Critiques Cinéma

LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

SYNOPSIS: 1936. Parti à la recherche d’une idole sacrée en pleine jungle péruvienne, l’aventurier Indiana Jones échappe de justesse à une embuscade tendue par son plus coriace adversaire : le Français René Belloq. Revenu à la vie civile à son poste de professeur universitaire d’archéologie, il est mandaté par les services secrets et par son ami Marcus Brody, conservateur du National Museum de Washington, pour mettre la main sur le Médaillon de Râ, en possession de son ancienne amante Marion Ravenwood, désormais tenancière d’un bar au Tibet. Cet artefact égyptien serait en effet un premier pas sur le chemin de l’Arche d’Alliance, celle-là même où Moïse conserva les Dix Commandements. Une pièce historique aux pouvoirs inimaginables dont Hitler cherche à s’emparer…

Les origines de ce qui deviendra Les Aventuriers de l’Arche Perdue sont multiples. On pourrait les situer au début des années 50 avec la fascination d’un jeune George Lucas pour les sérials des années 40 et leurs cliffhanger  ou en 1975, lorsque Steven Spielberg fait un petit film sur un grand requin et devient soudainement un grand nom à Hollywood ou en 1977 lorsque Star Wars de Lucas va solidifier le concept du blockbuster d’été dont Jaws fut justement le prototype. Ou cela pourrait être plus tard dans la même année, lorsque Lucas et Spielberg, alors qu’ils étaient, selon la légende tous les deux en vacances à Hawaï attendant les résultats respectifs de Star Wars et Rencontres du Troisième Type, ont décidé qu’ils devaient travailler ensemble sur un projet après que Spielberg lui fit part de sa déception de ne pouvoir réaliser un James Bond, projet qui deviendra Raiders of the Lost Ark. L’évocation de James Bond n’est pas anodine, les films d’action étaient différents avant 1981  de ce qu’ils sont aujourd’hui, et l’une des principales causes de leur transformation est liée aux Aventuriers de l’Arche Perdue. Avant ce film, James Bond et sa « formule » (dont beaucoup des éléments seront repris par le tandem Lucas -Spielberg) était la seule voie à suivre pour tout film d’action qui se respecte. Indiana Jones allait changer cela en imposant un rythme complètement différent, le film entier est construit comme une série de cliffhangers, ces fins ouvertes qui laissaient le héros en danger mortel à la fin des épisodes de serial pour pousser le public à  revenir. Condensées ici dans un même film, elle maintiennent le spectateur dans un état de tension et d’excitation permanent qui rendent soudain bien placides les exploits de 007. En choisissant Harrison Ford pour l’incarner (après que les obligations de Tom Selleck -initialement choisi- vis à vis de la série Magnum l’aient contraint à renoncer au rôle), Lucas et Spielberg vont avec Indiana Jones créer un nouveau type de héros d’action. C’est assez paradoxal car c’est avec un personnage dont les inspirations sont clairement enracinées dans le passé, – il évoque les héros de sérials mais aussi la tradition des aventuriers du cinéma d’aventures classique comme le héros du film Le Secret des Incas incarné par Charlton Heston dont il reprend en partie la tenue (le visuel initial d’Indy est l’œuvre du dessinateur de comics Jim Steranko) ou l’aventurier cynique incarné par Humphrey Bogart dans le Trésor de la Sierra Madre de John Huston -, qu’ils vont créer le modèle contemporain de l’aventurier. Par la nature même du personnage conçu par Lucas, développé par Philip Kaufman (L’étoffe des héros qui choisira l’Arche d’Alliance comme objet de la quête) puis Lawrence Kasdan (l’Empire contre attaque) mais surtout grâce à son incarnation par Harrison Ford qui fait de lui  un homme (presque) ordinaire auquel le public peut s’identifier. Jones est un dur, mais pas si dur que cela, il est fréquemment battu et contusionné, c’est un séducteur mais il a des problèmes avec les femmes, il est athlétique mais n’a pas le physique de M. Univers. Le personnage sera évidemment le modèle des héros des films s’inspirant ouvertement de Raiders le Jack T. Colton incarné par Michael Douglas dans A la poursuite du Diamant Vert ou le Rick O’Connell incarné par Brendan Fraser dans La Momie de Stephen Sommers mais l’interprétation de Ford en fait aussi le précurseur  de John McClane dont il partage l’ironie et la ténacité.

