Critiques Cinéma

TICK TICK… BOOM ! (Critique)

SYNOPSIS: À l’approche de ses 30 ans, un jeune compositeur prometteur jongle entre l’amour, l’amitié et l’envie de réussir quelque chose de grandiose avant qu’il ne soit trop tard.

En Mai 2021, Bo Burnham sortait de son absence assourdissante en montrant au monde son special sobrement intitulé Inside sur Netflix. Un show de lumière, de montage, de musiques et d’émotions qui a fait couler beaucoup d’encre en dévoilant les maux d’une génération et d’un artiste complet à la santé mentale fragile qui se bat contre ses démons en plein milieu d’une pandémie mondiale. Tant de conflits explorés dans ce musical d’une sobriété radicalement aux antipodes des envolées stylistiques de Broadway. Et en son centre, la chanson 30 attire notre attention. Burnham se filme face caméra, seul, réagissant en direct à son passage à la trentaine en ayant l’impression de laisser la personne qu’il est derrière lui. 30 ans, c’est un âge maudit paraît-il. Celui où on n’est pas vieux, mais où on n’est plus jeune non plus. Perdu dans un entre-deux, avec la sensation d’avoir loupé nos 20 ans. When he was 27, my granddad fought in Vietnam. When I was 27, I built a birdhouse with my mom. Oh fuck, how am I 30 ? nous dit Burnham. Et dans un parallèle artistique inattendu, le plus grand nom de la scène contemporaine de Broadway, Lin-Manuel Miranda, adapte au cinéma le spectacle de Jonathan Larson Tick, tick… BOOM!, lequel commence par la chanson 30/90Larson nous raconte son passage à la trentaine dans les années 90. Comme deux générations de musiciens qui se répondent à très exactement 30 ans d’écart.


Tick, tick… BOOM! est devenu grâce à son histoire un musical culte car fondateur du mythe Jonathan Larson. Jeune prodige de la musique devenu mondialement connu grâce au succès de Rent à partir de 1996, Larson n’a pourtant jamais vu ce triomphe ni comment son œuvre va radicalement transformer la façon dont on fait les musicals à Broadway. Décédé la veille de la première de Rent, il laisse derrière lui une comédie musicale dystopique jamais produite, Superbia, et l’objet qui nous intéresse aujourd’hui, Tick, tick… BOOM!, monologue rock nous contant la quête de la production de son Superbia et du passage à la trentaine de ce serveur aux ambitions énormes alors qu’au même moment le Sida emporte de plus en plus de jeunes à travers le Monde. Aujourd’hui, c’est Lin-Manuel Miranda qui, dans la folie de son année artistique (son In The Heights adapté au cinéma par Jon Chu et la composition de la musique de Encanto pour Disney parmi ses autres projets – rien que ça) réalise pour Netflix l’adaptation filmique de cette autobiographie passionnée sur les rêves et les obstacles qu’il faut franchir pour les atteindre.



Miranda peint une fresque new-yorkaise plongée de son plein dans les années 90, leurs drames humains et la peur qui s’en dégage face à la naissance d’une nouvelle génération d’artistes aux ambitions démesurées. Jonathan Larson est l’une de ces figures grandiloquentes à l’énergie créatrice communicative travaillant depuis près de 8 ans sur le script de son immense Superbia. Ignoré du milieu, laissé en rade par son agente et gardant seul l’espoir que tout ça marche malgré les mises en garde de ses amis, Larson est la représentation en mouvement et en musique de l’artiste moderne, empreint de sensibilité, d’imagination et de lubie fantasmagorique, poursuivant sa chimère malgré les évidentes erreurs de parcours qu’il va être amené à traverser. De par la relation tumultueuse qu’il entretient pendant toute cette histoire avec sa petite amie Susan, Miranda monte une vraie aventure humaine laissant la place totalement libre à la création sous toute ses formes, entraînant ainsi les émotions les plus humaines et les plus viscérales. Grâce à une mise en scène enlevée et d’une sobriété essentielle, Tick, tick… BOOM! joue cette quête insensée mais pourtant lumineuse du bonheur par la musique, avec cette question : à quel prix ? Au profit de cette reconstitution à échelle humaine de la figure générationnelle de Jonathan Larson, Tick, tick… BOOM! compte à son casting l’interprétation spectaculairement géante du brillant Andrew Garfield qui, au lieu de jouer sur le mimétisme pour donner corps au compositeur, habite son personnage d’une puissance émotionnelle en le rendant toujours plus tangible et par conséquence toujours plus humain. Au cœur de ce tourbillon incessant de lumières, de chansons entêtantes et d’émotions fulgurantes, les personnages donnent vie à ce mini New York où chacun se cherche et se perd pour mieux se retrouver. Aux 1001 voix qui résonnent dans cette adaptation grandiose sont accolés les visages de Vanessa Hudgens, Alexandra Shipp, Robin de Jesús et Joshua Henry dans un casting merveilleux laissant la part belle aux minorités de l’Histoire. Par cette anti-success story constamment sur le fil du réalisme et du fantasme, Tick, tick… BOOM! est un étendard, un porte-parole, une revanche pour toute une génération de laissés-pour-compte à qui on n’apprend plus à rêver.


Lin-Manuel Miranda sort son orchestre de la plus somptueuse des manières dans une œuvre entière à l’imagination et à la beauté pures, tapissant ses ambitions d’une collection entêtante au possible de chansons qui ne vous lâcheront plus après visionnage. Tick, tick… BOOM! est une comédie dramatique musicale aux dimensions universelles la rendant d’autant plus essentielle. Cette réécriture de la pièce de Jonathan Larson par Steven Levenson est un bol d’air frais à la légèreté et à l’humanité exemplaire qui brille par sa construction et par la fougue de sa mise en scène, prouvant qu’au-delà d’être un excellent compositeur, Lin-Manuel Miranda est un brillant réalisateur. Et l’union de ces deux différentes générations de musical rend l’expérience Tick, tick… BOOM! toujours plus passionnante à vivre. Par une déflagration artistique absolument splendide, Miranda et Larson viennent frapper en plein cœur par leurs sens du détail, leur amour des mots, des sons et des images, avant de rendre une œuvre rare mais si indispensable. Si souvent les quelques évènements actuels viennent troubler la grande majorité des aspects de nos vies quotidiennes, il est bon de se rappeler que l’inspiration et la réponse à beaucoup de nos questions se trouvent toujours dans les choses les plus évidentes. Et qu’il suffit parfois d’un piano et d’ouvrir son cœur pour découvrir notre vrai potentiel.

Titre Original: TICK, TICK, BOOM !

Réalisé par: Lin-Manuel Miranda

Casting: Andrew Garfield, Vanessa Hudgens, Bradley Whitford…

Genre: Musical, Drame, Biopic

Sortie le:  19 novembre 2021

Distribué par: Netflix France

CHEF-D’ŒUVRE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s