Critiques

WE ARE WHO WE ARE (Critique Mini-Série) Une parenthèse ensoleillée…



SYNOPSIS: Un récit initiatique sur deux adolescents américains qui vivent sur une base militaire américaine en Italie avec leurs parents militaires et civils. La série est centrée sur l’amitié, le premier amour et toutes les inconnues de l’adolescence. Elle pourrait se produire n’importe où, mais dans le cas présent, se déroule dans cette petite portion d’Amérique en Italie.

L’attente d’un diffuseur français pour We Are Who We Are fut longue. Très longue. La première série de Luca Guadagnino, diffusée sur HBO aux États-Unis et Sky Atlantic en Italie, n’est pas directement arrivée chez nous via OCS, comme on aurait pu s’y attendre. Le fait qu’elle soit une co-production, comme The Young Pope ou L’Amie Prodigieuse (toutes deux diffusées sur HBO aux US et sur Canal+ en France) la range dans les exceptions. C’est donc à la plateforme StarzPlay que revient ce privilège, profitant de son ajout récent à l’abonnement Canal+ sans surcoût particulier !  En 2016, quelques mois avant l’élection de Donald Trump, We Are Who We Are nous plonge dans une base militaire américaine située dans la ville de Chioggia, tout près de Venise. On y suit un nouvel arrivant, Fraser (Jack Dylan Grazer), new-yorkais de quatorze ans et ses deux mères militaires (Chloe Sevigny et Alice Braga), la première devenant par ailleurs la nouvelle dirigeante de la base… La série concentre bon nombre de motifs récurrents de son créateur, Luca Guadagnino. On aurait presque l’impression d’être dans une suite spirituelle de Call Me By Your Name, puisqu’on part à nouveau pour l’Italie afin de suivre la trajectoire d’adolescents en plein questionnement. Identité, genre, destinée, orientation sexuelle : qui sont-ils, comme le titre des épisodes l’indique, « ici et maintenant » ?



Guadagnino plonge constamment ses personnages dans un entre-deux, à commencer par leur situation géographique même : une base militaire américaine en Italie. À l’intérieur de la base, on pourrait se croire aux États-Unis : tout le monde parle anglais, on retrouve bon nombre de grandes marques, un cinéma qui diffuse bien évidemment les productions hollywoodiennes de l’époque (parmi lesquelles un certain Ouija : L’Origine du Mal de Mike Flanagan !). Le style architectural lui, est assez simpliste et impersonnel : c’est souvent blanc, moche, et tout le monde s’accorde là-dessus. Et qui dit espace militarisé dit aussi conformité. Ce sont les règles, la rigueur militaire, et c’est tout. Pour Fraser, c’est aussi la confrontation à un monde viriliste dans lequel la testostérone emplit l’air, en totale contradiction avec sa personnalité excentrique, ses cheveux décolorés et sa garde-robe rocambolesque. L’uniformité, Fraser n’en veut pas. Et des étiquettes non plus. Quant à ses camarades, dont certains s’entraînent pour devenir soldat, la base est l’espace entre la sécurité et la violence…



C’est en cela que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui s’immisce en toile de fond de la série, est particulièrement pertinente. Il renforce l’idée que tous les personnages, adultes comme adolescents, se trouvent finalement au bord d’un précipice, dans l’inconnu. Pour Sarah, la mère de Fraser, c’est trouver une certaine légitimité en tant que femme militaire et lesbienne, tout en affrontant une relation conflictuelle – quasi incestueuse – avec son fils, qui va jusqu’à la frapper pour une simple histoire de sandwich. Pour Fraser, c’est questionner son rapport au corps, au désir et à son orientation sexuelle : Jonathan (Tom Mercier), l’assistant de sa mère, lui plaît-il malgré une grande différence d’âge ? Caitlin remet en cause son identité au sens large. À travers toute la saison, la jeune fille se demande même si elle en est bien une, ou peut-être un garçon « piégé » dans un corps qui n’est pas le sien. Se pense-t-elle femme cisgenre, homme transgenre, non-binaire ? Là aussi, la question du regard est essentielle : alors que Fraser observe le corps de Jonathan, Caitlin, elle, observe celui de Fraser… Elle se fait parfois appeler Harper, passer pour un garçon, pour flirter avec des filles. C’est à travers la transformation physique de Guadagnino développe davantage son personnage, tandis que celle de Fraser est plutôt psychologique et émotionnelle.



On sait que Luca Guadagnino aurait aimé faire grandir ses personnages et les accompagner au-delà de cette première saison. Entre temps, HBO a pris la décision de ne pas renouveler We Are Who We Are, faisant d’elle une mini-série. Elle ne provoquera pas tant de frustration, son final pouvant se suffire à lui-même, si ce n’est la déception de ne pas pouvoir profiter de cette parenthèse ensoleillée plus longtemps. Elle fait partie, avec Euphoria de Sam Levinson (disponible sur OCS) et Generation de Zelda et Daniel Barnz (série HBO Max qui n’a pas encore de diffuseur français), de ces séries qui savent capturer la jeunesse de leur époque, chacune avec un regard et un ancrage social propres, autant sur le fond que sur la forme. Avec aussi, en lumière, un casting de jeunes acteur.ice.s que l’on souhaitera voir s’épanouir et évoluer.

Crédits: StarzPlay

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