Critiques Cinéma

SANS AUCUN REMORDS (Critique)

SYNOPSIS: Dans Sans aucun remords, les fans de la saga pourront découvrir les origines du héros John Clark – l’un des personnages les plus populaires de l’univers de Tom Clancy. Un marine des forces spéciales découvre une conspiration internationale alors qu’il cherche à obtenir justice pour le meurtre de sa femme enceinte. Lorsque des soldats russes tuent sa famille en représailles de son implication dans une opération secrète, le Chef John Kelly poursuit les assassins à tout prix. En rejoignant les forces de la marine de guerre américaine aux côtés d’un confrère et d’un mystérieux agent de la CIA, la mission de Kelly révèle involontairement un complot secret qui menace d’entraîner les États-Unis et la Russie dans une guerre totale. Tiraillé entre honneur et loyauté envers son pays, Kelly doit combattre ses ennemis sans aucun remords s’il souhaite éviter le désastre et révéler les puissants derrière le complot.

On a beau savoir que les couples cinématographiques les plus mal assortis ne sont pas nécessairement les plus malheureux et que l’association d’univers et de sensibilités à priori éloignés peut donner lieu à de belles surprises, l’annonce en 2019 de l’arrivée de Taylor Sheridan dans l’univers de Tom Clancy pour l’adaptation du roman Sans Aucun Remords dans le cadre d’une grosse production Paramount destinée à lancer une nouvelle franchise, avait fait naitre chez nous des sentiments très contrastés. Parmi les très rares auteurs qui ont récemment pu imposer leur style et leur sensibilité dans le paysage cinématographique américain, que l’on peut clairement identifier dans chacun de leurs films, Taylor Sheridan est assurément l’un de ceux dont on a le plus envie de suivre la carrière, qu’il soit à l’écriture (Sicario, Sicario 2, Comancheria, Yellowstone...) ou à la mise en scène (Wind River). Il y a dans le traitement de ses personnages, de leurs enjeux, relations et aspirations, de leur environnement économique et social, une épaisseur, une profondeur qui manquent cruellement au cinéma de genre dont Sheridan est devenu l’une des figures incontournables. Quant aux adaptations d’œuvres de Tom Clancy, A La Poursuite d’Octobre Rouge (John McTiernan, 1990) fait figure de seule grande réussite au milieu d’itérations dont le niveau n’a cessé de baisser au fil des années, jusqu’au très dispensable The Ryan Initiave (Kenneth Brannagh, 2014). Dans cette nouvelle adaptation mise en scène par Stefano Sollima qui avait déjà collaboré avec Taylor Sheridan dans Sicario 2, Jack Ryan cède sa place à John Kelly/ Clarke, autre personnage phare du « ClancyVerse » que l’on a pu croiser sous les traits de Willem Dafoe dans Danger Immédiat puis de Liev Schreiber dans La Somme de Toutes Les Peurs mais que l’on connaît surtout via la série de jeux vidéo Rainbow Six dont il est le héros. Entre un univers dont on n’attendait plus rien cinématographiquement et qui semble plus adapté au jeu vidéo et un scénariste dont les œuvres ne nous ont jusqu’alors jamais déçues, c’est avec un mélange de curiosité et de circonspection que nous avons découvert Sans Remords qui se destine par ailleurs à être l’un des films phares du catalogue d’Amazon et un cheval de Troie pour sa star Michael B Jordan, qui produit le film et ne cache pas son ambition de travailler avec la plateforme sur de futurs projets cinéma et série.

