Critiques Cinéma

SCENES FROM A MARRIAGE (Critique Mini-Série) Une belle réussite…

SYNOPSIS: Adaptation de la mini-série (devenue un film) d’Ingmar Bergman, qui se penche sur les notions d’amour, haine, désir, monogamie, mariage et divorce à travers un couple d’Américains contemporains. 

Comment passer après un classique culte de la télévision suédoise signé Ingmar Bergman ?
Cette question, épineuse, le showrunner Hagai Levi y répond, sur HBO, avec cette nouvelle version de Scènes de la Vie Conjugale, initialement une immense mini-série contant en six épisodes les bouleversements d’un couple suédois, où brillait notamment Liv Ullman. Une œuvre sombre et sans concession sur le couple, et où la caméra de Bergman se faisait témoin de ces chamboulements. Au-delà de « comment », c’est surtout « pourquoi », le mot qui prédomine, quand on apprend donc que cette relecture sera contemporaine, et qu’elle se déroulera aux Etats-Unis, loin du contexte européen de Bergman. La seule chose rassurante étant le couple principal joué par Oscar Isaac et Jessica Chastain, qui, quand ils ne font pas imploser Internet, jouent régulièrement ensemble sur nos écrans depuis leurs années estudiantines. Les craintes étaient justifiées, mais le résultat final est sans appel : au-delà du remake, Scènes de la Vie Conjugale 2021 est aussi et surtout, une toute nouvelle œuvre qui va faire parler d’elle.

Brouillant d’emblée la frontière entre fiction et réalité, avec la présence de personnes masquées (pour évoquer le contexte du COVID-19), Scènes de la Vie Conjugale commence avec une thérapie de couple. Un bon moyen d’apprendre à connaître un couple dont on sait qu’il va rapidement se déliter suite à des évènements imprévus. Mira (judicieuse référence à la Marianne suédoise de Bergman) s’ennuie dans son couple et a un désir de liberté qui la pousse hors du domicile conjugal ; son mari Jonathan, universitaire et homme au foyer, peine à la retenir. Les trois premiers épisodes, s’ils font correctement le travail de déliter le couple, manquent d’un petit quelque chose, d’une étincelle, pour que le couple et le spectateur aillent au fond des choses. S’étirant tout du long sur des dialogues étoffés à l’infini pour en traquer la substantifique moelle, le moindre regard et la moindre intonation, portés par un excellent duo principal et des seconds rôles connus mais efficaces (Corey Stoll notamment)… Mais ce n’est pas suffisant, du moins, pas entièrement, pour être complètement connectés avec Mira et Jonathan.



Il faut attendre le bouillonnant épisode 4, suivi du final, pour enfin trouver le déclic et comprendre la démarche d’Hagai Levi. Lui qui disait au festival Séries Mania trouver l’époux de la version de Bergman exécrable, trouve le moyen de rétablir l’équilibre entre les membres de ce couple si exceptionnel et en même temps si banal. C’est lorsqu’il met à nu (au propre comme au figuré) ses personnages, que la passion (bonne comme mauvaise) se réveille, que la série se montre la plus passionnante. Pas tant parce que l’alchimie entre Isaac et Chastain fonctionne, mais plus parce que Levi ajoute de multiples couches de complexité à ses personnages qui ne les rend que plus humains. Inquiets pour leur avenir, pour leurs sentiments, pour leurs peurs de rater quelque chose, se questionnant en permanence sur leur identité d’individu dans le foyer comme dans la société.

Scènes…  se voit aussi comme un objet culturel fascinant. Certains le regarderont semaine après semaine, d’autres le verront d’une traite. Au vu des débuts un peu lents et hésitants de la série, on vous conseillerait, une fois n’est pas coutume, d’enchaîner tous les épisodes sans trop d’interruption. A la fois pour une immersion totale de cinq heures, parfois semblable à un film (même si la série est un pur objet télévisuel, et non cinématographique comme beaucoup d’artistes aiment à s’en vanter aujourd’hui), mais aussi pour entrer en apnée à chaque séquence où le couple menace de se briser un peu plus définitivement. A ce titre, la réalisation exemplaire de Levi, avec ses couleurs froides et tristes, est absolument parfaite, minimaliste pour laisser respirer ses personnages, mais toujours en empathie avec eux, sans essayer de les juger.



On terminera la critique avec un élément crucial du décor et de la série toute entière : la maison. Théâtre d’amour comme de séparation, chaque pièce a son importance, et au-delà de la chambre, c’est tout l’ensemble du bâtiment qui est tout autant au cœur de la série que le couple. Les génériques de fin ne s’y trompent pas en la mettant en valeur dans des plans presque fantomatiques, accompagnés de la superbe bande-son ; et c’est là que la série s’y termine, presque apaisée, comme si Mira et Jonathan, ne pouvaient s’en détacher, pas plus qu’ils n’arrivent à se défaire l’un de l’autre…
A moins que ?

Le début faisait craindre le remake inutile, mais Scenes from a Marriage se détache sur la durée de son modèle bergmanien grâce à la finesse d’écriture et de mise en scène d’Hagai Levi. Portée par un binôme merveilleux et une sensibilité à fleur de peau, cette nouvelle mouture d’un classique arrive à exister d’elle-même, faisant taire beaucoup de réserves que l’on pouvait avoir à l’annonce du projet. Une belle réussite pour HBO, dont l’automne séries risque de réserver de très grands moments de télévision.

 

Crédits: OCS / HBO

4 réponses »

  1. Je n’ai vu que le premier épisode sorti lundi pour le moment, mais je sens que je vais pleurer à chacun d’entre eux!!

Répondre à Fred Teper Annuler la réponse.

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