Critiques Cinéma

INFERNAL AFFAIRS (Critique)

SYNOPSIS: A Hong Kong, la police locale et une triade se livrent à une lutte impitoyable. Pour défendre ses intérêts, Sam, le parrain de la mafia, décide d’infiltrer Lau dans la police où il gravit rapidement les échelons. Dans le même temps, le commissaire Wong envoie son meilleur élément, Chan, comme taupe dans la mafia. Le jour où police et mafia se rendent compte qu’une taupe est infiltrée dans chacun des camps, une course contre la montre s’engage. Les démasquer se réduit peu à peu à un duel entre Chan et Lau, deux hommes qui, chacun à leur façon, ne supportent plus leur double identité… 

En 2007, le nouveau film d’un réalisateur américain majeur du Nouvel Hollywood réussit un vrai tour de force à la cérémonie des Oscars en décrochant 4 statuettes sur ses 5 nominations – dont Meilleur Film – ce qui propulse le long-métrage au titre de grand gagnant de la remise de prix. Ce film, c’est le dernier projet salué de Martin Scorsese et fait se confronter un casting de choc dans une guerre d’identité à Boston. Leonardo DiCaprio vs Matt Damon avec en bonus Jack Nicholson en boss de la mafia, tout ça sous la houlette du réalisateur de Taxi Driver : voilà Les Infiltrés, et comment il est devenu un des plus gros projets de la filmographie de son metteur en scène. Cependant, l’origine du film ne date pas de 2007 et ne vient pas de Boston. Flashback : nous sommes en 2002 à Hong-Kong, et le public s’apprête à voir Tony Leung et Andy Lau s’affronter dans une guerre d’identité sous la houlette du duo de réalisateurs Andrew Lau et Alan Mak. Et puisque – n’enlevant rien à la valeur de son successeur, évidemment – Les Infiltrés cache un remake plus ou moins affirmé par ses auteurs de ce Infernal Affairs, il est bon de voir la trilogie réapparaître dans nos cinémas français en 2022 pour pouvoir découvrir ou redécouvrir ce qui a – dans un raccourci un peu absurde, on le confesse – permit à Martin Scorsese de gagner son premier Oscar du Meilleur Réalisateur.


Infernal Affairs raconte une histoire de deux points de vue différents, ceux de deux hommes infiltrés dans le camp adverse : un flic implanté dans une mafia, et une taupe dans la police. Alors que leurs couvertures risquent d’exploser, une confrontation directe et violente s’induit entre eux. En usant d’un montage nerveux et ultra-rythmé qui plante le décor du film en à peine quelques minutes à son ouverture, Infernal Affairs montre ce qu’il va construire avec son pitch particulièrement intriguant. Dans un jeu de mise en scène en forme d’allers-retours entre Chan Wing Yan et Lau Kin Ming qui expose en à peine dix minutes leurs années de formation et les implantations de chacun dans leur nouveau camp, Lau et Mak choisissent d’embrasser la vitesse d’exécution et l’efficacité d’une poignée d’images symboliques pour faire comprendre au spectateur les enjeux qui vont devenir les seules portes de survie de ses personnages (un simple et unique échange de regard entre les deux protagonistes permet déjà de les connecter et de laisser entrapercevoir leur combat). Sur la longueur, Infernal Affairs se monte comme un polar haletant et explosif qui assimile le thriller américain (Heat, Volte/Face pour leurs jeux de confrontation) et l’âge d’or du cinéma d’action hongkongais dans sa ronde à la conclusion quasiment fataliste dans le processus de destruction mutuelle mis en place par les deux personnages principaux. Un jeu de survie aussi cruel que fascinant au cœur de cette dualité où la vérité menace constamment de pointer le bout de son nez avant d’inévitablement exploser à la figure de ces infiltrés au destin quasiment déjà scellé dès l’introduction.


Car si ce thriller policier, nerveux et à l’humour piquant se montre si réussi, c’est avant tout par la force de son casting. Tony Leung est brillant dans la peau de ce personnage paumé qui souffre d’une identité morcelée et d’une double vie qu’il n’arrive plus à assumer. Son rapport avec Eric Tsang, qui incarne Sam, boss de la triade que la police cherche à tout prix à faire tomber, est ainsi particulièrement notable, jouant malicieusement avec les non-dits, les manipulations et les mensonges pour toujours plus nourrir la tension constante et l’épée de Damoclès qui menace la tête des personnages. De l’autre côté, Andy Lau est lui-aussi mémorable dans une interprétation plus nuancée et bien plus froide du côté de la police. S’ils se croisent uniquement aux rares points clés de l’intrigue, le miroir Leung/Lau est d’une efficacité rare qui n’a rien à envier à leurs successeurs DiCaprio et Damon, chacun jouant avec ses forces et ses fébrilités dans leur lutte nihiliste. On notera également Sammi Cheng, Anthony Wong et Sammi Cheng dans des seconds rôles lourds de sens.


Polar secouant, coloré et sous tension constante, Infernal Affairs est le parfait représentant d’un cinéma hongkongais audacieux et très habile qui manie ses personnages avec précision sur sa toile de fond. Si le récit préfère passer sous silence ou rapidement sur certains points de contexte pour se concentrer avant tout sur son intrigue principale au risque de donner au spectateur un faible arrière-goût de légèreté du propos, le long-métrage parvient sans mal à se hisser à la hauteur des grands noms internationaux du genre en glissant son jeu de duel silencieux et tapi dans l’ombre à l’intérieur d’une guerre qui gronde. Une poignée de coups d’éclat et de scènes génialement cultes plus tard, Infernal Affairs devrait retrouver cette année la visibilité qu’il mérite, car malgré tout l’amour que l’on porte à Scorsese et pour sa vision des Infiltrés, le film de Lau et Mak porte une proposition brillamment visionnaire et toujours d’actualité qui se découvre aussi tôt que possible avec un plaisir certain.

Titre Original: MOU GAAN DOU

Réalisé par: Andrew Lau et Alan Mak

Casting : Tony Leung Chiu-Wai, Eric Tsang, Andy Lau…

Genre: Animation, Famille, Comédie

Sortie le: 1er septembre 2004

Reprise le: 16 mars 2022

Distribué par: The Jokers / Les Bookmakers

EXCELLENT

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