Si l’on considère Sans  Aucun Remords comme l’enfant de Sollima et de Sheridan, on peut dire qu’il ressemble beaucoup plus à son metteur en scène qu’à son scénariste. Sans âme mais pas sans punch, Sans Remords est une belle coquille vide qui diverti après avoir essayer vainement, dans son premier tiers, de nous connecter à un héros qui n’a pas plus de chair et de complexité qu’un héros de FPS dont on attend qu’il soit un soldat infaillible plutôt qu’un personnage avec lequel se crée un lien affectif. Ce constat est plutôt accablant compte tenu de l’ambition affiché du film et de Stefano Sollima dont on perçoit dans sa mise en scène, y compris des scènes d’action, qu’il veut placer le spectateur dans les pas de John Kelly (Michael B Jordan) pour rendre compte de l’impact qu’a eu sur lui le meurtre de sa femme et de son bébé et comment, exposé à la violence, il finit par ne plus être qu’une machine de guerre. Pour que ce parti pris intéressant fonctionne, l’exposition du film devrait permettre de ressentir le lien qui l’unit à sa famille et cerner sa personnalité pour mieux en comprendre l’évolution au fil du récit. Hélas, tant au niveau de la mise en scène totalement impersonnelle des quelques rares scènes d’intimité, que de l’écriture, l’encéphalogramme reste désespérément plat. John vit dans une maison France 5 qu’on dirait sortie d’un magazine de décoration et sa relation avec sa femme est esquissée par une série de petites scènes de bonheur conjugal qui sont tellement génériques qu’elles ne permettent de créer aucun lien avec cette famille avant que ne survienne le drame. Il aurait fallu un acteur d’un tout autre calibre que Michael B Jordan pour masquer de telles lacunes et permettre à la suite du récit d’offrir autre chose que de l’action pure déconnectée de tout enjeu intime. Depuis sa révélation dans Fruitvale Station, ses limites n’ont cessé d’apparaître, non qu’il manque de charisme ou soit un mauvais acteur mais sa palette de jeu et d’expression, sa façon aussi probablement d’aborder les rôles ne lui permette pas de créer des personnages nuancés. Ces limites sont ici à nouveau exposées en plein jour quand la gamme de notes sur laquelle il joue pour composer son personnage est très limitée et gomme rapidement toute complexité pour en faire un être monolithique qui avance avec un conflit et une rage intérieure que l’on ne ressent pas au delà de sa crispation de mâchoire et de sa démarche. Quand on est autant dans « l’attitude » au détriment de l’intériorité, même si on ne lui demande pas ici d’interpréter un personnage shakespirien, on ne peut rien transmettre au delà de ce que propose la scène et le scénario. John Kelly apparait ainsi comme un soldat d’élite dont on va suivre le parcours jusqu’à ce qu’il trouve les responsables de la mort de sa femme et de sa fille, comme on suit celui de n’importe quel personnage de série B du même type auquel le scénario va toujours trouver un prétexte pour faire la démonstration de ses talents de combattant.

Au delà du cas John Kelly / Michael B Jordan, tout le film souffre de ce manque de caractérisation des personnages et de l’impression laissée que tout est traité de façon factice pour créer un semblant de matière  (de ce point de vue la séquence de « rêve » où John parle à sa défunte femme atteint un sommet de ridicule) autour des grosse scènes d’action qui constituent l’ADN d’un film qui se positionne au final clairement comme le produit d’appel d’une future franchise. Pour attirer le spectateur, l’intrigue du roman est dépoussiérée, exit les cartels de la drogue et le double deuil de John lequel est plus jeune, plus sexy, dont on ne sait pas grand chose des accomplissements passés sinon qu’il se définit lui même comme le meilleur. Le personnage de Karen Greer, une très jeune lieutenant colonel noire, sans la moindre aspérité, semble lui aussi posé là pour prendre date pour les prochains films de la franchise et compléter un casting dans l’air du temps. Jodie Turner Smith que l’on avait pourtant vue excellente dans Queen & Slim, n’a pratiquement rien à jouer et paraît avoir 10 ans de moins, ce qui n’aide pas à crédibiliser son personnage. Il faut en prendre son parti, oublier les espoirs nés de la présence de Taylor Sheridan au scénario, se mettre en mode techno-thriller popcorn s’articulant autour de grosses scènes d’action plutôt réussies (l’opération spéciale qui ouvre le film, un crash aérien, une longue scène de fusillade avec des snipers), même si entachées d’invraisemblances sur lesquelles il faut très vite passer pour apprécier les qualités de Sans Aucun Remords. qui se destine à une consommation rapide et sans réflexion et de ce point de vue est parfaitement raccord avec ce que propose le cinéma américain actuel. Pour emballer ce beau produit décérébré et dévitalisé, Stefano Sollima est assisté d’un des plus grands directeurs de la photographie en activité , Philippe Rousselot qui depuis l’Ours (Jean-Jacques Annaud, 1988)  n’a jamais cessé de se renouveler et de surprendre dans des genres où on l’attend pas (de Larry Flint  à la Planète des Singes, en repassant par Big Fish, Charlie et la Chocolaterie, Sherlock Holmes, Nice Guys, Les Animaux Fantastiques...). Sur ce plan, Sans Aucun Remords est une incontestable réussite montrant un niveau d’exigence sur la forme que l’on aurait vraiment beaucoup aimé retrouver au niveau de son écriture et de sa direction d’acteurs.  Aurait-on découvert, par hasard, Sans Aucun Remords, en naviguant dans le catalogue Amazon Prime que nous aurions peut être pu être plus indulgents en estimant qu’il remplit son rôle de divertissement musclé et de « tueur de temps ». Mais Sans Aucun Remords vient malheureusement confirmer qu’il ne faut pas trop s’attacher aux noms se greffant à tel ou tel projet et ne pas perdre de vue ce qui le motive fondamentalement. Ici c’est très clair: draguer un large public pour lancer une franchise qui servira les intérêts de sa star et d’Amazon Prime.

Titre Original: WITHOUT REMORSES

Réalisé par: Stefano Sollima

Casting:  Michael B Jordan, Jodie Turner Smith, Jamie Bell, Guy Pearce…

Genre: Action

Sortie le:  30 avril 2021

Distribué par: Amazon Prime

PAS GÉNIAL

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