Critiques Cinéma

THE LOST DAUGHTER (Critique)

SYNOPSIS: Lors de vacances à la mer en solitaire, Leda est fascinée par une jeune mère et sa fille qu’elle observe sur la plage. Bouleversée par leur relation fusionnelle (ainsi que par leur grande famille bruyante et intimidante), Leda est submergée par la terreur, la confusion et l’intensité de ses souvenirs de maternité précoce. Un acte impulsif la replonge dans les méandres étranges et inquiétants de son esprit, l’obligeant à affronter les choix peu conventionnels qui ont été les siens en tant que jeune mère et leurs conséquences. 

Pour son premier long-métrage, Maggie Gyllenhaal n’a pas choisi la facilité. En adaptant Poupée Volée, le roman datant de 2006 d’Elena Ferrante, connue notamment pour la saga littéraire L’Amie Prodigieuse, elle se frotte aux thèmes de la maternité, de la culpabilité et du désir, dans un enrobage noir et introspectif. Sortant sur Netflix ce 31 décembre, après des passages remarqués en festival, le film montre qu’à l’instar de sa prometteuse réalisatrice, il en a sous le capot. Débutant sur une île grecque où Leda, professeur d’université, compte passer des vacances tranquilles, The Lost Daughter déploie tranquillement son intrigue présente et ses personnages dans une ambiance crispante, où la perfection de l’endroit est vite rattrapée par la pourriture des fruits, des lieux, et, surtout, des personnages en vacances. Un malaise vite palpable auquel la (toujours) formidable Olivia Colman prête ses traits tirés, sa mâchoire crispée, et son regard qui exprime l’envie d’être tout sauf en la compagnie de qui que ce soit. Mais pourquoi donc Leda se veut-elle aussi distante, inatteignable ? Passé un premier tiers un peu longuet, qui n’offre pas vraiment d’explication, voici que l’on replonge, dans son passé, et dans des années-clé : celle où elle s’occupait de ses filles entre deux travaux et recherches, pas aidée par un mari indifférent à sa crise de nerfs quotidienne.


C’est lorsque le film jongle entre ces deux époques que The Lost Daughter déploie le mieux son propos dur mais réaliste sur la charge mentale, la sensation d’abandon, la perte de désir mais aussi, l’amour incommensurable, qu’une mère comme Leda a pu ressentir pour ses filles. Jonglant difficilement mais avec justesse entre toutes les émotions de sa protagoniste, Maggie Gyllenhaal brosse le portrait imparfait d’une femme imparfaite, refusant de sacrifier quoi que ce soit dans sa vie par passion(s), mais sachant pertinemment que cela se finira dans la tragédie. Portée par l’immense prestation d’une Jessie Buckley intense, parfait contre-point romantique d’une Leda dans sa vingtaine face à sa version quadragénaire désabusée, ces segments font basculer le film dans une autre dimension, là où l’époque présente s’enlise dans une intrigue semi-mafieuse qui ne prend pas. Le face-à-face entre Dakota Johnson et Olivia Colman, s’il ne manque pas de piquant, finit par mal retomber sur ses pieds. On préférera ses séquences pleines de maladresses mais touchantes, avec un Ed Harris qu’on aura rarement vu si vulnérable.


Une vulnérabilité due notamment à la mise en scène de Gyllenhaal, qui enferme ses personnages dans un cadre sublimé par la photographie d’Hélène Louvart. Une proximité avec les personnages féminins qui finit par les enfermer et les asphyxier, à l’image de ces rêves d’autres hommes, et d’autres carrières, que les femmes du film ne peuvent pas approcher sans risquer de sacrifier quoi que ce soit. On regrettera en revanche quelques défauts inhérents à des premiers films : une première scène annonçant la fin, des choix musicaux trop évidents, et une multitude d’intrigues et de personnages secondaires avec un certain potentiel mais dont le script ne fait rien (Paul Mescal, pourtant très bon, ne peut s’imposer avec un temps d’écran aussi réduit, malgré son rôle important dans la première partie du récit). En surchargeant le récit et le montage, le film perd de son efficacité, jusqu’à un final anti-climatique, ni satisfaisant ni décevant, comme si le film ne savait pas comment il devait se terminer. Heureusement pour nous, ce qui précède un final décevant n’empêche pas de faire de The Lost Daughter, un essai passionnant sur la maternité et les regrets, avec un duo d’actrices phénoménales en son centre. On a désormais très hâte de voir les prochains projets de Gyllenhaal en tant que réalisatrice – et pourquoi pas, sur un scénario original.

 

Titre Original: THE LOST DAUGHTER
 

Réalisé par: Maggie Gyllenhaal

Casting : Olivia Colman, Jessie Buckley, Dakota Johnson …

Genre: Drame

Date de sortie : 31 Décembre 2021

Distribué par: Netflix France

TRÈS BIEN

 

 

 

 

3 réponses »

  1. Bonjour , Colman est géniale de beauté et son jeu est splendide On ressent son angoisse face aux conséquences de son acte d abandon
    Elle regrette et elle se juge cruelle égoïste indigne
    Quelle femme n’a pas ressenti à un moment où a un autre ce piège inéluctable de la maternité cette dévotion qu’elle doit assumer face a l égoïsme paternel qui ne prend part qu’aux miettes ….. de l éducation et qui renvoie à la grand-mère ……
    L’enfant « unique «  en son genre combat dès son plus jeune âge cette mère dévouée s’y oppose pour affirmer son despotisme
    Elle tape sa mère pour attirer toute son attention et la seconde petite fille capricieuse perd sa poupée
    Mais quelle bonne et première leçon peut être pour elle dans ce milieu familial où tout lui ait accordée amour argent etc
    Mais où règne aussi une ambiance malsaine de despotisme de la grand-mère ,des hommes qui se croient tout permis et de la jeune mère belle mais limitée intellectuellement.
    Colman finit par se pardonner après avoir été comme poignardee par son propre cadeau flatteur
    bonne leçon qu’elle a donné à cette jeune femme qui grâce à elle va peut être grandir finalement et sauver son mal-être ….

  2. Je te rejoins sur la performance de Jessie Buckley, vraiment bluffante, et sur la pertinence de la réflexion sur la maternité – ce qui n’empêche pas la présence de quelques défauts, nous sommes d’accord là aussi.

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