Critiques Cinéma

LE STADE (Critique)

SYNOPSIS: L’aventure humaine de l’équipe de rugby du Stade Toulousain, la plus titrée de France, face au challenge le plus ambitieux de son histoire. Malgré des adversaires tenaces, malgré les blessures, ces combattants déterminés se jettent à corps perdus dans l’arène pour décrocher leur 5ème étoile de champion d’Europe et devenir ainsi le club européen le plus titré de l’Histoire.

« Jeu de mains, jeu de toulousains », « jouer nous fera toujours grandir », tels sont les devises d’un club réputé pour la pratique d’un  » Rugby total « . Il s’agit bien du jeu à la Toulousaine, qui affirme une identité au club, dans l’exercice de son sport, mais bien au-delà. C’est un peu comme un ensemble de valeurs, dans déjà les fameuses « valeurs de l’Ovalie » (avé l’assent…) Selon Eric Hannezo, un des co-réalisateurs, avec Matthieu Vollaire, l’idée est de se rapprocher le plus possible d’une « véritable immersion ». Ce pari est pleinement réussi dans  Le stade. Il y a dans le film une tentative d’ériger le sport comme un art. Si par moment, l’exercice est forcément un peu convenu et ne surprend pas, il n’en demeure pas moins qu’une forme de poésie se dégage de l’ensemble. Plus proche de Zidane, un portrait du XXIème siècle (2006) que Les yeux dans les bleus (1998), par notamment son aspect moins verbal et descriptif, sans interviews, et magnifiant surtout la beauté du geste, en soulignant donc sa dimension artistique, à la différence notable que dans Le stade, précisément, le héros, comme toujours au Rugby, est un collectif, une chorale. L’histoire s’écrit à 15 sur le terrain, sans oublier les remplaçants, les blessés, le staff et l’ensemble des employé-e-s du club. Le noir et blanc, véritable choix scénaristique inscrit l’exploit du stade toulousain dans la dimension historique et esthétique du décrochage de cette cinquième étoile. Avec par ailleurs, le constat frustrant des stades vides, du fait de l’épidémie que l’on sait, qui vient également témoigner de l’époque. C’est aussi et bien sûr un incroyable récit sur les corps. Ces véritables athlètes aux allures de gladiateurs, ces dieux du stade, livrent combats sur combats dans des luttes pour le moins homériques avec des caméras qui nous permettent tour à tour de prendre de la hauteur, façon vue du ciel, mais aussi de devenir le 16ème homme sur le terrain. L’intimité du vestiaire permet également cette expérience immersive. De ce point de vue, les matchs sont filmés comme des petits thrillers, dans un rythme haletant qui parvient à ne presque jamais lasser, alors que les confrontations se répètent sans cesse.

Une accumulation infinie jusqu’au risque de lassitude, pour des vies de sportifs de haut niveau. « Une saison c’est très long et n’a rien de linéaire », comme le dit Antoine Dupont, demi de mêlée au stade. Mais tout n’est qu’affaire d’excès, et peut-être encore plus dans l’ovalie. C’est ici que le coach, Ugo Mola apporte sa science de meneur d’hommes. Il parvient en effet dans ses causeries à écrire à chaque fois une nouvelle dramaturgie pour impliquer pleinement ses guerriers. La revanche, l’adversité héroïque de la pluie, l’orgueil, l’histoire, le rappel à leurs débuts de petits rugbymans etc.. C’est ici un bel hommage à ces doux dingues que sont les manitous entraîneurs et autres stimulateurs complètement névrosés. Au-delà de la précision ciselée des images, ce qui impressionne dans  Le stade  ce sont les bruits. Les sons fous de ces corps qui se percutent dans des violences parfois inouïes. Les tampons, les mêlées, les plaquages, offrent une sonorité délirante de « corps » dont les muscles  » pètent  » parfois selon l’expression consacrée, qu’ils s’agissent de chocs ou de craquements. Très paradoxalement, cette infinie souffrance est d’une rare beauté dans une salle de cinéma. En cet endroit, le film démontre s’il en était besoin toute la dimension d’adversité de ce sport, qui mérite le plus grand des respects.

Ils savent également qu’ils sont en train d’écrire l’histoire du sport en général et du Rugby en particulier. Quand les joueurs du stade s’inscrivent dans une épopée légendaire, leurs adversaires successifs, au-delà de l’enjeu sportif, essaient d’abord de battre le Stade Toulousain, et c’est bien le problème. Faire peur à l’autre. Toute proportion gardée, c’est un peu comme dans Illusions Perdues (2021), quand Lousteau (Vincent Lacoste) dit à De Rubempré (Benjamin Voisin), qu’il doit lire la peur dans les yeux des auteurs, ce qui pour un critique (à l’époque bien sûr !!) est déjà la clé de la victoire. Peu importe la nature de la confrontation, la guerre est aussi et surtout psychologique. Mention particulière pour Ugo Mola qui arrive à trouver les mots sans en faire trop, pour ne pas contracter totalement  » ses  » hommes, tout en faisant passer des messages percutants. Le casting autour est forcément à la hauteur du défi filmique. Les joueurs donnent clairement l’impression de réussir à oublier la caméra. Le stade, c’est une expérience de cinéma, un vrai film donc, et c’est aussi et surtout une plongée intime, un plaquage cinématographique, qui n’est pas sans intérêt, dans ses micros-drames et dans une belle humilité qui se déploie. C’est au-delà d’un énième docu sportif, mais ça ne révolutionne pas non plus… comme ce n’était certainement pas l’ambition du projet, ça tombe plutôt bien, et se regarde donc avec plaisir.

 

Titre Original: LE STADE

Réalisé par: Éric Hannezo, Matthieu Vollaire

Genre: Documentaire

Sortie le: 13 Avril 2022

Distribué par: Pathé Live

TRÈS BIEN

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s