Critiques Cinéma

VORACE (Critique)

SYNOPSIS: Au cours du violent conflit qui opposa les Etats-Unis au Mexique, une sanglante méprise fit un héros du capitaine John Boyd, homme pusillanime et lâche. Son supérieur hiérarchique n’est pas dupe et l’envoie aux confins enneigés et sauvages du pays, dans une compagnie constituée de singuliers personnages: le commandant Hart, le docteur Knox, Cleaves, le cuistot et Georges, un éclaireur indien. John Boyd est entraîné dans une enquête par l’étrange Colqhoun, qui déclare que ses compagnons de voyage ont été victimes d’un militaire cannibale rendu fou par le froid et la faim. 

Le 24 octobre 2013 s’est éteinte Antonia Bird. Un nom qui ne résonne peut-être pas pour le grand public. Pourtant, la cinéaste et productrice britannique reste encore aujourd’hui bien connue des cercles cinéphiles passionnés de cinéma de genre ; et pour cause, Bird a signé, avec Vorace (Ravenous en VO), l’un des derniers grands chocs cinéma de la fin du XXième siècle.  A l’origine, il y a un scénario de Ted Griffin inspiré de l’expédition Donner et de l’histoire du cannibale Alfred Packer. Le récit raconte les pérégrinations du capitaine Boyd (Guy Pearce), faux  » héros  » de guerre muté dans un fort isolé de Californie après avoir commis un acte de bravoure ambigu, et qui se retrouve confronté, avec ses nouveaux camarades de jeu, à Colqhoun (Robert Carlyle), énigmatique survivant d’un convoi qui aurait été victime d’un militaire cannibale rendu fou par le froid et la faim. Produit par Fox 2000 Pictures, filiale de feu le mastodonte 20th Century Fox, et propulsé avec un budget confortable de 12 millions de dollars, Vorace connaîtra un tournage particulièrement éprouvant entre l’Europe de l’Est et le Mexique, et dont certains membres (Guy Pearce en tête) conservent encore aujourd’hui quelques traces traumatiques. D’abord confiée à Milcho Manchevski (Before The Rain, Lion d’Or nommé à l’Oscar du meilleur film étranger), la réalisation tombe dans les mains d’Antonia Bird après que Robert Carlyle, déjà au générique de ses précédents long-métrages, Prêtre et le polar Face, ait milité pour elle, mais surtout après que le cinéaste macédonien se soit fait débarqué au bout de 3 semaines de tournage suite à de violents conflits avec la productrice déléguée Laura Ziskin et après que les comédiens principaux se soient mutinés contre Raja Gosnell, un temps envisagé par le studio pour le remplacer à la barre. Antonia Bird, employée à la volée, composa avec de multiples contraintes, notamment un début et une voix-off qu’elle aurait aimé supprimer du montage européen, mais quand bien même, à l’arrivée, grand bien a pris à Carlyle de lui faire confiance.


Iconoclaste par son mélange des genres (western enneigé aux accents poétiques, survival horrifique effroyable, thriller fantastique, pamphlet politique), ses ruptures libres et inattendues de ton (on passe de l’étrangeté inquiétante à l’humour noir caustique en un clignement de paupières, parfois même au sein de la même scène, parfois même au sein d’un même plan !), son ambiance glaçante, mais aussi par sa bande-originale (issue de la collaboration entre Damon Albarn, du groupe Blur, et le compositeur Michael Nyman) aux sonorités étranges, entêtantes et souvent aux antipodes de la scène en cours, le film d’Antonia Bird marque indéniablement les esprits. Il s’agit en effet là d’une œuvre unique, à la fois viscérale (c’est clairement sans concession de l’ouverture jusqu’aux dernières secondes !) et originale par ses thèmes (virilité, usurpation d’exploits, solitude, conquête de l’Ouest, cannibalisme et mythe du Wendigo, dualité, violence des rapports humains) et sa subversion à l’égard des USA. La métaphore politique dressée ici, celle d’une Amérique construite avant tout par dévoration (de ses immigrés) et jamais rassasiée par sa quête de pouvoir, fonctionne à plein régime. Sans compter que ce discours engagé et engageant d’Antonia Bird, asséchée par ses préalables expériences hollywoodiennes, est doublé d’un sous-texte homo-érotique aussi surprenant qu’audacieux. Il est en effet question, dans Vorace, d’explorer l’attirance mutuelle de deux hommes a priori opposés mais farouchement gourmands de pouvoir et, dans sa portée symbolique, d’amour.


Sur le plan technique, outre la fantastique et très sardonique BO d’Albarn et Nyman évoquée plus haut, saluons le colossal travail de mise en scène d’Antonia Bird, avec des scènes tout simplement ahurissantes (comme celles de l’attaque à l’entrée de la caverne ou de la chute intentionnelle de Boyd dans le précipice, dont on se demande encore aujourd’hui comment elle a procédé), des influences appréciables et digérées (Peckinpah, Scorsese), des paysages montagneux somptueusement photographiés avec un décorum immaculé naturel constamment menaçant, une composition de cadres particulièrement soignée, un découpage toujours malin et alerte, ainsi qu’un rythme globalement habile, même s’il est vrai que la seconde partie n’est peut-être pas complètement à la hauteur de l’expédition de secours initiale. Face caméra, un duel opposant deux acteurs au sommet de leur art : Guy Pearce d’un côté, excellent en soldat pusillanime et lâche complètement hébété tout le long, et Robert Carlyle de l’autre, effrayant de sauvagerie et d’animalité. Nul doute que ce dernier a dû s’amuser comme un farfadet en jouant ce personnage étrange et immoral, totalement assouvi à la chair humaine et ivre d’autoritarisme. Les seconds rôles sont par ailleurs campés par une troupe de comédiens bien en jambes : Jeffrey Jones, David Arquette, Neal McDonough, Jeremy Davies et John Spencer, des « tronches » qui participent évidemment à la réussite de l’ensemble.


Sorti dans l’indifférence générale durant l’été 1999, Vorace essuya un sacré revers au box-office, avec 2 maigres millions de dollars récoltés sur l’ensemble du territoire américain et un même constat en France, avec 25.000 entrées à peine au compteur. C’est ce que les analystes appellent communément un « four ». Heureusement, le temps lui redonna ses couleurs, Vorace bénéficiant aujourd’hui d’une solide réputation acquise au fil des ans grâce à une sortie vidéo exemplaire, un bouche-à-oreille serviable et constructif, un nostalgisme 90’s actuellement en vogue et un concert de louanges ouvertement distribué par plusieurs cinéastes émérites. À commencer par un certain Quentin Tarantino, qui en est fan et l’a clairement revu et re-revu avant de mettre en chantier ses Huit Salopards.

Titre Original: RAVENOUS

Réalisé par: Antonia Bird

Casting:  Guy Pearce, Robert Carlyle, Jeremy Davies…

Genre: Epouvante-horreur, Fantastique, Thriller

Sortie le:  07 juillet 1999

Distribué par: –

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