Critiques Cinéma

MAIGRET (Critique)

SYNOPSIS: Maigret enquête sur la mort d’une jeune fille. Rien ne permet de l’identifier, personne ne semble l’avoir connue, ni se souvenir d’elle. Il rencontre une délinquante, qui ressemble étrangement à la victime, et réveille en lui le souvenir d’une autre disparition, plus ancienne et plus intime… 

On finissait par désespérer de retrouver Patrice Leconte derrière une caméra. Le réalisateur des Bronzés n’était pas revenu aux affaires depuis Une heure de tranquillité (2014) si ce n’est sa participation à un film à sketch, Salauds de pauvres (2019). Pour ce retour au premier plan le metteur en scène retrouve un auteur qui lui avait réussi et qu’il avait déjà adapté en 1989 avec Monsieur Hire, l’écrivain belge Georges Simenon, en partant cette fois d’une des enquêtes de son héros culte: Le commissaire Maigret. Libre adaptation de Maigret et la jeune morte (1954), pas la meilleure, ni la plus connue des histoires avec le célèbre commissaire, co-écrite avec Jérôme Tonnerre (avec qui Leconte avait écrit Mon Meilleur ami), Maigret voit la structure de son intrigue expurgée de tout le superflu pour offrir un écrin tout entier dédié à son acteur vedette: Gérard Depardieu. C’est un Maigret, usé, fatigué, qui avance au ralenti dans ce récit où la mort d’une jeune fille va être un déclic pour l’enquêteur qui va chercher à remonter sa trace pour comprendre qui elle était et ce qui lui est arrivée. L’enquête en elle-même ne réserve pas de réelle surprise, et si ça peut sembler déstabilisant au début, on comprend vite que ce qui intéresse Leconte c’est d’interroger la psyché de Maigret, qui, tel un super-héros vieillissant au soir de sa vie, montre qu’il commence à atteindre ses limites et qu’il doit affronter celles-ci tout en vivant avec. Sommé par son médecin d’arrêter de fumer la pipe et d’éviter tous les excès, celui qui avoue être essoufflé après avoir grimpé un escalier et qui confie à sa femme n’avoir envie de rien est aux prises avec un trauma que le spectateur doit élucider en récoltant la somme des non-dits et des indices disséminés çà et là au fil de l’eau.

C’est toute l’intelligence et la subtilité du script que de gommer toute les fausses pistes et de se centrer sur ce personnage spectral de commissaire revenu de tout et qui n’en est pas pour autant cynique, juste las, rempli d’amertume et hanté par une véritable mélancolie. La sensibilité de Patrice Leconte qui s’est affirmée au fil d’une filmographie éclectique imprègne cette histoire sombre et grave mais c’est la performance de Depardieu qui impressionne tant le comédien était l’interprète idéal pour camper ce commissaire qui poursuit sa mission en dépit de la lassitude qui l’enrobe. Depardieu trouve ici son meilleur rôle depuis un bail, tout en économie et avec une gravité qui fait sans doute écho à sa vie personnelle et à laquelle il donne une densité qui touche en plein cœur. Il cannibalise le film, éclipse la plupart des personnages secondaires (même si les performances de Jade Labeste ou Mélanie Bernier sont loin d’être anodines et que revoir Aurore Clément et Elisabeth Bourgine fait regretter qu’elles n’aient pas plus l’occasion de s’exprimer sur grand écran). 

Tout autant que l’écriture et la composition de Depardieu, c’est l’élégance et la sobriété qui prévalent à faire de ce nouveau Maigret un très bon film. Pour réussir cette gageure, Leconte s’est entouré de techniciens brillants qui font un véritable travail d’orfèvre comme sa monteuse fétiche Joëlle Hache dont la fluidité des coupes donne son rythme et sa respiration au métrage. Maigret est un film aux tons sobres, presque austères mais auquel la photographie splendide signée Yves Angelo confère un cachet très soigné. La reconstitution d’époque rappelle la France des années 50 vue dans nombre de films, ce Paris aux trottoirs luisants, énigmatique, que Leconte restitue avec une élégance de tous les instants. Les décors autant que les costumes sont somptueux et les traces de poésie qui imprègnent les images permettent au film d’acquérir un statut classique dont il ne se départit jamais. La musique de Bruno Coulais achève de donner des accents d’opéra funèbre à cette enquête qui a tout l’air d’une introspection dans les tréfonds de l’âme de Maigret qui déploie pourtant tout au long du film une véritable empathie qui nous touche, nous émeut et nous fait prendre conscience que le vrai, le beau cinéma classique a encore de l’avenir tant qu’il sera aux mains d’artisans qui sont encore et surtout des artistes majeurs.

 

Titre Original: MAIGRET

Réalisé par: Patrice Leconte

Casting : Gérard Depardieu, Jade Labeste, Mélanie Bernier…

Genre: Policier

Sortie le: 23 février 2022

Distribué par: SND

EXCELLENT

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