Critiques Cinéma

BEING THE RICARDOS (Critique)


SYNOPSIS: Lucille Ball et Desi Arnaz sont menacés par des accusations personnelles choquantes, une diffamation politique et des tabous culturels dans le film Being the Ricardos, du scénariste et réalisateur Aaron Sorkin, lauréat d’un Oscar. Une immersion au cœur de la relation romantique et professionnelle du couple. Le film invite les spectateurs dans la salle des auteurs, sur plusieurs plateaux de tournage et dans les coulisses d’une semaine critique de la production du sitcom « I Love Lucy ». 

L’œuvre d’Aaron Sorkin, le prolifique scénariste et désormais réalisateur américain, peut se scinder en deux gros blocs thématiques : les coulisses de la télévision d’un côté (Sports Nights, Studio 54 on the Sunset Strip, The Newsroom), et la politique (The West Wing, The Trial of the Chicago 7) de l’autre. Ce à quoi vous pouvez ajouter une bonne dose d’histoire vraie (The Trial… mais aussi Molly’s Game, The Social Network, Moneyball, Steve Jobs, La Guerre Selon Charlie Wilson), pour un résultat qui brille souvent par l’efficacité des dialogues et du scénario. L’une des arlésiennes de Sorkin, depuis près de dix ans, était de concrétiser son projet de biopic sur Lucille Ball, célèbre actrice et productrice américaine de la sitcom I Love Lucy. Si Cate Blanchett avait été approchée pour jouer le rôle délicat mais charismatique de l’une des plus célèbres rousses du petit écran, les délais auront joué en la faveur de Nicole Kidman, qui malgré des réticences, a accepté d’endosser ce rôle aux côtés de Javier Bardem qui joue Desi Arnaz, le mari de Lucille Ball. Le duo de comédiens joue ainsi le couple fondateur de la société de production “Desilu”, au cœur d’une semaine cruciale pour leur couple, leurs carrières et leurs existences. Les adultères de Desi, les soupçons de sympathie pour le parti communiste de Lucille, et la machine interne parfois compliquée d’I Love Lucy, auront-ils raison d’eux, ou s’en sortiront-ils avec un twist digne d’une série télévisée ?


Commençant sur un dialogue qui souffle le chaud et le froid entre le couple, Being the Ricardos alterne entre des témoignages (joués par des acteurs, face caméra, pour un résultat assez confus) qui annoncent la semaine infernale à venir, et la plongée au cœur de ladite semaine. Où l’on découvre que derrière le rêve américain de Lucille Ball se cache une femme blessée, trop pleine d’ambitions, en avance sur son époque et pourtant si révolutionnaire que la télévision n’a plus été la même après son passage. Pour jouer ce rôle, Kidman est parfaite. Au-delà des critiques (très réductrices) sur son apparence, son utilisation de la chirurgie esthétique et sur son peu de ressemblance avec la Lucille Ball originale, elle arrive à donner vie à sa manière à une femme que tout le monde connaît aux Etats-Unis. Sorkin le disait en interview pour la promotion – houleuse, du film : plutôt que de caster un doppelganger comme cela peut être le cas sur des biopics parfois médiocres, il préfère une véracité, une authenticité qui passe ailleurs, par l’âme et la qualité de la performance.


Et si les affres du couple se sont étirés sur bien plus d’une semaine pour eux, réduire la portée des évènements sur une semaine permet, sur une durée réduite, de canaliser un gros morceau de leurs vies en augmentant les enjeux et la tension. Comme Sorkin l’avait fait sur Steve Jobs, qui encapsulait trois jours dans la vie du créateur d’Apple, mais offrait cette impression d’entièreté que le film d’en face n’avait pas. Dans quelle mesure continuer à peaufiner l’enregistrement hebdomadaire d’I Love Lucy, alors championne des audiences américaines, alors que toute l’existence de son couple vedette, devant comme derrière la caméra, s’effondre impitoyablement ? Est-ce que, comme le chante Queen, The Show Must Go On ?  Comment survivre à la pression politique des médias, du patriarcat, des producteurs et de ce qui semble être le monde entier ? La réponse est qu’il n’y a pas de réponse, juste des manières d’encaisser, en continuant à créer, autant que faire se peut, dans sa tête ou sur les plateaux de télévision (joli personnage d’Alia Shakwat).  Et si les deux premiers films de Sorkin ne brillaient pas techniquement, malgré des progrès évidents sur The Trial of the Chicago 7,  Being the Ricardos, est le vrai film de la confirmation, avec cette photo superbe de Jeff Cronenweth, qui ferait presque regretter de découvrir le film chez soi et non sur un grand écran de cinéma. Autre source de satisfaction, le désormais habituel Daniel Pemberton et sa bande-son éclatante et élégante. Une musique assez agréable pour que l’on ait envie de la réécouter après le visionnage du film, le compositeur arrivant toujours bien à adapter son style à la tonalité et à l’époque des films qu’il score. Alors oui, quand Sorkin est au croisement de ses thématiques fétiches, le résultat est évidemment satisfaisant. Mais plus encore, Being the Ricardos réussit le pari d’être un formidable portrait de femme en même temps qu’une plongée passionnante dans les coulisses d’une télévision désormais passée, mais dont la modernité avant-gardiste, gagnée grâce à d’innombrables combats de la part de Lucille Ball, n’aura eu de cesse d’influencer tous les créateurs et toutes les créatrices, présentes comme futures.

Titre original: BEING THE RICARDOS

Réalisé par: Aaron Sorkin

Casting: Nicole Kidman, Javier Bardem, Nina Arianda…

Genre: Biopic, Romance

Sortie le: 21 décembre 2021

Distribué par : Amazon Prime Video

EXCELLENT

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