Critiques Cinéma

ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ (Critique)

 

SYNOPSIS: Fabrice, acteur de comédie, réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité alors qu’il fait ses courses. Malgré la menace d’un vigile, il parvient à s’enfuir. Commence alors une cavale sans merci, pour celui qui devient rapidement l’ennemi public numéro 1. Alors que les médias s’emparent de l’affaire et que le pays est en émoi, le fugitif, partagé entre remords et questions existentielles, trouve un point de chute inattendu, quelque part en Lozère. 

Le réalisateur de Zaï Zaï Zaï Zaï, François Desagnat, au regard de sa filmographie la plus récente (Le gendre de ma vie (2017) Adopte un veuf (2016)) est un habitué d’une forme d’humour plutôt consensuel, après un début de carrière peut-être plus impertinent comme stagiaire mise en scène dans l’anthologique Les démons de Jésus (1997) ou même à sa manière Les 11 commandements avec Michaël Youn. Zaï Zaï Zaï Zaï est dont l’adaptation éponyme de la bande dessinée de Fabcaro, auteur à succès, qui fait hurler de rire ses lecteurs, en maniant avec une férocité toujours bien sentie, l’art de l’absurdité et du burlesque. Ces BD peuvent réconcilier même les plus grincheux des lecteurs, avec Zaï Zaï Zaï Zaï , dont il est question aujourd’hui mais aussi Et si l’amour c’était aimer… Ou rien que par le titre, il se passe déjà beaucoup de choses. Manier l’absurde n’est normalement pas incompatible avec la créativité. Au contraire même. Les accumulations de running-gags peuvent générer une explosivité jubilatoire… Mais fallait-il à ce point pour le réalisateur, vouloir jouer les puristes de l’état d’esprit qui prédomine à Fabcaro en collant systématiquement à l’écriture de la BD, et en ne cherchant jamais à renouveler par d’autres types d’humour. Si le dessein de l’admiration du dessin (…) est noble, cette non prise de risque ou cet extrême respect est un problème fondamental et même existentiel du film.


Asterix et Obélix : mission Cléopâtre en 2002 avait pourtant ouvert la voie. Notamment en mêlant quoi qu’on en dise, le respect de la création originelle en conservant nombre de dialogues de la BD ; Mais en y insérant aussi la folie des Nuls, la modernité de l’époque de Djamel Debouzze tout en permettant à des effets comiques bien plus anciens reposant sur le duo Christian Clavier / Gérard Depardieu de fonctionner à plein. Si le tour de force avait ici opéré, c’est surtout car Alain Chabat avait respecté l’œuvre qu’il adaptait mais s’était aussi autorisé à la bousculer pour la rendre narrative. C’est sans doute tout ce qui manque malheureusement dans Zaï Zaï Zaï Zaï. L’alchimie est en effet entravée par cette non prise de risque, cette prudence excessive. Au lieu d’amplifier, de magnifier, le film réduit, et même parfois caricature son objet… Il garde par exemple le jeu des silences inexpliquées, qui crée l’inattendu et l’improbable, générant un effet bidonnant dans la BD avec, sans raison aucune, en plein milieu d’une conversation des photos sans bulles… Même si le film y parvient très honnêtement, le problème est qu’il s’en contente, il ne va pas au-delà, ne cherche pas à créer autre chose. Lire une BD n’est pas regarder un film… Les lacunes en question permettent quand même au film de se tenir sur à peine plus d’1/4 de sa durée… Et par contre on rit… point abondamment, mais on pouffe, ou sourit. Même si de fait, l’humour est affaire ultime de subjectivité, l’exacerbation filmique des délirantes trouvailles originelles de la BD fonctionnent, pour un peu tout type de public sur cette première partie…


