Critiques Cinéma

HIPPOCRATE (Critique Saison 2) Une plongée toujours aussi poignante et tendue dans l’univers hospitalier…


SYNOPSIS: C’est l’hiver. Les hôpitaux sont submergés. Une canalisation a sauté, inondant les urgences de l’hôpital Poincaré. Les soignants et les malades doivent se replier en médecine interne.Alyson et Hugo poursuivent leur stage dans le service. Chloé fait tout pour revenir pratiquer malgré une santé fragile. Aucun des trois n’a de nouvelles d’Arben, parti sans laisser un mot. Ils vont devoir affronter un hôpital en crise, sous l’autorité du docteur Olivier Brun, le nouveau chef du service des urgences.

Attention Spoilers: 

Cet article révèle quelques éléments survenus en saison 1.

Nous vous conseillons sa lecture seulement si vous avez vu celle-ci

Retrouvez la critique de la saison 1 ici

Quel meilleur (ou pire – question de point de vue) timing pour la sortie tant attendue de cette saison 2 d’Hippocrate ? En plein cœur de cette crise sanitaire d’ampleur mondiale qui bouleverse toutes nos institutions autant que nos certitudes, le retour de ce service de médecine interne qui lors de sa première saison était parvenu à toucher autant qu’à imager avec puissance et réalisme les déplorables conditions de travail dans les hôpitaux français s’annonce comme un miroir direct vers l’état actuel des choses, et ça, sans que Thomas Lilti ne l’ait initialement prévu (la saison était écrite avant le début de la crise de la covid). Dans cette nouvelle salve d’épisodes, on retrouve le service de Hugo et Alyson à l’hôpital Poincaré, submergé de mouvements quand le service des urgences se retrouve vidé après l’explosion d’une canalisation à cause du froid et réaffecté au sein des médecines internes. De son côté, Chloé se bat avec les séquelles physiques et psychologiques de son opération, et Arben est aux abonnés absents depuis plusieurs mois sans avoir prévenu qui que ce soit de son départ.


Avec cette saison 2, Thomas Lilti réitère ce coup de cœur magistral et d’une grande humanité à travers cette galerie de personnages aux multiples couleurs qui endossent avec beaucoup de justesse ces rôles de médiateurs entre la réalité et la fiction. Si la crise du covid n’impacte le récit qu’à la fin du dernier épisode, les parallèles avec les évènements actuels sont légion, entre sous-effectif, manque d’équipements et hôpitaux bondés. On retrouve la première ligne de la série avec le retour de notre quatuor de tête qui avait réussi à faire criser nos électrocardiogrammes pendant sa saison 1 avec Alyson, Hugo, Chloé et Arben, chacun se battant pour un seul objectif : être de bons médecins. Leurs arcs narratifs respectifs complètent ceux de la première saison, amplifiant encore plus l’impact émotionnel en montrant par exemple Chloé, jadis si sûre d’elle, désemparée par sa main dysfonctionnelle et son cerveau en miettes. Les personnages sont désormais au pied du mur, occasionnant des enjeux réels car réalistes, basculant en un rien de temps entre leurs personnalités psychologiques, leurs limites et leur devoir professionnel. Ce service des urgences qui s’engonce dans la médecine interne ne fait que relever d’un cran le chaos organique et étouffant qui englobait la première saison, lui donnant cette aura de tension et de charme qui fait battre son cœur à la limite de la tachycardie.


Mais cette saison 2 d’Hippocrate pousse le vice plus loin, haussant les variations de tons entre drames et moments de convivialités et de légèreté, faisant de ces derniers des respirations qui emplissent nos poumons d’air pur et de lumière avant de retourner à la dure réalité de l’hôpital et de ses tragédies inhérentes. Le travail de la caméra au plus proche de ces médecins qui corrobore les ambitions de la première saison fait son retour, avec toujours autant de justesse et de volonté de saisir l’instant, sans fioritures, en minimisant le plus possible la part fictionnelle de l’ensemble. La plongée à l’intérieur de ses corps acharnés comparables à des sportifs en pleine compétition se fait d’autant plus réaliste et impactante qu’on a constamment l’impression d’être devant des images d’archives, enregistrées par une caméra documentaire en immersion dans un service bondé de monde. A travers cette ambition, Thomas Lilti met en lumière le travail constant et exténuant de médecins qui se découvrent une humanité pure et revigorante au milieu de ces malades. L’hôpital est le lieu le plus humain qui soit, et les personnages d’Hippocrate, par leurs passions, leurs émotions et leurs objectifs, en sont la preuve vivante, mis en image par un travail opérant à cœur ouvert les conditions déplorables des médecins.


Au casting, on retrouve les formidables Louise Bourgouin, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud et Karim Leklou qui donnent corps et âmes à ces 4 internes. Se joignent à eux Bouli Lanners dans le rôle d’Olivier Brun, le chef des Urgences, et Théo Navarro-Mussy incarnant Igor, le seul interne du susdit service, qui viennent rejoindre Anne Consigny et Géraldine Nakache (la cheffe du service de réanimation et la directrice de l’hôpital) dans ce casting aux ambitions éclectiques qui crée une alchimie détonante et saisissante dans les couloirs immaculés de cet hôpital. Captivante par l’immersion caméra au poing que fabrique la mise en scène enlevée de Thomas Lilti, cette saison 2 d’Hippocrate est une plongée toujours aussi poignante et tendue dans l’univers hospitalier déjà bien entamé dans sa première saison. Tournant ces nouveaux épisodes au sein d’un service bâtard, faisant fusionner les Urgences et la Médecine Interne, la série s’aventure dans d’autant plus de nouvelles idées et de nouvelles thématiques, persistant à caler les bruits des roues des lits dans les couloirs, des battements de cœur, des cris de douleur, des pleurs et des rires sur des instants de légèreté, flottant sur un air de Femme Like U de K-Maro. Une piqûre de rappel du travail colossal que fournissent les soignants avec les moyens du bord, débordant de propos d’actualité et d’humanité. Hippocrate n’est peut-être pas le vaccin à tous nos maux, mais elle est définitivement une nécessité.

Crédits: Canal +

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