Critiques Cinéma

SCREAM (Critique)


SYNOPSIS: Vingt-cinq ans après que la paisible ville de Woodsboro a été frappée par une série de meurtres violents, un nouveau tueur revêt le masque de Ghostface et prend pour cible un groupe d’adolescents. Il est déterminé à faire ressurgir les sombres secrets du passé.

Puisque l’ouverture du retour de Ghostface dans cette renaissance de la saga Scream sur grand écran se fait par une menace de mort à l’encontre de quiconque aurait la mauvaise idée de spoiler l’issue de ce nouvel opus, cette critique sera assurée sans divulgâchage. Rangez vos couteaux et vos masques de fantômes préférés, et aventurez vous en paix dans notre avis sur la tant attendue résurrection (n’y voyez aucune référence à un autre blockbuster au commentaire méta sorti il y a quelques semaines…) de la saga horrifique de Feu Wes Craven, désormais orpheline de son papa disparu en 2015.  Avant de nous lancer dans le cœur du sujet, une petite rétrospective s’impose. Scream, c’est au départ un film, écrit par le scénariste Kevin Williamson et filmé par le grand Wes Craven, un slasher conscient de lui-même et du cinéma d’horreur de l’époque, qui se jouait des clichés du genre avec une agilité et une inventivité remarquable qui fera très vite du film un véritable pivot du slasher movie. Une vague d’enfants illégitimes naissent de la sortie de ce Scream (Souviens-toi l’été dernier, Urban Legend, Destination Finale…), faisant revenir sur le devant de la scène l’attrait du public pour les bandes de jeunes pris en chasse par une menace masquée – voire invisible. Craven et Williamson rempilent pour un deuxième volet tout aussi barré et intelligent, avant de voir Ehren Krueger écrire l’épisode final de la trilogie Scream, épisode moins salué par la critique. Il faudra attendre 2011 pour que le réalisateur et le scénariste originels ne recroisent leurs effluves lors d’un retour à la base de la saga dans Scre4m, relecture moderne sous forme de parodie de la hype du remake incluant toute une série de nouveaux personnages derrière ses originaux. Scream, après ce quatrième volet, quitte le grand écran pour poser ses valises et son masque à la télévision. Deux saisons voient le jour, avant qu’une nouvelle histoire ne remplace les personnages dans la troisième – faisant de la série une anthologie. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous (la saison 3 n’est jamais arrivée en France), et Scream est désormais au point mort. Et forcément, l’affaire Harvey Weinstein (producteur principal de la saga) et le décès de Wes Craven n’aident pas au retour de Ghostface. 2022, soit 11 ans après le dernier volet de la série, est l’année du comeback. Cette fois-ci sous la houlette du duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (réalisateurs du jeu de massacre génialement jouissif de Wedding Nightmare), Scream voit sa renaissance filmique sous une sobre redite du titre de l’original, pour encore plus de cris. A priori, on est à jour, et prêts à retourner à Woodsboro…


