Critiques Cinéma

SPENCER (Critique)

SYNOPSIS: Le mariage de la princesse Diana et du prince Charles s’est terni depuis longtemps. Bien que les rumeurs de liaisons et de divorce abondent, la paix est ordonnée pour les festivités de Noël au domaine de la reine à Sandringham. Il y a à manger et à boire, à tirer et à chasser. Diana connaît le jeu. Mais cette année, les choses seront bien différentes. Spencer est une illustration de ce qu’il aurait pu se passer pendant ces quelques jours fatidiques. 

La fascination pour le destin tragique de la princesse Diana ne faiblit pas. Entre The Crown, le musical autour de sa vie, et un documentaire récent, la pop-culture continue son examen posthume de la personnalité royale la plus aimée du peuple. Et l’on se doute que les affaires autour de son fils Harry et de son épouse Meghan n’ont rien arrangé : la famille royale vit depuis quelques années des crises majeures, et le fantôme de Diana ne cesse de hanter les murs de Windsor et de Buckingham Palace. Déjà rodé à l’exercice du biopic, le réalisateur chilien Pablo Larrain rempile donc ici pour raconter, comme sur son Jackie mettant en scène Natalie Portman dans la peau de Jackie Kennedy, une période de temps courte mais charnière dans la vie de sa principale protagoniste : après les funérailles de son défunt époux pour l’américaine, voici les funérailles spirituelles de son mariage avec un prince pour l’anglaise. Au casting de Spencer, Kristen Stewart emprunte les mimiques, la voix et le regard de Diana, pour une interprétation polarisante mais envoûtante de la princesse. Car il faut avouer que s’adapter à sa vision de la princesse prend du temps. Passé le choc de l’accent et des postures, Stewart et le script prennent leur temps pour petit à petit faire disparaître l’actrice et reconvoquer Diana. Certains crieront à la minauderie, tandis que d’autres proches de Diana louent la qualité du jeu, et on serait plutôt tentés de croire ces derniers.

Se déroulant dans la campagne du fin fond de l’Angleterre, pas loin de là où Diana a grandi, Spencer narre en forme de fable, les dernières heures de Diana dans son mariage avec le prince Charles. Évidemment au courant de ses infidélités et subissant l’hostilité de la famille royale en même temps que les protocoles inflexibles de cette dernière, la fable de la princesse se mue lentement en film d’horreur qui ne dit pas son nom. Filmée par la française Claire Mathon, les tons faussement pastels de sa photographie nous plongent rapidement dans une ambiance anxiogène, au cadre resserré, à l’instar des robes de Diana qu’il faut recoudre, à l’aune de ses problèmes de boulimie impactant son poids et sa santé. Ces tenues de conte de fées, ses robes qui deviennent rapidement ses cages, la costumière Jacqueline Duran les a reproduites à la perfection, chaque robe et tailleur incarnant un état d’esprit et une séquence de la journée de Diana. Trop de séquences et d’évènements, trop de costumes, trop de contraintes : on a beau savoir ce qui attend la jeune femme, il est dur de la voir à ce point contenir sa souffrance, donner le change et sauver des apparences pourtant déjà ruinées.

Il est alors particulièrement intéressant de voir le film puiser dans l’enfance : celle de William et Harry, pour lesquels Diana donne tout son amour et tout le peu de vie qui lui reste, mais aussi dans celle de Diana elle-même, directement. Revenir à cette forme d’insouciance est ce qui pourrait sauver la princesse de cette fable. Tel un fantôme, voir Diana errer dans cette grande robe blanche au milieu d’une maison délabrée, faire la paix avec elle-même, puiser en elle-même quand les autres ne peuvent pas l’aider si aimables soient-ils (excellents Sean Harris et Sally Hawkins en employés de la famille royale), a quelque chose de touchant et d’ô combien mélancolique. Une vision presque d’outre-tombe, comme tout ce qui se promène dans le film : la famille ne semble pas réellement vivante, le mariage de Diana et Charles est exsangue, et les oiseaux tombent sous les coups de feu des hommes de la famille en pleine partie de chasse. La musique de Jonny Greenwood, superbe, anxiogène, comme un alter-ego à celle de Phantom Thread, donne également le ton de la petite musique intérieure subie par Diana : des mélodies en apparence douces, menées par un violon et un piano qui peuvent perdre le contrôle à tout moment, dans des grands éclats intenses pourtant ignorés par le reste du monde. C’est le moindre de ces détails qui fait de Spencer plus un demi-biopic qu’une histoire vraie. Une approche passionnante et personnelle, qui se permet dans ses audaces de trouver un cœur à un personnalité qui n’en manquait pas, accompagné par une mise en scène extraordinaire. Et si l’on avait perdu foi en Steven Knight, le script de ce dernier confirme qu’il est infiniment meilleur en écrivant des histoires de huis-clos où ses protagonistes voient leur vie partir en fumée à chaque discussion qui passe ; étonnamment, le film se révèle être un excellent complément à Locke, sorti en 2013, avec un Tom Hardy au bord du précipice. 

Titre Original: SPENCER

Réalisé par: Pablo Larraín

Casting : Kristen Stewart, Timothy Spall, Jack Nielen

Genre: Biopic, Drame

Sortie le: 17 janvier 2022

Distribué par: Amazon Prime Video

EXCELLENT

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