Critiques Cinéma

ILS SONT VIVANTS (Critique)

SYNOPSIS: Veuve depuis peu, Béatrice vit avec son fils et sa mère. Sa rencontre avec Mokhtar, enseignant iranien arrivé clandestinement en Europe, va bouleverser son quotidien et ses convictions. Par amour pour lui, elle va devoir défier les préjugés de son entourage et les lois de son pays. 

En 2017, Béatrice Huret, veuve de policier et aide-soignante, publiait Calais mon amour, le roman de son histoire d’amour inattendue avec Mokhtar, un immigré iranien rencontré à Calais. 5 ans plus tard, elle et Mokhtar sont toujours ensemble, et le récit de leur idylle, découvert par Marina Fois, est adapté par Jérémie Elkaïm pour son premier film dans Ils sont vivants , en salles le 23 février. Ils sont vivants démarre ironiquement avec les funérailles du mari de Béatrice. Même si l’on lit entre les lignes que la violence et l’alcoolisme de ce dernier ont impacté cette femme tant moralement que physiquement, on sait peu de choses sur sa vie d’avant, si ce n’est que l’entourage de l’ancien couple (policiers, famille…) est encarté au FN, et que la proximité avec la jungle de Calais est très mal vue ; les préjugés sur les immigrés qui s’y réfugient, sont particulièrement haineux. L’histoire de Béatrice avec la jungle commence avec un acte de bonté simple : ramener un jeune migrant devant sa tente. De fil en aiguille, aussi intriguée que révoltée par les conditions de vie de la population, son engagement va se faire plus concret, quitte à se mettre ses proches à dos. Le fait-elle par provocation et envie de couper avec un environnement néfaste, ou a-t-elle des intentions sincères ? Le doute plane, faisant de Béatrice un personnage difficile à déchiffrer.

C’est cependant cette première partie qui est la plus intéressante : Elkaïm et sa caméra à l’épaule offrent un parti-pris documentaire et une immersion rarement vue au cinéma d’une jungle certes démantelée, mais qui est pourtant encore dans les esprits et les journaux au vu des conditions honteuses de son démantèlement. On plonge donc dans le quotidien intense des bénévoles, confrontés à des situations climatiques extrêmes et une organisation parfois chaotique en dépit de leur bonne volonté. Le problème, c’est que quand Mokhtar et Béatrice se rencontrent, le film bascule dans un schéma de romance impossible déjà plus conventionnel. Le rapprochement entre les deux individus, leur idylle secrète, fait plus la part au côté charnel que sentimental. Rien de mal, évidemment, comme l’a voulu Elkaïm, à voir Béatrice redécouvrir sa sexualité et ses désirs, le problème est que cela prend le dessus sur quasiment tous les autres aspects de leur relation. L’alchimie entre Marina Fois et Seear Kohi, est très réussie, et nous font croire à cet amour inattendu, mais malgré quelques scènes réussies lorgnant du côté de la comédie, l’ensemble ne quitte pas les clichés que l’on aurait voulu ne pas voir. Et si le troisième acte reprend un peu de la tension nécessaire pour le départ de Mokhtar et de son ami en Angleterre, le film s’éternise malgré un rythme jusqu’ici bien maîtrisé.



Il y a pourtant d’excellentes pistes de réflexion engagées par le film, notamment l’exotisation des migrants et le rôle trouble des bénévoles à leur encontre (excellente Laetitia Dosch en photographe peut-être trop bienveillante), la dimension politique de l’histoire d’amour, le basculement de Béatrice de la haine vers l’amour et les combats humains qui étaient au cœur de la jungle de Calais… Mais l’ensemble veut brasser trop de choses, laissant au final la sensation d’un film qui a le cœur au bon endroit, mais qui laisse ses sujets sur le bord de la route. Ce n’est pas faute de vouloir offrir une place de choix à une histoire d’amour optimiste, qui défie la haine ordinaire – et encore plus en cette période d’élections. Mais Ils sont vivants n’arrive pas correctement à gérer toutes ses thématiques. Si l’on pouvait s’attendre à pire au vu du sujet casse-gueule qui ne manquera pas de faire réagir, l’ensemble reste trop anecdotique pour marquer, en dépit d’une mise en scène par Jérémie Elkaïm, très solide pour un premier film.

Titre Original: ILS SONT VIVANTS

Réalisé par: Jérémie Elkaïm

Casting : Marina Foïs, Seear Kohi, Laetitia Dosch…

Genre: Comédie dramatique, Romance

Sortie le:  23 février 2022

Distribué par: Memento Distribution

MOYEN

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