Dès les premiers instants, lorsque la montagne entourée d’étoiles du logo de la Paramount Pictures se fond dans un pic andin de forme similaire enveloppé de brouillard Les aventuriers de l’arche perdue  va entamer une course  à un rythme effréné qui ne s’arrêtera tout simplement pas avant le dernier plan, un épilogue ironique qui ne rappelle rien de moins que Citizen Kane. L’introduction du film, une séquence à l’intérieur d’un temple en ruine où l’archéologue/ aventurier Indiana Jones cherche à éviter un certain nombre  de pièges pour récupérer une statuette  inestimable est un véritable game-changer. Elle est si tendue et haletante avec un enchainement de rebondissements et de périls si métronomiques : tarentules,  fosses béantes,  pointes mortelles,  flèches empoisonnées et un énorme rocher roulant (inspiré par un épisode des aventures de l’Oncle Picsou The Seven Cities of Cibola par Carl Barks ) qu’elle va reconfigurer le cerveau du spectateur de l’époque qui n’avait jamais vu cela auparavant (le rédacteur de ces lignes en est témoin) et le conditionner pour toute la suite de l’aventure ayant poussé son taux d’adrénaline au maximum. Tous ces dangers surmontés pour finalement perdre la statuette au profit de son grand rival le français, René Belloq (Paul Freeman après le refus de Jacques Dutronc), une fois qu’il  émerge du temple. Sa consolation, cependant, est que le gouvernement américain le démarche afin qu’il traque l’Arche de l’Alliance, et est prêt à le payer généreusement pour qu’il s’en empare avant les nazis missionnés par un Hitler adepte d’occultisme, persuadé de son pouvoir. La quête d’Indy va le réunir avec une ancienne amie, Marion Ravenwood (Karen Allen), qui seule détient une pièce clé nécessaire pour localiser l’artefact. C’est ensuite au Caire qu’il fait équipe avec un vieil ami, Sallah (John Rhys-Davies), qui lui donne des informations sur le chantier de fouilles nazies, supervisées par nul autre que Belloq. S’engage une  course entre les deux rivaux pour retrouver l’Arche – une course qu’Indy remporte avant que Belloq ne lui  vole à nouveau le butin, le laissant avec Marion piégés dans la quasi-obscurité d’un ancien temple égyptien entourés de milliers de serpents venimeux. Après s’être échappé du piège, une poursuite s’engage impliquant des avions, des camions, des navires et un sous-marin. Au final, les nazis et leur alliés apprendront à leur dépends que parfois il vaut mieux perdre que gagner… C’est une particularité du personnage dans ce premier opus d’être régulièrement défait par ses adversaires et ironie ultime pour un film qui a remis une forme d’héroïsme américain au goût du jour, on a rarement vu de héros dont les actions auront été si insignifiantes qu’Indiana Jones. Les efforts qu’il déploie tout au long du film n’auront en fait aucun impact sur l’issue de l’histoire, si le Dr Jones avait choisi de partir en vacances prolongées sans jamais rien avoir à faire avec l’Arche du Pacte, le sort du Monde  n’aurait pas changé .

Les aventuriers de l’arche perdue est une expérience filmique à couper le souffle, un objet parfaitement rythmé avec suffisamment de temps entre ses séquences d’action pour offrir au spectateur le minimum d’exposition et de développement du personnage nécessaire pour comprendre ce qui se passe et apprécier les relations entre les protagonistes sans briser l’illusion d’un mouvement perpétuel vers l’avant. Il n’y a  ici aucune des coupes frénétiques qui sont depuis devenues un incontournable des films d’action et pourtant jamais la tension et l’attention du spectateur ne se relâchent. Si l’action est omniprésente les protagonistes ne sont pas de simples figurines mais des personnages dans lesquels nous sommes pleinement investis, nous nous soucions d’Indy et de Marion d’une manière telle que quand cette dernière semble mourir, le spectateur est véritablement atteint. Ce qui nous amène à l’une des grandes forces de Raiders qui n’est pourtant pas celle qui vient immédiatement à l’esprit : les performances de ses comédiens. Il est difficile d’imaginer un groupe d’acteurs faisant un meilleur travail avec le matériel. Avec Les aventuriers de l’arche perdue, Harrison Ford avait éliminé les aspérités dans son jeu encore apparentes dans Star Wars, il est complètement à l’aise dans la peau d’Indy – voyou, scélérat et mercenaire au cœur d’or. Il nous semble le connaitre et l’aimer dés le début du film, principalement parce qu’il ne semble jamais invulnérable, ne cherchant pas à dissimuler ses nombreux défauts et grâce à un sens de l’humour et de l’autodérision qu’on sent en grande partie l’œuvre de son interprète. Et puis il y a Marion sa « demoiselle qui n’est pas vraiment en détresse », bien sûr, elle crie de temps en temps, mais c’est une protagoniste active des aventures d’Indy , Karen Allen l’interprète  avec fougue et l’attirance entre les deux protagonistes est palpable. Marion domine de la tête et épaules les autres femmes qui lui ont succédé dans les aventures d’Indiana Jones et l’absence d’un personnage féminin aussi réussi est l’un des principaux ingrédients manquants des deux suites immédiates et sans doute le plus émouvant du décevant Royaume du Crane de Crystal. Autre arme secrète des Aventuriers de l’arche perdue le casting presque parfait des seconds rôles. Y a-t-il un meilleur choix que l’imposant et bon enfant John Rhys-Davies pour incarner Sallah, le compagnon  d’Indy dans le désert égyptien ? Sallah  nous rappelle la truculence des personnages secondaires de Tintin que Spielberg va découvrir durant la promotion du film quand les journalistes européens vont pointer les similitudes entre le reporter d’Hergé et Indy. Paul Freeman est parfait en méchant cultivé, taillé dans le bois de ceux qui ont l’habitude d’obtenir ce qu’ils veulent sans avoir à se salir les mains. La scène dans laquelle lui et Indy s’engagent dans un joute verbale (juste après la mort supposée de Marion) est l’un des moments forts du film soulignant leur proximité de caractère. Ronald Lacey est à la fois drôle effrayant  dans le rôle de Toht agent de la Gestapo calquant son jeu sur celui de Peter Lorre. Impossible d’oublier la scène où il transforme ce qui semble être un instrument de torture en cintre. Cette scène recycle un gag déjà présent dans 1941  un des rares (et couteux) échecs au box-office de Spielberg (au point, et cela semble aujourd’hui incroyable, que Lucas a dû batailler pour convaincre les cadres de la Paramount de lui confier la réalisation du film). Enfin, d’autres acteurs avec des rôles mineurs incluant le vétéran Deholm Elliot dans le rôle du mentor d’Indy, Marcus Brody et Alfred Molina (le docteur Octopus de Spider-man 2) dans son premier rôle au cinéma en complice bien peu fiable dans la séquence du temple.

