Critiques Cinéma

CONCRETE COWBOY (Critique)

SYNOPSIS: Forcé de vivre seul avec son père, Cole, un adolescent âgé de 15 ans, découvre les valeurs rédemptrices de l’équitation dans un milieu marqué par la pauvreté et la violence.

Il y a des périodes durant lesquelles on a envie d’accueillir avec beaucoup de bienveillance des films qui font preuve d’une certaine forme de naïveté, vont exactement où on les attend, mais le font avec un premier degré et une intégrité qui sont très appréciables quand l’époque actuelle, ne laisse plus beaucoup de place au premier degré et au-delà au rêve et à la poésie. S’articulant autour d’une trame classique d’un récit de rédemption et d’éducation d’un adolescent difficile qui se reconnecte avec ses racines en retrouvant le père sans lequel il a dû grandir, Concrete Cowboy trouve une singularité, une poésie et une âme qui emporte les réserves liées à son caractère prévisible, au fait que l’on ne tremble jamais vraiment pour ses personnages dont on sait que le récit leur réserve une fin douce et apaisée. Ce qu’il se passe dans ce quartier de Fletcher Street, dans cette petite communauté d’irréductibles soudés et courageux nous renvoie à la réalité actuelle de nos sociétés, à ce besoin de retrouver ses racines, de se construire un objectif commun dans un monde qui ne fait que gommer les différences, déraciner et déshumaniser.

Comme ses personnages, Concrete Cowboy a quelque chose d’anachronique qui échappe aux modes actuelles. Le premier film de Ricky Staub qui marque en outre la renaissance artistique d’un Idris Elba que l’on croyait perdu à force de choix hasardeux, ne cherche pas à nous asséner des uppercuts, à toucher une grande noirceur pour rendre plus lumineuses ses échappées, quitte à pouvoir être taxé de mièvrerie et donner le sentiment de rester en surface par certains aspects. Il ne va probablement pas interroger très profondément et explicitement la question de l’identité au cœur du récit de cet adolescent paumé, comme de cette communauté qui a choisi de vivre dans une autre temporalité, de résister à la gentrification qui les chasse de leur quartier. Pour autant qu’il semble se laisser porter par son ambiance et ses personnages, ce qui se passe entre eux et que l’on ressent à travers l’écran vaut mieux que les films à thèse qui avancent avec l’ambition affichée d’interpeller le spectateur et, en tout cas, touche en plein cœur dans le contexte politique et social actuel.

L’approche de Ricky Staub qui s’est entouré d’un casting très majoritairement composé des membres de cette communauté de Fletcher Street est de nous faire partager son quotidien avec un grand souci de réalisme pour ne pas trahir ce qu’ils vivent et ressentent dans ce quartier dont ils portent l’histoire alors même que la présence de ces écuries et de ces chevaux parait totalement surréaliste dans ce cadre urbain. Concrete Cowboy s’appuie sur le formidable potentiel émotionnel et cinématographique de cette histoire vraie de cowboys du ghetto vivant dans un quartier de Philadelphie, à quelques encablures de celui qui a vu grandir Rocky Balboa. Deux imaginaires du cinéma américain viennent ainsi s’entrechoquer et fabriquer dès les premiers instants des images très fortes, qui nous rappellent celles que le chef-d’oeuvre de James William Guercio produisaient en filmant Robert Blake sur sa moto dans des paysages fordiens (Electra Glide in Blue). L’Amérique des banlieues pauvres livrées à la drogue et la violence cohabite avec une Amérique qui rêve de grands espaces et de libertés, qui défend son territoire et préserve son histoire. Il est question non seulement du destin d’un jeune homme qui cherche à échapper à son milieu, à ce destin qui semblait écrit pour lui mais aussi de la survie d’une communauté qui a fait le choix de vivre selon ses propres valeurs, de cultiver ce qui les constitue intimement . Voir Ricky Staub aux commandes d’un tel projet était déjà très intéressant sur le papier pour ceux qui se rappellent de l’énergie brute de son court métrage The Cage qui se passait dans les quartiers pauvres de Philadelphie et mettait en scène un jeune homme dont le rêve de devenir basketteur se heurtait à la réalité et la dureté d’un milieu social qui lui met des chaînes aux pieds. Par sa mise en scène, il arrive à faire vivre cette cohabitation entre deux mondes, entre la douceur de la lumière et la simplicité des scènes de la vie quotidienne à Fletcher Street et l’énergie et le danger de cette vie nocturne à Philadelphie quand Cole (Caleb MacLaughlin) cède aux sirènes de cette vie en apparence beaucoup plus attrayante.

Concrete Cowboy navigue ainsi entre deux mondes que tout oppose pour matérialiser le conflit intérieur de Cole et le chemin qu’il lui reste à parcourir pour s’apaiser et s’ouvrir à la bienveillance de ce monde dont il ignorait tout jusqu’alors. Le procédé narratif comme de mise en scène n’est peut-être pas le plus subtil qui soit mais il fonctionne remarquablement bien quand il peut s’appuyer par ailleurs sur les performances impeccables de ses deux stars (Idris Elba et Caleb MacLaughlin que l’on a découvert dans Stranger Things) et des formidables et très touchants acteurs amateurs qui les accompagnent. L’édifice comme quelques unes de ses scènes prises isolément est fragile et si l’on se dit parfois que la ficelle est un peu grosse, que l’on est en terme d’écriture sur un terrain très balisé, la bascule se fait toujours grâce à la qualité de l’interprétation et à la juste tonalité trouvée par la mise en scène.  Avec application, Ricky Staub reprend les tropes du western pour présenter ses personnages, leur cadre de vie, leurs aspirations. De même on sent un réel effort pour travailler l’image et filmer ces hommes et femmes noirs comme les cowboys qui ont nourri toute notre cinéphilie. Application, effort, ces mots peuvent paraître poser les limites de Concrete Cowboy   si l’on ne se laisse pas envahir par la lumière, la simplicité et la beauté de ce premier film qui ramène le western dans notre réalité, met en avant des hommes et des femmes dont le parcours, les valeurs et le courage sont une très belle source d’inspiration et d’espoir.

Titre Original: CONCRETE COWBOY

Réalisé par: Ricky Staub

Casting:  Idris Elba, Caleb MacLaughlin, Lorraine Toussaint, Jharrel Jerome ….

Genre: Drame

Sortie le:  02 avril 2021

Distribué par: Netflix

EXCELLENT

 

4 réponses »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s