J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Dominique Paturel (Hommage)

Cher Dominique Paturel,

On a beau s’y attendre, quand des voix qui nous sont chères s’éteignent, c’est un peu de notre imaginaire qui s’émiette dans l’espace temps. Nos souvenirs en prennent un coup quand notre mémoire nous rappelle ces moments inoubliables, ces sensations inégalables que ces chers disparus nous ont fait ressentir. Alors que j’apprends que vous tirez votre révérence à l’âge plus que respectable de 90 ans, je ne peux m’empêcher de me rappeler ces heures cultes que vous m’avez fait vivre alors que l’indolence et l’adolescence me faisaient voyager dans des mondes où vous étiez pour une grande part de la personnalité des héros qui me faisaient rêver. Vous aviez une carrière énorme au théâtre et le cinéma vous a attiré également dans ses filets dans une moindre mesure, mais c’est votre voix, vos voix, qui m’ont fait vous aimer pour l’éternité. Car vous étiez celui qui était détenteur de ce timbre vocal génial que je traquais sans merci dans les séries qui me faisaient vibrer, vous étiez les colonels Steve Austin et Hannibal Smith (merci pour le génial « j’adore quand un plan se déroule sans accrocs », le sémillant justicier milliardaire Jonathan Hart, le David Vincent des Envahisseurs et surtout à mes yeux, enfin à mes oreilles le plus grand salaud de l’histoire de la télévision américaine, J.R Ewing. Ah les formules lapidaires et définitives de J.R, ce rire sardonique que vous faisiez retentir dans tous les épisodes de la saga texane auront été pour une grande part de l’amour que j’ai voué et que je voue encore à cette série. Un immense merci cher Dominique Paturel pour ce cadeau que je garde dans le cœur, pour cette complicité sans pareille avec votre Bobby, Philippe Ogouz, pour vos échanges aux airs de partie de ping-pong de haut vol. J’en ai des frissons, à me souvenir de ces mots que vous faisiez tinter avec gourmandise et qui me remplissaient de joie.

Vous étiez aussi la voix au cinéma de Terence Hill et Dieu sait si l’enfant que j’étais se régalait à la vision des claques dantesques qu’il balançait et des vannes qu’il sortait à la mitraillette avec votre voix inimitable. Vous étiez la voix du renard Robin des Bois dans le film d’animation Disney qui fut longtemps un de mes préférés, votre présence vocale n’y étant sûrement pas pour rien. Vous étiez la voix off du générique de Capitaine Flam dont le fidèle Philippe Ogouz assurait le doublage et cette amorce du générique était le début de l’immersion dans cet animé génial que nous sommes des millions d’enfants à avoir porté aux nues. Vous étiez toutes ces voix et tant d’autres encore qui assuraient votre pérennité dans nos cœurs et nos âmes.

Dès que je vous apercevais en live, que ce soit dans une pièce d‘Au théâtre ce soir ou un épisode de ce cher Commissaire Moulin, j’étais en joie de voir en chair et en os, J.R, Hannibal, Jonathan ou Steve et j’éprouvais un plaisir complice à suivre vos personnages, quand bien même il s’agissait un salaud imbitable. Votre voix puissante vous en faisiez votre étendard, votre marque de fabrique et vous saviez comme personne être à la fois chaleureux ou cynique, drôle ou tendre, léger ou grave. Vous étiez comme un artisan à moduler votre outil de travail à votre guise et à faire soupirer d’aise vos admirateurs. Je les entends encore et encore ces dialogues que vous faisiez vivre avec une telle maestria et qui ont façonnés une part de ma culture cathodique et à mes yeux, il y a longtemps que vous êtes passé à la postérité. Bien sûr, j’essayais d’imiter vos intonations car elles me réchauffaient et me donnaient la sensation d’obtenir un certain degré de séduction que le velours de votre voix me semblait devoir conférer de facto. Vous étiez une part de notre intimité cher Dominique Paturel, vous nous avez accompagné de vos rires et vos répliques récitées au cordeau ont raisonnées à nos oreilles avec une mélodie à nulle autre pareille. Vous étiez comme chez vous dans les flux électriques de nos tubes cathodiques et vous avez fait votre place, là où entre autres les Jacques Thebault, Roger Carel, Patrick Poivey, Jacques Frantz, Francis Lax ou Michel Roux ont déjà la leur. Au firmament.

Votre dévoué Fred Teper.

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