Critiques Cinéma

FALLING (Critique)


SYNOPSIS: John vit en Californie avec son compagnon Eric et leur fille adoptive Mónica, loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis, un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa soeur Sarah et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

Imprimant les écrans de cinéma depuis de nombreuses années par son charisme photogénique, sa très dense palette de jeu et son incroyable propension à maîtriser chaque art auquel il s’adonne, Viggo Mortensen est définitivement un ovni dans le paysage cinématographique américain. Si pour beaucoup il reste le visage familier du Roi Aragorn de l’adaptation du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson, Mortensen fut un vivier d’incarnations mémorables, intégrant notamment la très vaste filmographie de David Cronenberg dans quelques-unes de ses plus récentes œuvres, ou signant une performance nommée aux Oscars dans le récompensé Green Book en 2019. Par sa vision protéiforme du cinéma et son aspect touche-à-tout constamment en mouvement et en recherche de nouveauté, il semble être une aberration qu’il ne réalise son propre film qu’aujourd’hui tant il a d’ores et déjà la carrure et le potentiel d’un grand metteur en scène. Mais la cruauté de l’industrie cinématographique lui aura bien fait attendre son tour jusqu’en 2021, année où l’on pourra enfin poser les yeux sur son projet Falling, première réalisation d’un artiste complet dont il faudra tâcher de se souvenir. Falling nous conte la relation houleuse et violente entre un père conservateur ouvertement raciste et homophobe et son fils, quarantenaire homosexuel et progressiste. A travers les souvenirs du passé qui embrouillent la mémoire d’un homme vieillissant dépassé par le temps, le long-métrage évoque ce conflit de génération à travers cette relation père-fils en apparence insolvable.



Viggo Mortensen prend son long-métrage à bras-le-corps, mettant en scène son propre scénario et en en signant même la musique. De ces éléments viennent la qualification d’artiste complet, réalisant un film intime et personnel qui ne rend les émotions véhiculées que plus puissantes à travers ces vagues d’humanité fracturée. A travers son duo de tête – Willis, père désabusé et constamment envahi par ses douleurs du passé, et John, fils en constante recherche d’un amour paternel qui ne vient jamais – le long-métrage plante ses racines dans toutes les contradictions de l’Amérique moderne, entre progressisme et conservatisme, conflit actuel par excellence qui ne cesse d’embraser le pays ; ne prenons pour preuve que les soulèvements provoqués par les deux dernières élections présidentielles américaines en date. Falling, en se focalisant sur les rapports humains entre ses personnages principaux, se dote également d’une mise en scène d’une sobriété à remarquer, intégrant ses flash-backs comme des souvenirs intrusifs et percutants dans l’esprit embrouillé d’un homme vieillissant et fracturé, pour qui le passé et le présent se confondent. Un point de vue contrebalancé par la vision de John, figure qui lui donne une porte de sortie pour se raccrocher au cours du temps. Ainsi, la nature prend une dimension quasiment mystique dans la portée de cette histoire filiale, tant elle imbibe le récit par des instants de pure poésie où le chaos des engueulades et le fracas des disputes laisse place au sifflement du vent et à l’écoulement d’un cours d’eau, projetant nos protagonistes dans ces moments de complicité passés depuis bien longtemps.



Viggo Mortensen, par sa carrière d’acteur, sait s’entourer de comédiens. Et si sa mise en scène et sa direction se montrent aussi réussies, c’est notamment grâce à son casting d’une précision exemplaire qui parvient à créer un véritable microcosme dans cette famille américaine en pleine déconstruction. Aux côtés d’un Mortensen sensible et touchant, Lance Henriksen incarne avec force et rugosité ce père resté dans le passé au langage cru qui trouve des facettes tragiques bien puissantes lorsque le film s’attarde sur ses démons. Composent le reste du casting Terry Chen, Sverrir Gudnason, Laura Linney et Hannah Gross qui incarnent les membres de cette famille unie malgré leurs différences fondamentales, ainsi qu’un petit mais savoureux caméo de proctologue pour le metteur en scène David Cronenberg.Par ses aspects intimistes et subtils qui concentrent une mise en scène sobre et sans fioritures pour adapter ce récit sensiblement humain et profondément naturaliste, Falling fait vaciller les émotions en vase clos tout en reflétant les fractures sociales d’une société qui s’effondre malgré ses tentatives de reconstruction. Avec cette relation père-fils rêche et complexe qui oscille entre amour, non-dits et haine, Viggo Mortensen signe un très joli premier film, annonciateur sans nul doute d’une carrière de réalisateur très prolifique si Hollywood consent à enfin voir le comédien comme un véritable artiste en constante quête d’un média à sublimer.

Titre Original: FALLING

Réalisé par: Viggo Mortensen

Casting : Viggo Mortensen, Lance Henrikssen, Laura Linney

Genre: Drame

Sortie le: 19 mai 2021

Distribué par:  Metropolitan FilmExport

TRÈS BIEN

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