Critiques Cinéma

PRESQUE (Critique)



SYNOPSIS: Deux hommes prennent la route, de Lausanne vers le sud de la France, dans un corbillard. Ils se connaissent peu, ont peu de choses en commun, du moins le croient-ils… 

Le pitch du film est alléchant et la rencontre du duo Campan / Jollien l’es tout autant. Ils n’en étaient d’ailleurs pas à leur coup d’essai, attendu qu’Alexandre Jollien avait participé à l’écriture du film de Bernard Campan, La face cachée, sortie en 2007 sur entre autres les affres de la routine amoureuse, accueilli plutôt froidement par la critique. Cette fois ci, Alexandre Jollien est tout à la fois derrière et devant la caméra pour la première fois aux côtés de Campan. Le grand public le connaît davantage comme écrivain et philosophe, avec notamment son premier ouvrage L’éloge de la faiblesse, où il nous raconte un savoureux dialogue avec Socrate tout en narrant son parcours en centre spécialisé. Il évoquera par exemple qu’un regard plein d’espoir d’un bien « plus handicapé que lui », qu’il nomme habilement « compagnon d’infortune », lors d’une douloureuse séance de rééducation, vaut tous les discours des soignants. L’humanisme d’Alexandre Jollien y est déjà omniprésent.  Bernard Campan est bien plus identifié dans le monde de la cinéphilie, avec quelques prestations remarquées, notamment dans le passionnant et prenant Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman. Nous savons avant même que la lumière s’allume qu’il sera ici question de différences, et que cette thématique du handicap est clairement maîtrisée par les deux acolytes au regard de leurs parcours respectifs. Et c’est peut-être précisément sur ce point qu’il va y avoir comme un hic… Ils identifient en effet tellement leur sujet qu’ils finissent par ne prendre aucun risque, et font de Presque un film très sage, trop convenu, où, sans que l’on s’ennuie, l’attendu est partout et la prévisibilité comme une constante, ce qui devient très rapidement dérangeant . 


Dans cette idée originelle pour le coup modérément originale, de ce road movie entre deux « handicapés de la vie » pour des raisons différentes, voire diamétralement opposées, il eut fallu déployer une multitude de dingueries, de folies narratives et scénaristiques pour ne pas tomber dans le déjà vu et réussir alors à raconter une histoire universelle. Malheureusement, le film ne prend aucun risque et Il y a comme un manifeste manque d’inventivité, et une accumulation de bonnes idées certes, mais qui ne vont jamais au bout. A de rares exceptions, comme la très belle scène avec la prostituée, jouée par Marie Benati (qui au passage livre une trop courte mais très convaincante prestation), les pensées philosophiques d’Igor (Jollien) sont aussi profondes et passionnantes qu’elles tombent à plat dans la façon dont elles sont servies. Elles sont un tantinet trop foisonnantes, fortes et précieuses pour la micro-analyse de surface qui en est faite dans la réalisation. C’est du coup frustrant et par moment aux confins d’une forme de « gênance ». C’est au fond à l’image du film, qui s’avère très descriptif, mais qui n’est pas assez disruptif, qui montre beaucoup, mais démontre au final très peu.


Bernard Campan campe (…) un mec froid comme un croque-mort et le fait plutôt bien. Il donne en effet le sentiment de s’ennuyer et l’on va parier sur le fait que cette interprétation s’explique par les nécessités de l’incarnation du caractère glaçant et introverti de son personnage. Alexandre Jollien est pour le coup plutôt convaincant, sans doute car très convaincu et au nal, sa prestation d’ensemble est très agréable à regarder. Son optimisme métaphysique constant nous converti et il est notamment très touchant d’authenticité quand il affirme à Campan son plaisir de dormir dans le même hôtel que lui. Avec quand même une grande impression de resucée, il nous est ici déployé que si le handicap n’exclut pas la bêtise, il peut être un bon détecteur à cons… A cet égard, Presque s’inscrit, en nettement moins intense quand même, dans la lignée de Nationale 7, Hasta la Vista, Intouchables et plus récemment l’excellente série d’Arte 1 mètre 20. Des opus qui visent à démonter que la meilleure façon d’aborder la question du handicap est justement… d’ignorer la situation de handicap. Déjà en 1986, Pierre Desproges dans ses Chroniques de la haine ordinaire sur les « non handicapés », qui font aussi penser à la plus contemporaine « malchance des non autistes  » de Josef Schovanec illustrent avec talent dans les deux cas, cette pensée que le handicap « presque » n’existe pas. Ce « presque » qui fait en effet fait toute la différence, qu’Alexandre Jollien place au moment des plus opportuns dans le film. Dans Presque, il y a l’envie de jouer la carte du rire désopilant à travers le burlesque que génère tout bon road movie.. Mais là encore, une forme de manque d’audace dans la mise en scène peut nous laisser sur la faim et nous fera penser « en moins bien » à des grands moments de Little Miss Sunshine où là aussi, on roule parfois « à tombeau ouvert » avec un macchabée dans le coffre ; ou à la crise baveuse de François Cluzet dans Intouchables pour faire fuir la maréchaussée ; ou encore à Albert Dupontel qui dans Deux jours à tuer chante du Johnny avec un auto-stoppeur… Toutes ces scènes sont plus ou moins tentées dans le film et elles sont « presque » aussi réjouissantes que leurs grandes sœurs susnommées.


Mais comme les intentions sont louables et le talent des deux réalisateurs/acteurs évident, il existe bien sur des moments de bravoure. Notamment la façon, dont… vengeance… Igor parle de sa mère qui a « institutionnalisé » son fils dès son plus jeune âge et on se réjouit avec lui des sadiques mais légitimes angoisses qu’il lui fait vivre et qu’il verbalise dans un langage ordurier loin de toute pensée philosophique bienveillante… Le jeu de contraste est ici pleinement réussi. La froideur initiale du personnage incarné par Bernard Campan lui confère un détachement intéressant dans son appréhension justement à la bonne place car quasi inexistante de la situation de handicap de son compère. Au final, il existe dans Presque une prédominance à l’enfilage de perles en règle, avec plus de bons sentiments que d’empathie, mais tout le monde n’est pas Nakache/Tolédano dans l’art scénique du Feel Good Movie… Mais globalement l’ensemble se tient et l’envie de bien faire du duo chauve connait une forme de contagiosité qui pourrait se traduire par la citation de Voltaire, symbolisant le message d’optimisme du film « La décision la plus courageuse que vous prenez chaque jour, c’est d’être de bonne humeur ».

Titre Original: PRESQUE

Réalisé par: Bernard Campan, Alexandre Jollien

Casting : Bernard Campan, Alexandre Jollien, Tiphaine Daviot…

Genre: Comédie dramatique, Drame, Comédie

Sortie le:  26 janvier 2022

Distribué par: Apollo Films

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