Scream édition 2022 suit Sam Carpenter (admirez le subtil clin d’œil) et son petit copain Richie, qui décident de retourner dans la ville de naissance de la première – Woodsboro – après que sa petite sœur se soit faite agressée et sauvagement poignardée par un individu habillé d’un masque de Ghostface. L’histoire se répète, et les suspicions se font grandes dans la bande d’amis proches de la victime. Sam et Richie décident alors d’aller demander de l’aide à quelqu’un qui a déjà eu affaire à ce genre de situation, l’ancien sheriff de la ville Dewey Riley. Les attaques s’accélèrent et semblent cibler des personnes liées au évènements du premier film. Et c’est en revenant à l’origine que les masques pourront tomber…  Première occurrence filmique de la saga sans la bénédiction de Wes Craven, l’annonce de ce nouveau Scream avait de quoi inquiéter tout être sensé attaché à la saga et à ses personnages. Mais rassurez-vous, le trio de tête original est bel et bien de retour, et en grande pompe. Sydney « Neve Campbell » Prescott, Gale « Courteney Cox » Weathers et Dewey « David Arquette » Riley sont back in Woodsboro à l’heure d’un nouveau jeu de massacre qui ravira les amateurs de slashers en manque de sensations fortes et de couteaux aiguisés. Mais Scream mouture 2022, à l’instar de la tuerie qu’il dépeint et du modus operandi du tout nouveau tueur, a les ambitions d’un « requel », néologisme barbare fusion des termes « remake » et « sequel ». En gros, un reboot-suite. Et forcé d’avouer que le requel est effectivement à la mode à Hollywood. Jurassic World, Terminator Genisys, la postlogie Star Wars, SOS Fantômes L’Héritage et le Halloween de 2018 : tous existent pour faire renaître une vieille saga avec de nouveaux personnages côtoyant les anciens dans un mélange nostalgie/chair fraîche ayant comme plus gros point commun leurs succès très clivants dans les cœurs des fans. Il en est de même pour Scream, se qualifiant lui-même de « fan-film » lors d’une de ses obligatoires phases d’exposition des règles de l’opus. Cette fois-ci les règles ont changé, et le tout nouveau duo de scénaristes James Vanderbildt et Guy Busick (ayant déjà travaillé avec les deux metteurs en scène sur leur Wedding Nightmare qui signait une excellente note d’intentions pour leur travail sur Scream) l’a bien compris. Impossible d’écrire un nouvel opus conscient de lui-même censé réconcilier les fans et les détracteurs des suites sans évoquer le passage de flambeau, l’hommage émouvant à l’une des œuvres les plus importantes d’un des maîtres de l’horreur et l’envie démesurée d’apporter quelque chose d’encore plus frais dans une histoire qui ne mérite que de s’épanouir dans le contexte hollywoodien actuel. Et c’est ainsi que, de façon clairement moins punk, Scream 5 se fait comme Matrix 4 suite forcée par son studio pour mieux se heurter à Hollywood, à sa machine à laver les franchises, et à ses fanboys jamais contents qui en veulent toujours plus. Scream est une visite guidée de plateau qui massacre tour à tour ses phases de productions pour mieux y imprimer tout l’amour de ses faiseurs pour Wes Craven (les mots « For Wes » habillent littéralement le troisième acte). La nouvelle génération s’empare d’une œuvre novatrice et précurseur pour y dégager son attachement autant que son envie de quelque chose de frais. Ce cinquième opus se fait alors porteur d’un héritage (cf le dernier SOS Fantômes), qu’il manie avec élégance, malinerie et beaucoup d’affection. Car avant tout, Scream est un slasher moderne pur jus, peut-être même le plus sanguinolent de la saga.


Il est question de paternité, d’idoles, de paranoïa, de génération et d’évolution dans cette nouvelle tuerie masquée, donnant au quatuor réalisateurs/scénaristes l’occasion d’offrir un joli jeu de pistes habillé de tout nouveaux personnages aux côtés des anciens (les trois têtes d’affiches ne sont pas les seuls à repointer le bout de leurs nez, puisque Marley Shelton renfile l’uniforme de la sheriff-adjointe Judy Hicks de Scre4m, et Roger L. Jackson redonne sa voix aux terribles appels téléphoniques de Ghostface). Parmi les nouveaux, ce sont Melissa Barrera, Jenna Ortega, Jack Quaid, Jasmin Savoy-Brown, Dylan Minnette, Mason Gooding et Sonia Ammar qui campent cette bande de jeunes pris en chasse par le tueur au masque de fantôme. Dans un opus teinté d’émotions et d’un sens du rythme à toute épreuve qui se plaît à jouer avec nous (la scène de Wes dans la cuisine, même si relativement simpliste, rigole à la tête du spectateur en faisant monter la tension dans une séquence où rien ne se passe), Bettinelli-Olpin et Gillett montent un slasher movie fidèle en tout point à ce qu’on attend d’un film du genre en déchaînant son énergie méta dans un scénario qui manie les hommages et les nouveautés surprenantes. Même si son final (no spoiler, gardez calme) se montre moins évident que le reste du film, les auteurs de ce nouveau Scream réussissent avec beaucoup d’honnêteté à éviter la suite de trop en déchaînant Ghostface et les fantômes de l’original dans un contexte moderne qui n’épargne rien à ses icônes. Les règles ont définitivement changé, et on en vient même à se demander s’il y en a encore ou si l’anarchie n’est pas le futur vers lequel court Hollywood.



Ce nouveau Scream, loin d’être un attrape-nigaud sans finesse et parodique comme on pourrait le craindre d’un opus sans Wes Craven, saisit avec une habileté remarquable l’énergie 90’s de la saga pour placer son atmosphère modernisée en parallèle de l’ombre de son aîné. En forme de lettre d’amour génialement généreuse et étonnamment émouvante à Wes Craven, la nouvelle génération dresse un film plein de bonnes intentions et ponctué de surprises typiquement scream-esques. Alors oui, c’est imparfait, parfois un peu fouillis et pas toujours très inspiré dans sa mise en scène. Mais Scream version 2022, avant d’être un cinquième opus, est un film de fans offrant leur histoire à d’autres fans. Et en tant que fans, on ne peut qu’être enchanté et touché par ce très joli cadeau.

Titre Original: SCREAM

Réalisé par: Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett

Casting : Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette …

Genre: Epouvante-horreur, Thriller

Sortie le: 12 Janvier 2022

Distribué par: Paramount Pictures France

EXCELLENT

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