Critiques Cinéma

ALERTE ROUGE (Critique)

SYNOPSIS: Les aventures de Meilin Lee, une jeune adolescente de 13 ans, pleine d’assurance, mais tiraillée entre son image de petite fille modèle aux yeux de sa mère hyper protectrice et le chaos de l’adolescence. Et comme si tous les changements qui s’opèrent en elle ne suffisaient pas, chaque fois qu’elle est débordée par ses émotions – ce qui, pour une ado, arrive quasiment tout le temps – elle se transforme en panda roux géant! 

Début d’année compliqué chez Disney – et plus précisément, chez Pixar. La maison-mère du studio d’animation est actuellement dans l’actualité pour sa contribution financière à une loi violemment homophobe, et qui voit sa promulgation en Floride se rapprocher. Ce n’est évidemment une surprise pour personne – le studio ayant toujours été conservateur et peu enclin à partager une vision particulièrement diverse de ses personnages et couples LGBTQIA. Et si les excuses, timides, de la part de Bob Chapek, arrivent enfin, les employés de Pixar ont ouvert une boîte de Pandore : la révélation que Disney retoquait les scénarios de leurs films pour y effacer toute allusion évidente à l’homosexualité de ses personnages. Une polémique récente qui s’ajoute à l’autre, plus présente depuis bientôt deux ans, à savoir la mise en ligne des films du studio à la lampe sur Disney+, les privant de la salle de cinéma au plus grand dam des employés de Pixar – et aussi de nous, spectateurs. Malheureusement, après Soul  et Luca c’est Alerte Rouge, de Domee Shi, qui en fait les frais. Il est d’autant plus regrettable que sa mise à disposition se fasse sur Disney+ au vu du symbole incarné par le film : après la cruelle désillusion de Brenda Chapman, virée de  Rebelle  au profit d’un réalisateur masculin, cette fois c’est la bonne. Domee Shi, oscarisée pour le court-métrage Bao , est la première femme à officiellement réaliser un film Pixar. Approchée par ces derniers pour qu’elle leur soumette des idées de scripts, c’est donc sur ce coming-of-age movie traitant de l’adolescence avec un panda roux en guise de métaphore très évidente, qu’elle fait ses premiers pas dans le long-métrage.


Situant son intrigue dans les années 90, décennie de la propre adolescence de Domee Shi, Alerte Rouge nous plonge donc dans le quotidien de la jeune Meilin, sino-canadienne de 13 ans dont le quotidien se partage entre sa famille stricte et respectueuse de leur culture et sa troupe d’amies avec laquelle elle partage une passion particulièrement intense (que chaque personne ayant aimé un groupe de musique a forcément connu) pour le dernier boys band à la mode. En une introduction pétaradante et pleine de couleurs, Domee Shi brosse avec humour et énergie le portrait d’une jeune héroïne très attachante et pleine de vie. Surtout, lorsque cette dernière se découvre plusieurs béguins sur des garçons, Domee Shi embrasse pleinement cette dimension « horny » et filme la naissance d’un désir de façon réaliste et hilarante. Il faut l’avouer, malgré quelques romances (ou certaines tuées dans l’œuf, pas vrai Luca ?), Pixar n’a jamais été doué à filmer le désir ni même l’amour, et on se prend lors de certaines scènes, à se demander si le female gaze, enfin, n’aurait pas réussi à percer la carapace très masculine du studio d’animation.


La suite du film se veut assez classique pour un Pixar – et l’on pense à Rebelle, forcément, avec ces histoires de transformation en animal, plus ou moins voulues. Heureusement, ici le panda roux a nettement plus de caractère, l’animal représentant évidemment la puberté avec les règles, les changements physiques, les émotions parfois intenses, et la répression de ces sentiments afin d’entrer dans un moule plus froid, où tout doit être contrôlé de A à Z par sa famille. A ce titre, la mère de Meilin, doublée par Sandra Oh, est un personnage tout aussi formidable que sa fille, elle aussi tiraillée entre son devoir, son amour pour sa fille… Et la malédiction familiale. Le film se suit donc sans déplaisir malgré ses chemins balisés : la bande d’amies hyper-cool, le père quelque peu himbo sur les bords, mais surprend par la facilité avec laquelle Meilin accepte la part de panda roux qui est en elle ; cela nuit au climax, qui paraît moins être un choix difficile plutôt qu’une décision facile à prendre. Outre ce chemin trop évident qui s’ajoutera pour certains à la frustration de ne pas avoir de méchant réellement défini, le film souffre aussi du « syndrome du premier film » à force de vouloir tout aborder : un coming-of-age donc, mais aussi une aventure musicale, le récit d’une relation mère-fille ou encore un film de kaiju assumé dans son dernier acte. Mais peut-on réellement résister à une telle générosité visuelle, narrative et musicale ? Outre le score réussi de Ludwig Goransson qui vise juste dans les scènes qui en ont besoin, les chansons hilarantes du boys band, composée par Billie Eilish et son frère Finneas restent en tête. L’ensemble est drôle, rythmé, n’en oublie pas d’être mignon, touchant. Alerte Rouge malgré ses menus défauts est une belle réussite pour Pixar et un très bon premier film signé Domee Shi et son équipe majoritairement féminine. Un pas en avant timide mais concret vers une variété d’histoires et d’équipes encore plus variées ? Espérons-le.

Titre Original: TURNING RED

Réalisé par: Domee Shi

Casting : Rosalie Chiang, Sandra Oh, Ava Morse…

Genre: Animation, Famille, Comédie

Sortie le: 11 mars 2022

Distribué par: Disney +

EXCELLENT

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