Mais sur 1H23 … ça ne tient pas… Il manque les délires foisonnants certes mais également un récit empathique ou à minima solidement ancré dans une outrance décalée …. Pire encore, le passage sur grand écran réussit le tour de force d’asphyxier un humour qui porte pourtant des germes de bouffées délirantes corrosives. Au final, c’est comme une même blague plutôt très drôle au début, mais que vous racontez pendant une heure 20… Dans l’absolu, la durée du film est d’ailleurs courte… Comme si au montage, il avait été estimé que le trop plein de Fabcaro créait le vide d’autre chose et un sentiment d’ennui qui ne pouvait durer que peu de temps, 1H23 étant donc comme la durée maximale. La dénonciation satirique si elle est une noble aspiration ne prend pas d’avantage, entre le mercantilisme effréné au regard de l’oubli par Fabrice (Jean-Paul Rouve) de sa carte de fidélité qui fait tout un coup de lui une sorte de Jacques Mesrine du 21ème siècle ou du journaliste de la chaîne info qui fait répéter à des passants déphasés de passer à la télé, le message éditorial délétère sécuritaire que le chaîne veut promouvoir. Ce type d’humour irrévérencieux et presque subversif dans l’accusation de nos dérives contemporaines est alléchant sur le papier. Mais ce sujet a été tellement épuisé qu’il mérite forcément un traitement en dentelle pour générer une impression de renouvellement. Or, ici, c’est tout l’inverse qui s’opère, et même qui s’aggrave à mesure que le film avance. Quand précisément, on apprécie l’humour corrosif, incisif et hyper décalé de l’univers de Fabacaro, l’omniprésence de ces silences qui est le paroxysme du plaisir dans l’absurde, que l’on est attaché à un Jean-Paul Rouve qui a su fréquemment nous faire hurler de rire… Ce sont pour toutes ces raisons que nous sommes en droit d’être grièvement déçus, face à ce qui ressemble gentiment à un accident industriel.


Moults scènes du film peuvent venir illustrer que la causticité de la BD ne passe pas le cap de l’écran. Typiquement, la scène ou en plein milieu d’une discussion anodine avec Fabrice, un couple se met à faire l’amour puis reprend comme si de rien n’était l’échange avec lui, puis finalement remet le couvert sous les yeux de Fabrice, sans que celui-ci ne s’en offusque ou n’esquisse même un mouvement de sourcil est une régalade dans la BD. C’est typiquement le type de décalage insensé hyper réjouissant à la Fabcaro. Ce moment au cinéma n’a aucunement la même puissance… Le ciselage, l’orfèvrerie de la mise en images et en bulles d’une BD ne rend aucunement le même effet sur grand écran. Ce qui vient illustrer que ce n’est pas tant la mise en scène qui est en cause, mais l’inadaptation cinématographique. Ou il eut fallu que cette mise en scène ose, se lâche et ne se contente pas de son idée originelle de s’appuyer sur ce qui fonctionne déjà si bien avec Fabcaro. L’art du burlesque et du non-sens capte des grands moments créatifs. Ce que l’on retrouve, toute comparaison gardée, chez les Monty Python, les Nuls, les Hots Shots, les Y-a-t-il un pilote dans l’avion et tant d’autres. Pour autant quelques plaisirs cinéphiles quand même… Dans la joie de retrouver après Podium (2004) l’enjoué duo Julie Depardieu / Jean Paul Rouve, l’usage du second plan où il se passe parfois quelque chose de faussement dissimulé et qui peut ici nous faire décocher un vague sourire pour ce qui est une ficelle classique mais toujours efficace du comique de l’absurde… Mais là encore, ici, cet usage est trop peu inventif. Jean-Paul fait du Rouve, mais il est difficile de savoir si la morosité qu’il dégage à l’écran voire l’inexpressivité à des moments qui pourtant pourraient sauver le film, sont dus à la médiocrité ordinaire de son personnage ou viennent parler d’un manque d’enthousiasme… De cette mésaventure cinématographique, il ne restera que ce qui existait auparavant. A savoir la désopilance des voyages multiples en Absurdie toute « Fabcarienne », mais aussi la rythmique toute « Joe dassienne Zaï Zaï Zaï Zaï »… ça y est… Vous aussi, vous l’avez en tête. C’est bien connu, il est plus difficile de faire rire que de faire pleurer… Le film le démontre et votre serviteur également en résumant finalement ainsi Zaï Zaï Zaï Zaï en  Aie aie aie aie…

Titre Original:  ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ

Réalisé par: François Desagnat

Casting: Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bedia

Genre: Comédie

Sortie le:  23 février 2022

Distribué par: Apollo Films / Orange Studio

PAS GÉNIAL

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