J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Yves Montand

Cher Yves Montand

Vous auriez eu 100 ans aujourd’hui et sûr que vous auriez fait un beau Papet, digne et élégant, fort en caractère et qui en imposait aux autres. Mais la vie a fait qu’il y a 30 ans votre cœur s’est fait la malle, nous laissant seuls sur le bord de la route, et vous êtes parti rejoindre Simone là où les amours sont éternels. Vous faisiez partie de notre vie et vous étiez dans mon paysage depuis toujours, depuis que j’avais compris que mon père vous aimait et vous admirait, je ne vous regardais plus avec le même regard, mais avec celui qui, au début en tout cas, vous aimait et vous admirait aussi, mais par procuration.

J’ai appris à passer cette phase pour à mon tour embrasser totalement ma passion à votre égard. L’homme, l’artiste que vous étiez m’a renversé, l’acteur surtout, (celui de music-hall était fascinant mais j’étais moins sensible à ces chansons bien que certaines d’entre elles étaient éblouissantes). Comme comédien, vous m’avez fait chavirer mais c’est évidemment dans les films de Claude Sautet que je vous ai d’emblée trouvé étourdissant. En César magnifique d’abord, volcanique et amoureux, puis en Vincent ensuite, plus fragile, plus sensible, moins sanguin et en Alex enfin, plus fatigué et surfant sur un charisme d’antan. Ces films-là font partie de mon panthéon personnel, j’y reviens avec régularité parce que leur humanité me transperce et que j’aime chacune des minutes que je passe dans ces univers. Après vous avoir vu dans ces films qui pourrait dire que vous n’êtes pas un immense comédien? Ce n’est que de la rhétorique, je n’attends pas de réponse, ma conviction est faite, vous êtes grand. L’émotion que vous véhiculiez ne peut pas laisser insensible, quand bien même vous n’étiez pas dans la vie la perfection incarnée.

J’aimais vos fêlures cachées sous l’armure machiste que vous arboriez parfois, vos emportements volcaniques qui tonnaient et laissaient passer entre les interstices une humanité brute, j’aimais votre douceur aussi quand elle se faisait jour et que vous laissiez tomber l’apparat pour mettre à nue votre vérité. Dans la farandole des personnages que vous avez incarné avec fougue et talent, je garde plus particulièrement une place en plus de César, Vincent et Alex pour le Mario du Salaire de la Peur, l’inspecteur Grazziani de Compartiments Tueurs, le Robert Colomb de Vivre pour Vivre, le député de Z, le Jansen du Cercle Rouge, le Blaze de La Folie des Grandeurs, Le Sauvage Martin, l’inspecteur Ferrot de Police Python 357, le procureur Henri Volney de I comme Icare, le truand rangé des voitures, Noël Durieux, dans Le Choix des Armes, le Victor Valance de Tout Feu, Tout Flamme et bien sûr le Papet de Jean de Florette et Manon des Sources.

Vous leur prêtiez vie avec une telle force, vous laissiez vivre vos émotions au gré des leurs avec une grâce et une virtuosité qui n’appartenaient qu’à vous. Vous voir au cinéma c’était déjà la promesse de tout un programme, de vous voir virevolter sur l’écran et déclamer vos dialogues avec cette faconde inimitable et cet accent chantant qui nous enchantait et ces émotions qui nous fracassaient. Quand vous flattiez De Funès, quand vous étiez victime d’une crise de delirium tremens dans Le Cercle Rouge, quand vous courriez après Catherine Deneuve, que ce soit pour la rattraper ou pour lui échapper dans Le Sauvage, quand vous aviez peur pour sa vie dans Le Choix des Armes, quand vous vous engueuliez avec Isabelle Adjani dans Tout feu, Tout flamme ou quand vous compreniez enfin la vérité dans Manon des Sources, vous nous mettiez par terre et on vous aurait suivi jusqu’au bout du monde.

Bien sûr, il y a eu des sorties de route, des films moins aboutis, des rôles moins forts, des zones d’ombre moins flatteuses mais vous nous avez fait tant de bien, vous nous avez tant donné qu’au final on ne garde que le meilleur de ces instants partagés avec vous. Et parce que dans 100 ans vous serez toujours cet artiste génial qui nous aura fait vibrer et qu’on vous regardera toujours des larmes dans les yeux en souvenir de ces instants de vie que vous avez fait palpiter avec classe et distinction. Pour ça notamment et pour le reste, vous n’avez pas fini de briller parmi les étoiles.

Votre dévoué Fred Teper.

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