Critiques Cinéma

LE TEMPS DES SECRETS (Critique)

SYNOPSIS:  Marseille, juillet 1905. Le jeune Marcel Pagnol vient d’achever ses études primaires. Dans trois mois, il entrera au « lycée ». Trois mois… une éternité quand on a cet âge. Car voici le temps des vacances, les vraies, les grandes ! Enfant de la ville, ce retour tant attendu à ses chères collines d’Aubagne et d’Allauch, celles de « La Gloire de mon père » et « Le Château de ma mère » le transporte de bonheur. Il y retrouve la nature, les grands espaces et surtout son ami Lili toujours prêt à partager de nouvelles aventures, à l’âge où le temps de l’insouciance laisse place à celui des secrets. 

Christophe Barratier, le réalisateur du Temps des secrets a prit l’habitude de filmer à hauteur d’enfants, qu’il s’agisse des Choristes (2003), grand succès au box-office ou de La nouvelle guerre des boutons (2011) avec en filigrane l’impact des souvenirs d’enfants sur la construction future. Quand le cinéaste parle de Marcel Pagnol, il évoque avec tendresse et justesse un « Peintre de l’atmosphère ». Cette affection pour l’écrivain, Barratier est tombé dedans quand il était petit. En effet, sa grand-mère, actrice de théâtre jouait régulièrement du Pagnol. Et quand les films de celui-ci passaient à la télévision, il pouvait décrire une sorte d’ambiance de véritable couvre-feu familial. Quand le réalisateur est questionné sur les connexions du Temps des secrets avec les deux premiers opus d’Yves Robert, les cultes et intergénérationnels La gloire de mon père (1990) et Le château de ma mère (1990), il livre une réponse particulièrement étonnante en pouvant dire qu’il n’a pas cherché de filiation. Si on comprend l’idée de singulariser sa démarche, il s’agit pour autant de la suite directe de deux œuvres qui ont marqué leur époque au niveau cinématographique. Puriste, Christophe Barratier dit finalement être surtout passionné par l’œuvre directe de Pagnol, à savoir par exemple la trilogie Marius (1931), Fanny (1932), César (1936).


Les ayants droits de Marcel Pagnol ont fait savoir qu’ils étaient ravis que Christophe Barratier se retrouve à la réalisation et disent avoir retrouvé l’esprit de Marcel dans Le Temps des secrets. Il n’empêche que cette affirmation surprenante du cinéaste se retrouve finalement pleinement dans le récit du Temps des secrets. En effet, quand le film se colle aux scènes, notamment du Château de ma mère, narration oblige, il semble soutenir difficilement la comparaison. Les collines sont les mêmes, l’image est magistrale, la musique sublime, mais ce qui s’y joue n’a pas la même force dramaturgique. Les scènes des deux précédents sont presque suffisamment toutes des moments d’anthologie dont Yves Robert avait le secret, pour ne pas pouvoir être bonifiées. Comme pourrait dire le poète imposteur Loïs de Montmajour, père d’Isabelle l’amour brulant de vacances de Marcel, dans une prose toute avinée à propos de cette comparaison : il en a l’odeur, il en la couleur, mais il n’en a pas le goût, c’est le pastiche du pastis… En revanche, quand Le temps des secrets  nous parle d’autre chose et qu’il s’émancipe, il devient en effet nettement plus captivant. Avec une petite poésie qui opère et notamment dans ce qui est montré du rapport de Marcel aux adultes en général et à ses parents en particulier.


Avec une profonde réflexion sur cette entrée dans une forme de préadolescence, et ses premiers grands mensonges, sa cohorte de secrets que l’on va progressivement enfouir. A cet égard, de nombreuses scènes du Temps des secrets qu’il s’agisse d’échanges familiaux savoureux, ou de l’entrée de Marcel dans l’enseignement secondaire, vont donner au film une véritable autonomie et existence propre. La magie opère également au regard de la qualité photographique avec des images toujours aussi somptueuses des fameuses collines de Marcel, et des panoramiques assez fabuleux sur le massif de Garlaban. Le tout servi par une musique aussi inoubliable que très présente (parfois trop…) de Philippe Rombi (4ème collaboration avec le réalisateur) qui permet la valorisation de la mise en images. Déjà, La valse d’Augustine de Vladimir Cosma dans Le château de ma mère, nous renversait de l’émotion qu’il en émanait. Il est à noter la très belle prestation de Léo Campion, qui interprète le petit Marcel, dont le naturel et l’insouciance magnétisent rapidement la caméra et donne une véritable force émotionnelle au récit. Au-delà de la performance individuelle de Leo Campion, le quatuor familial autour de lui dégage une belle énergie collective. Qu’il s’agisse de Guillaume De Tonquedec (Joseph), Mélanie Doutey (Augustine), François-Xavier Demaison (Oncle Jules) et Anne Charrier (tante Rose), ils font tous vivre une chorale aimante, bienveillante et chantante autour des enfants adorés et le tout avé l’assent !! 


Au final, ceux qui n’auront pas vu les deux premiers, sortis il y a plus de 30 ans (déjà…) pourront aimer Le temps des secrets avec passion. Les autres, peut-être moins, ou « un peu… mais guère », comme l’écrivait Pagnol, jouant sur les euphémismes. Excès de nostalgie, constat implacable tout Pagnolesque de l’inexorable temps qui passe, ou véritablement, un film tout simplement moins anthologique, chacun-e- se fera bien sûr son opinion. Le point n’est par ailleurs peut-être pas final, car la trilogie de Pagnol est en fait une tétralogie, avec en dernier chapitre Le temps des amours, ultime tome des souvenirs d’enfance inachevé et publié à titre posthume. Sa mise à l’écran viendrait clôturer les délicieuses aventures drôlement humaines de Marcel. Entre temps, profitons et prenons tout ce qu’il faut prendre, car comme disait l’écrivain d’Aubagne : « Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants… »

Titre Original: LE TEMPS DES SECRETS

Réalisé par: Christophe Barratier

Casting : Léo Campion (II) , Guillaume De Tonquédec , Mélanie Doutey…

Genre: Famille

Sortie le: 23 mars 2022

Distribué par: Pathé

BIEN

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