Critiques

INVENTING ANNA (Critique Mini-Série) Un portrait qui se veut nuancé mais qui ne l’est pas du tout…

SYNOPSIS: Dans Inventing Anna, une journaliste qui doit faire ses preuves enquête sur l’affaire Anna Delvey, l’héritière allemande légendaire sur Instagram, qui ne s’est pas contentée de voler les cœurs du gratin new-yorkais mais qui l’a aussi dévalisé ! Anna est-elle juste la reine de l’arnaque… ou carrément la nouvelle héroïne du rêve américain ? 

Deuxième série de l’écurie Shondaland sur Netflix après l’immense succès des Chroniques de Bridgerton, Inventing Anna est l’un des premiers évènements série de l’année 2022 pour la plateforme. A peine quelques jours après le succès de leur documentaire L’Arnaqueur de Tinder  sur, vous l’aurez deviné, un arnaqueur, cette fois c’est avec une fiction de 9×60 (voire 70) minutes que Netflix nous présente une autre arnaqueuse, ayant fait la Une en 2017 pour avoir arnaqué son monde et de très riches personnes pendant quelques années. Inspiré de l’article écrit pour le supplément The Cut du New-York Times par Jessica PresslerInventing Anna nous raconte donc comment Anna Sorokin, aka Anna Delvey pour ses riches amis, a réussi à détourner des sommes considérables et arnaqué plusieurs ami(e)s dans le New-York des années 2010. Entre fascination, obsession et répulsion, c’est un portrait qui se veut nuancé que nous offre Rhimes avec quelques-uns de ses collaborateurs habituels. Il y a juste un léger problème, cependant.

C’est ce que ce portrait qui se veut nuancé, ne l’est pas du tout, dès la première minute du pilote. Ça partait pourtant bien, avec un aperçu des témoins que la série va mettre en valeur, chacun sur un épisode. Les anciens amis, les investisseurs, les coachs sportifs, les employés d’hôtels… Chacun a une version de sa relation avec Anna, chacune flottant entre le vrai et le faux. Renommée Vivian pour les besoins de la série, et très enceinte, la journaliste chargée d’enquêter sur Delvey va vite plonger dans une empathie inexplicable envers Anna – et tenter de convaincre son entourage comme nous, spectateur, du génie incompris de la jeune allemande.

Une entreprise douteuse appuyée par un mantra tout aussi douteux sur le prétendu féminisme de Delvey prêché avec un peu trop de conviction pour que l’on croie qu’il s’agit d’une parodie. Si les années 2010 auront vu avec Hustlers, Zola ou même The Bling Ring des portraits de voleuses et d’arnaqueuses croqués avec la distance nécessaire, Inventing Anna tombe tête la première dans les dangers d’une réhabilitation d’une criminelle dont les dommages auront eu des conséquences bien réelles sur des personnes parfois loin d’être riches.

L’entreprise n’est, étonnamment, pas aidée par un casting qui en fait des tonnes. On avait rarement vu Anna Chlumsky aussi en roue libre, elle qui était en équilibre constant dans Veep. Elle est ici horripilante, et occupe presque tout l’espace disponible, faisant d’Anna Delvey une presque figurante de sa propre histoire. A force de l’interroger à travers le prisme des autres, elle reste un fantôme, à la périphérie de sa propre vie, tout juste sauvée par l’interprétation de Julia Garner, méconnaissable dans le rôle.

Et si l’on ne boude pas le plaisir de revoir les habitués des séries Shondaland dans la série, c’est surtout pour des rôles interchangeables auxquels ils n’apportent rien. Une réunion dans le vent, à l’image de la série. Magnanimes (et fans coupables des productions Shonda Rhimes) que nous sommes, on pourrait pardonner le ton douteux et le casting inégal, mais il y a quelque chose d’incompréhensible : la durée des épisodes, chacun dépassant parfois allégrement les 60 minutes. Cela pourrait s’expliquer par la densité des histoires de chaque victime, devant composer avec la timeline de Vivian qui recoupe les évènements au fil de ses entretiens, mais un tiers de chaque épisode est composé de scènes inutiles, presque fillers, comme pour gonfler le watchtime au détriment du rythme, paresseux, et pas aidé par un montage et une mise en scène ronflantes.

Impossible en sortant d‘Inventing Anna de ne pas se dire « Tout ça pour ça ? ». Parce que Shonda Rhimes qui convoque un casting cinq étoiles sur une histoire aussi sensationnelle, encore pertinente à l’air des nouveaux types d’arnaques et d’escroqueries, méritait beaucoup mieux que ce procedural filmé sans panache, sans folie, se focalisant sur l’inutile et n’expliquant nullement le mystère Anna Delvey. On se dit, en éteignant Netflix, qu’il y a parfois des affaires qui méritent de rester à l’état d’article, et dont le passage sur petit écran, en plus de ne rien apporter de bon à qui que ce soit, offre à la principale intéressée une tribune dont elle n’avait pas besoin.

Crédits: Netflix

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