J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Yves Rénier (Hommage)

Cher Yves Rénier,

© Fred Teper

Il y a les nouvelles auxquelles on a le temps de se préparer, comme se faire à l’idée qu’une personne qu’on aime va disparaitre et il y a les autres, ces nouvelles inattendues qui vous tombent dessus un samedi après-midi ensoleillé que rien ne semblait pouvoir venir perturber. Ces nouvelles qui vous frappent de plein fouet, qui vous assaillent et vous font remonter tout un tas de souvenirs en bouffées de chaleur entrecoupées de larmes salées. Celle de votre disparition soudaine, cher Yves Rénier m’a fait passer par des états successifs, la stupeur succédant à la tristesse puis à l’abattement. Car vous n’étiez pas qu’un comédien parmi d’autres à mes yeux. Je vous aimais d’aussi loin que je m’en souvienne car vous avez accompagné mes premières amours télévisuelles avec le Commissaire Moulin qui vous a rendu si célèbre et si populaire et qui, du milieu des années 70 à la fin des années 2000 m’a passionné, jusqu’à ce que sa vie et ses enquêtes n’aient plus aucun secret pour moi. Je me suis régalé jusqu’à plus soif des aventures de Moulinos, ne manquant aucun épisode, les enregistrant tous sur VHS (avant de me procurer les DVD) puis les regardant même à l’occasion de rediffusions. Vous me l’avez fait aimé ce Jean-Paul Moulin, cette grande gueule au grand cœur, flic intègre et pugnace qui avait délaissé le costume cravate dans sa seconde vie pour enfiler un perfecto, enfourcher des motos infernales, chausser des lunettes de soleil et piquer un diamant dans son oreille sans pour autant perdre son humanité, sa hargne et son instinct. Malgré vos autres incontestables succès dont entre autres Belphégor évidemment ou Les Globes-Trotters, Moulin vous aura énormément collé à la peau comme un double avec ses côtés sympas et grandiloquents tandis que votre appétence pour traiter les sujets de société sensibles vous aura valu autant d’admiration que d’emmerdements. Car il ne faut pas oublier que les épisodes Le Récidiviste sur la pédophilie fut interdit de rediffusion à vie suite à une décision de justice tandis que Honneur et justice, Illégitime Défense, Qu’un sang impur…, (sur le sang contaminé) X-Fragile, Affaires de famille, Bavures ont longtemps été interdits de diffusion tout court. Mais vous suiviez votre route sans faire la moindre concession. Vous saviez que vous pouviez vous le permettre, Moulin était un des rois de l’audimat et vous l’avez fait vivre avec une volonté de fer. Vous en étiez fier et heureux du chemin parcouru même si la fin n’était pas forcément celle qui était prévue. Vous disiez ceci dans votre livre Et si je m’étais trompé de vie... (Editions Michel Lafon) : « Il dort maintenant le commissaire. Il a quitté l’antenne. Ça fait bizarre. Ça m’a à la fois libéré et attristé qu’il soit mort. Même si il ne l’est pas tout à fait. Il s’est accroché, il me colle toujours à la peau. Il s’est confortablement installé dans la mémoire des gens, il s’est attaché comme le lierre sur le mur, à moi. Etienne Mougeotte, qui est malin, m’avait tapoté le dos, le jour des adieux en me lançant avec un air gai: ‘Tu verras, tu nous remercieras ! » Il voulait dire « tu nous remercieras de t’avoir délesté du commissaire, tu vas pouvoir faire autre chose maintenant ».  Ce que j’ai fait. Mais il se trompait quand même , et sciemment, le vieux renard. Il savait qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement de son personnage. Parlez-en à Peter Falk, il vous le confirmera. Je reste très fier des Moulin, je les revendique… ».

Évidemment j’ai envie de vous revoir, d’entendre votre voix si belle, si reconnaissable encore et encore. J’ai envie d’écouter Rick Hunter dire « Ça marche pour moi » ou Crocodile Dundee délivrer ses formules lapidaires avec votre timbre qui lui allait comme un gant. J’ai envie d’entendre Tommy Lee Jones dans No country for old men avec votre voix à vous, et dont vous disiez que c’était votre appropriation vocale que vous trouviez la plus réussie. J’ai envie de voir jouer le comédien sincère et intègre que vous étiez et que j’adorais réussir des performances d’acteur intenses. J’ai envie de vous revoir dans Diabolo menthe, Frantic, Merci la vie, Les anges Gardiens, ou Je règle mon pas sur le pas de mon père… J’ai envie d’attendre votre prochain film de réalisateur comme toujours avec impatience, car vous étiez aussi un grand metteur en scène de télévision dont Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi est sans doute l’une de vos plus grandes réussites. Vous pouvez vous vanter cher Yves Rénier d’avoir fait battre mon cœur un peu plus vite et si c’est le vôtre qui a lâché aujourd’hui et que la tristesse m’étreint, je garde une indéfectible tendresse pour votre personnalité hors normes que je n’oublierais jamais. Je vous le dis sincèrement, vous faites partie de ces icônes qui m’ont fait aimer la télévision avec passion et déraison et rien que pour ça vous ne quittez pas mon paysage audiovisuel car vous y êtes ancré pour toujours.

Votre dévoué Fred Teper.

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