ENTRETIENS

LES ÉTERNELS (Conférence de Presse avec Chloé Zhao) « On m’a donné l’opportunité de faire un film à part… »

Dans le cadre de la sortie de la nouvelle pièce rajoutée du Marvel Cinematic Universe Les Eternels, la réalisatrice Chloé Zhao, de passage sur Paris, a répondu à quelques-unes de nos questions. Compte-rendu de cette conférence de presse depuis le salon de l’Hôtel Le Bristol :

Comment le travail de Jack Kirby (ndlr : le créateur des Eternels) vous a-t-il inspiré ?

Chloé Zhao : Au départ, je me suis posé la question de pourquoi Jack Kirby avait créé ces Éternels. A cette époque, il voulait aller à contre-courant de la trame narrative habituelle pour trouver une nouvelle perspective à ses histoires. Et quelque part, le timing était parfait. Après la saga des Pierres d’Infinité (ndlr : de Iron Man en 2008 à Avengers : Endgame en 2019), il était temps d’aller à contre-courant du MCU en essayant de déconstruire certaines fondations du genre.

Comment avez-vous réussi à trouver l’équilibre entre la nouveauté apporté à l’univers et ce qui existait déjà ?

C.Z. : Le film prend place sur Terre juste après le retour de la moitié de la population. Il y avait pour moi une thématique écologique énorme à développer. Avec cette idée en tête et la possibilité d’étudier les origines du MCU en même temps que leurs répercussions sur le futur, on m’a donné l’opportunité de faire un film à part, avec ses propres personnages et ses nouvelles histoires. Même si j’aurai aimé voir Nick Fury apparaître, ce à quoi on m’a gentiment dit non.

Avez-vous eu carte blanche de la part de Marvel ?

C.Z. : Un film, c’est avant tout une collaboration. Il n’est pas tellement question d’avoir carte blanche, mais plutôt de partager la même vision et la même passion avec les producteurs de chez Marvel Studios.

On vous sait amatrice de mangas. Ont-ils influencés votre travail sur ce film ?

C.Z. : Effectivement, le manga représente une grande partie de ma vie. Il y a deux éléments qui m’ont inspiré. Le manga, au niveau du ton, oscille souvent entre le sérieux et le ridicule de ses situations et de ses menaces. C’est probablement quelque chose que j’ai emprunté dans ma façon de faire des films. Et deuxièmement, l’action. J’ai certainement pu être influencé par Yu Yu Hakusho ou Dragon Ball Z par exemple. Et comme dans Sailor Moon ou Les Chevaliers du Zodiaque, Les Eternels parle d’une équipe où chaque personnage a ses pouvoirs et son identité visuelle propres.

Vous aimeriez adapter un manga en live-action ?

C.Z. : Je pourrais en parler pendant des heures, vous avez toute la nuit ? (rires)
C’est une question extrêmement compliquée parce que si vous êtes un vrai amoureux de mangas, vous savez que c’est presque impossible de rendre une adaptation réussie. Si je dois choisir, je dirais Yu Yu Hakusho. J’ai vu que Netflix préparait un live-action, mais c’est avec quelqu’un d’autre donc tant pis. J’aimerais aussi beaucoup travailler sur Trigon, mais pareil… On ne touche pas un classique du genre, c’est très dangereux… Je ne voudrais pas être responsable d’une catastrophe.

Dans vos précédents films, les personnages avaient affaire à la fin du mois. Aujourd’hui, ils ont affaire à la fin du monde. Comment avez-vous pensé ça philosophiquement ?

C.Z. : Pour véritablement révéler un personnage, il faut lui donner des obstacles à surmonter. Dans mes précédents films, ces obstacles étaient sociaux, au ras du sol. Dans Les Éternels, il est question d’un peuple toute entier : l’humanité. Ces obstacles servent alors à révéler ce qui est important pour nous, à savoir nos relations entre nous et avec notre planète.

Comment avez-vous travaillé cette transition entre l’intimisme de Nomadland et la grosse production des Éternels ?

