Critiques Cinéma

PROMISING YOUNG WOMAN (Critique)

SYNOPSIS: Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée. Au cours de cette aventure passionnante, une rencontre inattendue va donner l’opportunité à Cassie de racheter les erreurs de son passé. 

Depuis sa première bande-annonce en 2019 jusqu’à son Oscar du meilleur scénario original il y a quelques semaines,  Promising Youg Woman aura fait parler de lui dans tous les sens. Et il y a de quoi. La première réalisation d’Emerald Fennell, par ailleurs actrice (la jeune Camilla de The Crown, c’est elle) aborde des sujets pas évidents pour un premier film ! Culture du viol, féminisme, sont au programme de cet étrange « rape and revenge », qui suit une trentenaire jouée par Carey Mulligan,sur les traces d’agresseurs sexuels. Sur fond de bande-originale très 2000’s et empruntant une imagerie pop et pastel très instagrammable, c’est à un curieux exercice de style que se livre la jeune réalisatrice – et inutile de dire que le film n’aura pas que des admirateurs. Commençant avec une scène où un homme en apparence digne de confiance raccompagne une jeune femme ivre morte chez lui, pour finalement tenter d’abuser d’elle, le film joue d’emblée sur les apparences  Carey Mulligan et son visage angélique, le choix d’Adam Brody, connu pour ses rôles de « nice guy » notamment dans la série Newport Beach, déroute le spectateur. A qui peut-on faire confiance, la jeune femme faussement ivre, ou l’homme prétendument là pour l’aider alors qu’il ne veut qu’abuser d’elle ? Le scénario particulièrement lourd, écrit par la britannique bien avant MeToo et longtemps sur la Blacklist des scénarios à Hollywood, met en exergue les difficultés encore présentes des femmes à être crues lorsqu’elles sont victimes de violences sexuelles. La parole des présumés coupables sera toujours plus écoutée que celles des victimes, et si l’on se pose la question des conséquences de telles accusations sur les coupables, on se pose trop rarement la question de savoir comment vivent les victimes après les crimes qu’elles ont subi.


C’est cette absence d’empathie envers la meilleure amie de Cassie (et les victimes plus globalement) qui conduit cette dernière dans cette spirale de violence et de vengeance. Fennell n’épargne personne : ni la camarade de fac, ni l’avocat du coupable, outil comme un autre d’un système de justice faussement équitable, et encore moins la doyenne de la fac, dont la préoccupation semble être de soigner les apparences plutôt que de protéger ses élèves. C’est à partir de ce moment du film que le propos se fait plus retors, plus discutable aussi. A l’image des méthodes de Cassie, le malaise se fait palpable et l’on se demande si ce à quoi l’on assiste est productif pour qui que ce soit ; si on ne spoilera pas l’issue du film, tout le deuxième et troisième acte sont plein de décisions très discutables concernant Cassie, qui déraille complètement – pour mieux mener son monde par le bout du nez. Face aux aspects les plus curieux du scénario, Fennell a la chance, on l’a dit plus tôt (mais répétons-le tout de même), d’avoir un casting quatre étoiles pour elle : Carey Mulligan bien sûr, figure centrale du film, mais aussi tous les acteurs autour, parfois présents pour une seule scène, mais chacun excellent. Outre une scène poignante avec Molly Shannon, on retient aussi la performance délicate d’Alfred Molina en avocat plein de remords. Mais l’autre MVP du film est très clairement Bo Burnham ; l’humoriste américain est l’incarnation parfaite du discours foncièrement pessimiste et amer du film sous son vernis pop.

Certains se sentiront peut-être désarmés par la noirceur du film, malgré un épilogue plus solaire que prévu. D’autres peuvent se sentir trahis par le destin de Cassie, parce qu’il donne l’impression qu’une vengeance finira forcément dans le sang. Plusieurs enfin, peuvent reprocher cette allure de farce très très noire pour parler de sujets aussi graves – et tous ces gens auront raison. Mais le fait est que ce que raconte Fennell est épidermique, si sensible, et personnel, qu’il est impossible de prendre ce film comme une vision universelle de ce sujet et que chacun y plaquera sa grille de lecture toute particulière. Au-delà du pétage de câble de Cassie qui est un sentiment compréhensible, Fennell met en scène un abîme sans fond et questionne le spectateur sur la pertinence de la vengeance. Un thème vieux comme le monde mais que la société et ses changements nous poussent à réexaminer avec de nouveaux biais, et de nouvelles perspectives. Rien que pour cela, Promising Young Woman vaut le coup d’œil ; les réflexions post-séance qu’il peut inspirer seront sûrement épidermiques mais on ne peut pas refuser un tel coup de pied dans la fourmilière. Malgré des soucis inhérents à un premier film, notamment une mise en scène qui surligne trop ses effets, et des dernières minutes qui rentrent trop dans les clous, ce premier long métrage d’Emerald Fennell reste un essai fascinant sur notre époque.

Titre Original: PROMISING YOUNG WOMAN

Réalisé par: Emerald Fennell

Casting : Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie …

Genre: Thriller, Drame, Comédie

Sortie le: 26 mai 2021

Distribué par:  Universal Pictures International France

TRÈS BIEN

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