C’est un sentiment de spontanéité qui rend Les aventuriers de l’arche perdue  aussi vivant 40 ans après sa sortie, spontanéité qui est le résultat de changements de dernières minutes sur le tournage et d’improvisation des comédiens. Si les scènes d’action étaient le plus souvent rigoureusement scénarisées et planifiées, ce n’était pas toujours le cas. Ainsi l’une des répliques les plus célèbres d’Indy  « Ce ne sont pas les années, chérie, c’est le kilométrage », a été ajoutée par Harrison Ford. La célèbre scène ou Jones se débarrasse dans le bazar du Caire d’un redoutable adepte du sabre d’un seul coup de feu est un autre changement de dernière minute, remplaçant une longue séquence de combat dont Harrison Ford épuisé par des problèmes gastriques voulait se dispenser. L’atmosphère de collaboration et de camaraderie que Spielberg a encouragé sur le tournage (qu’on retrouve dans les making-of d’époque) fonctionne à l’avantage du film. Bien qu’il y ait beaucoup d’effets spéciaux, Les aventuriers de l’arche perdue a été réalisé à une époque où les cascades étaient plus importantes que tout ce qui pouvait être ajouté en post-production. Ford a réalisé beaucoup de ses propres cascades au prix entre autres d’une déchirure ligamentaire au genou. L’aspect tactile du film est important dans sa réception, ainsi la séquence la plus spectaculaire – le combat sur le camion qui se termine avec Indy traîné sur le sol derrière le véhicule – a employé à la fois l’acteur et son double Martin Grace, et reste une séquence impressionnante car nous ressentons  que ce que nous voyons  à l’écran n’est pas le résultat d’une animation sur ordinateur. La photographie chaude du vétéran britannique Douglas Slocombe  (Noblesse oblige, Le Bal des vampires mais aussi Rollerball  ) fait le lien entre cette nouvelle variété de blockbuster et le grand cinéma d’aventures classique. Travailler sur Les Aventuriers de l’Arche perdue a offert au compositeur John Williams, l’opportunité de collaborer en même temps avec les deux cinéastes avec lesquels il est le plus associé et d’ajouter un thème mémorable à son répertoire. Il y a quelque chose qui dépasse l’entendement que de penser que dans une période de cinq ans allant de 1977 à 1982, Williams a créé cinq des titres les plus populaires de l’histoire du cinéma : Star Wars, Rencontres du troisième type, Superman, Les Aventuriers de l’Arche perdue et E.T.  La popularité méritée des Aventuriers de l’Arche perdue va remplir les caisses de Paramount Pictures au-delà de leurs attentes les plus folles et cimenter définitivement la place de Spielberg et Lucas comme nouveau maitres d’un Hollywood qu’ils ont définitivement transformé pour le pire meilleur et le meilleur. Les Aventuriers de l’Arche perdue  reste pourtant, le genre de film dont le public tombe immédiatement amoureux car il a tous les ingrédients qui ont toujours fait les grands films populaires : un scénario intelligent, un héros sympathique, un soupçon de romance, une touche de comédie et même d’horreur et beaucoup d’action. Cette formule aujourd’hui éprouvée qu’on peut juger cynique est une vraie innovation que Spielberg et Lucas ont établie en utilisant des ingrédients à la fois anciens et nouveaux pour l’époque qui assure sa pérennité. Les Aventuriers de l’Arche perdue laisse une empreinte si indélébile, que l’existence de chapitres mineurs dans la saga Indiana Jones n’en diminuera jamais l’impact (la  suite considérée comme la meilleure, Indiana Jones et la Dernière Croisade  est  celle qui adhère le plus fidèlement aux règles mises en place en 1981) . Comme les albums de Tintin c’est un film à savourer par les spectateurs de7 à 77 ans, un classique.

Titre Original: RAIDERS OF THE LOST ARK

Réalisé par: Steven Spielberg

Casting :  Harrison Ford , Karen Allen …

Genre: Aventure

Sortie le : 16 septembre 1981

Distribué par : Paramount Pictures France

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