui demande s’il est un des boss de la mafia. Il lui répond par la négative une vérité glaçante que « On ne touche pas à la famille des vrais boss » .


Ce qui est assez incroyable également dans A chiara est que pour faire famille, Jonas Carpignano a choisi une véritable… famille… Qu’il s’agisse de Swamy, Claudio, Grecia, Giorgia, Antonio et Vincenzo, aucun n’est acteur de métier, mais ils sont tous professionnels de la famille !! Swamy Rotolo, non professionnelle donc, est pourtant d’une justesse éloquente et d’un charisme impressionnant, que le réalisateur avait repéré depuis des années. Elle irradie l’écran de son désenchantement, de ses aspirations contradictoires. Lunaire et solaire tout à la fois, son interprétation est plus qu’à la hauteur du projet.



Toute la famille est au diapason et le choix audacieux qu’elle ne fasse qu’un, notamment dans la scène initiale du repas est une parfaite réussite. A chiara surprend souvent, bouleverse parfois et nous tient véritablement en haleine pendant un peu plus de deux heures, pour un thriller social et familial qu’on ne voit pas passer. Ce film est une quête qui touche au cœur, il est de ceux que l’on n’oublie pas.

Titre Original: A CHIARA

Réalisé par: Jonas Carpignano

Casting: Swamy Rotolo, Claudio Rotolo, Grecia Rotolo

Genre: Drame

Sortie le: 13  Avril 2022

Distribué par: Haut et Court

EXCELLENT

 

 

 

 

 

 

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