Critiques

HAPPINESS (Critique) Un gros goût d’inachevé…

SYNOPSIS: Du Nord de Téhéran vers le Sud d’un Iran en  mutation, le périple de quatre jeunes dans un road trip chaotique et initiatique qui sous-tend une  quête très universelle : celle de soi-même et la recherche du bonheur…

Création de Pouria Takavar et Yashar Alishenas, Happiness nous embarque dans la jeunesse iranienne sur les pas de la jeune Shadi (Ghazal Shojaie) dans quinze épisodes d’un format d’un peu moins de 6 minutes. La série est d’ores et déjà disponible sur Arte.tv Le pitch de cette dernière n’est pas forcément très original : A Téhéran, la mère de Shadi prépare leur départ pour Paris mais l’adolescente découvre que son père, qui a disparu de la circulation depuis fort longtemps, n’a pas donné son accord. La jeune fille en plein questionnement décide alors de partir à travers l’Iran entourée d’un cercle rapproché afin de retrouver cette figure paternelle. Happiness est donc un road trip en van avec un personnage principal en quête d’identité. Jusque-là, pas de quoi s’alarmer ni en bien ni en mal, puisque les enjeux dépendent bien sûr nécessairement du traitement de l’histoire ; sur le principe le road trip identitaire est toutefois un genre déjà bien poncé.

Si Happiness n’est pas très originale de par son synopsis et bénéficie d’un format un peu étonnant, elle brille davantage (du moins en théorie) en intérêt via son contexte géographique et culturel que par son histoire stricto sensu : le mode de vie des jeunes iraniens nous est globalement inconnu. Pourtant comme nous allons le voir, malgré maintes interdictions et restrictions de liberté, ils sont aussi animés par des choses simples telles que la musique, les histoires de cœur ou leurs téléphones portables.

La série met principalement en scène quatre personnages : la fameuse Shadi (Ghazal Shojaie), Ferial (Setareh Maleki) ainsi que son cousin Parsa (Aria Gazor) et le charismatique Sina (Soheil Bavi) un bad boy plus enclin à contourner la loi qu’à s’y plier. Au cours du voyage un certain nombre de frictions vont apparaître, tantôt teintées de l’égoïsme de Shadi ou des multiples gaffes de Parsa. Même si les personnages sont jeunes, Happiness ne prend jamais un ton qui se voudrait teenager, au même titre qu’elle n’est pas non plus fondamentalement politique ou dramatique, ce qui est tout à l’honneur des créateurs dans la mesure où il aurait été aisé de tirer sur ces cordes. Le ton est assez neutre voire léger malgré un environnement qui semble parfois tendu. Shadi et ses amis ne semblent pas torturés par leurs modes de vie, ils se cherchent, comme tous les jeunes de leur âge. D’ailleurs Shadi n’a pas l’air très motivée à l’idée d’aller vivre à Paris avec sa mère bien que cette dernière tente parfois à sa façon de donner l’occasion à sa fille d’avoir un avenir plus serein voire de la tirer de situations préjudiciables.

La construction en épisodes web-série est un parti pris qui a le mérite de pouvoir permettre le visionnage d’Happiness de façon rapide et malléable tout en donnant sensiblement l’impression de regarder un téléfilm découpé et clairsemé, le tout au service (ou pas) d’un voyage aux enjeux et à l’affect émotionnel plutôt très bancals et inaboutis. Difficile d’ailleurs de dire à l’issue du périple ce qui en restera pour le spectateur : dans notre cas pas forcément grand-chose. Les personnages ne sont pas vraiment attachants, nous ne nous engouffrons jamais dans leur psyché, leurs rapports demeurent superficiels comme bon nombre de leurs réactions et le road trip n’aboutit pas vraiment à un sentiment d’accomplissement personnel qui le légitimerait. En tout cas les émotions et pensées des protagonistes sont difficilement communicatives. Nous ne pouvons pas non plus dire que le rythme aille crescendo, ni que chaque épisode participe à une quelconque montée en puissance de la narration.

Shadi et ses comparses incarnent ainsi une jeunesse en plein changement, fougueuse et animée par une joie de vivre qui se heurte à un monde peu égalitaire et aux règles souvent injustes et datées. Nous aurions sans doute aimé davantage de péripéties ou d’introspection de la part des protagonistes pour pimenter ce voyage et surtout lui donner un véritable sens. Happiness reste à la surface des choses, et le fait qu’elle se déroule en Iran ne change malheureusement pas la donne concernant ces défauts…qui laissent un gros goût d’inachevé.

Crédits: Arte

1 réponse »

  1. J’ai regardé pour ma part cette série avec grand plaisir. J’ai apprécié justement que les choses soient suggérées plus qu’approfondies- le format très court induit forcément des choix narratifs spécifiques- J’ai bien voyagé, et j’ai été touché par les personnages à contrario de ce que vous écrivez. C’est une chronique douce amère, un joli voyage et j’ai été séduit par le format.

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