C.Z. : Je fais des films avec mes tripes. Ma relation avec mon équipe, mes comédiens, la caméra, je dois la ressentir. Si je ne ressens rien, ça ne peut pas fonctionner. Donc fondamentalement, le travail est le même pour moi puisqu’il vient du même endroit dans les deux cas. Marvel Studios, au contraire de beaucoup de studios traditionnels d’Hollywood, a très peu de personnes en charge. Les décisions ne se prenaient qu’avec deux responsables. Ils ont créé une bulle autour de moi pour me donner la liberté que je voulais tout en s’assurant que je ne me plante pas.

Comment avez-vous amené les thématiques habituelles de votre cinéma dans ce film ?

C.Z. : Mes films traitent souvent de personnages qui cherchent à être maître de leurs destins alors que quelque chose les en empêche. Dans Les Éternels, ce quelque chose, c’est leur foi. Cette thématique est importante pour moi parce que je pense qu’on ne peut pas vivre par soi-même. On doit avoir une connexion avec quelque chose de plus grand. N’ayant pas été élevé dans la religion, j’ai senti un manque en moi en ne croyant pas en Dieu. Donc j’ai cherché dans mes films à comprendre la relation qu’on peut avoir avec la nature et le sens de l’existence.

Pouvez-vous nous parler du choix des musiques ?

C.Z. : Oui, c’est une collection très éclectique de chansons qui représente en quelque sorte à quel point je suis étrange. Pink Floyd, BTS, Lizzo, Merle Haggard… Ce sont des artistes et des chansons que j’aime, tout simplement.

La chanson de Pink Floyd paraît pour le coup très juste avec le thème du film.

C.Z. : La raison pour laquelle les chansons de Pink Floyd n’apparaissent pas beaucoup au cinéma, c’est parce que les droits sont extrêmement chers. Je voulais une chanson qui ait un sens global, rassembleur. Donc Pink Floyd paraissait évident.

Quel rapport entretenez-vous avec le western ?

C.Z. : Pour être complètement honnête, je n’avais vu que 3 ou 4 westerns avant de faire The Rider. Je n’ai pas grandi avec eux, et quand on m’a dit que je travaillais dans le même genre, j’ai commencé à faire mes devoirs en quelque sorte. Récemment, j’ai vu pour la première fois des films comme La Poursuite Infernale ou La Rivière Rouge qui m’ont vraiment rendu dingue. Pour moi, la raison pour laquelle le western existe, c’est pour répondre à notre curiosité en tant qu’être humain à propos de ce que cache l’horizon. Le film de super-héros aujourd’hui pose les mêmes questions. Que cache le ciel ? Quelle relation entretient-on avec nos technologies ? Je crois que je me suis retrouvée embarquée dans ces cinémas qui traitent de cette peur humaine de l’inconnu.

Gemma Chan (ndlr : Sersi dans Les Eternels) jouait déjà le personnage de Minn-Erva dans Captain Marvel. Comment s’est fait son casting ?

C.Z. : On a cherché notre Sersi pendant si longtemps. On a fait passer des castings à une bonne centaine de comédiennes, mais on ne la trouvait toujours pas. A un moment Richard Madden, qui était déjà notre Ikaris, nous a conseillé son amie proche Gemma Chan, qu’on n’avait pas envisagé justement parce qu’elle jouait déjà dans Captain Marvel. On l’a donc testée, et ce fut immédiatement évident qu’elle était notre Sersi. Et en plus elle était bleue dans l’autre, personne ne le remarquera. Chris Evans aussi en a fait deux, donc c’est ok, non ? (rires)

Qu’en sera-t-il de votre prochain projet ? Aussi grand que Les Éternels ou retour à quelque chose de plus indépendant ?

C.Z. : Quand je prépare un projet, je pense toujours à ce que disais mon idole Bob Dylan. « He not busy being born, he busy dying » (ndlr :  » il n’est pas occupé à naître, il est occupé à mourir « ). Je cherche constamment des projets qui me permettent de renaître. Pour le moment, je travaille sur une adaptation de Dracula pour Universal, donc on verra !

Pouvez-vous nous donner un indice sur l’identité du personnage à qui appartient la voix à la toute fin du film ?

C.Z. : Disons que c’est quelqu’un que vous verrez apparaître un peu plus tard dans le MCU. C’est génial parce que c’est un de mes super-héros préférés.

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