Critiques Cinéma

DUEL (Critique)

SYNOPSIS: Sur une route californienne, un modeste employé de commerce se voit pris en chasse par un énorme camion. Une course-poursuite effrénée s’engage… 

Aujourd’hui, Steven Spielberg est perçu par le grand public comme LE metteur en scène du divertissement, celui qui sait imaginer des mondes comme aucun de ses comparses ne sait le faire. Figure ô combien importance de l’émergence du Nouvel Hollywood avec lequel il apporta une nouvelle façon de faire des films – et qui fera accessoirement naître le concept de Blockbuster, pardonnez du peu – par ses réalisations comme par son nez diablement affuté qui le mène à produire parmi les plus gros succès de l’époque, désormais monuments cultes de la pop-culture (sans lui, pas de Poltergeist ni de Retour vers le Futur, pour ne citer qu’eux parmi sa plus qu’exceptionnelle fiche Wikipédia), Tonton Spielberg est pourtant souvent catégorisé comme un metteur en scène grand public, qui plaît à la masse en étalant son imagerie pop. Mais voir la chose de cette façon serait oublier qu’il est également le réalisateur de très grands films plus sombres, plus sobres voire même plus dramatiques qui lui ont permis de montrer qu’au-delà d’être « The Entertainment King », il est surtout un des plus grands réalisateurs de sa génération.


Mais revenons aux origines du mythe. Alors âgé d’une vingtaine d’années, le jeune Steven Spielberg signe un contrat de plusieurs années avec Universal, qui lui permet de réaliser différents épisodes de séries télévisées, s’attaquant notamment aux débuts de Columbo. Puis, en 1971, il se lance dans la réalisation d’un téléfilm produit pour la chaîne ABC adapté d’une nouvelle de Richard Matheson racontant l’histoire d’un homme qui se voit poursuivre sur une route en plein milieu du désert de Californie par un mystérieux camion. Aux frontières du fantastique, Spielberg signe avec ce Duel un long-métrage tellement impressionnant et novateur qu’il sera extrait de sa diffusion télévisée pour se voir importer dans les salles de cinéma, cas de figure assez exceptionnel pour être évoqué. Car visiblement, dès ses débuts, il était taillé pour le grand écran.


Avec ce premier film (qui n’est pourtant pas son premier film de cinéma, mais passons), le jeune réalisateur déploie avec une aisance et une classe sans pareille son talent et sa façon si unique de mettre en scène. Privilégiant toujours le sens d’une image à son esthétique, il maîtrise le découpage de ses séquences avec brio, parvenant à faire une chose impensable : faire du script de Duel une aventure passionnante et angoissante. Car à la lecture du pitch, il ne vous aura pas échappé qu’une telle histoire peut paraître bien monotone. Une voiture est poursuivie par un camion dans le désert pendant plus d’une heure. Et dans un sens, vous auriez raison de penser ça. C’est pour ça que l’œuvre de Spielberg va parvenir à se démarquer : d’un concept simple (voire même simpliste) impliquant deux protagonistes, il nourrit une course-poursuite d’une tension impeccable et sidérante où la menace paraît tellement incarnée qu’elle nous est invisible.


Le camion nous est présenté comme une entité à part entière, une créature inhumaine dont nous ne percevons à aucun instant le chauffeur, monstre difforme et mécanique à la carlingue rouillée chassant dans un décor démesurément austère qui piège notre protagoniste hors du paysage urbain d’où il part et vers lequel il se dirige. Ce qui semble initialement n’être qu’un jeu vicieux entre les deux véhicules se transforme alors, par un montage et par un rythme d’une efficacité folle, en un calvaire hitchcockien convoquant les codes du western. A travers ce curieux et pourtant détonnant cocktail d’inspirations, Spielberg parvient à saisir l’essence même du scénario qu’il adapte pour l’emmener encore et toujours plus loin, dans des contrées aussi éloignées que celles parcourues dans le film. Et plus que ça, ce premier film dévoile d’ores et déjà le style et les gimmicks du metteur en scène qu’il explorera tout au long de sa carrière. Car si son monstre rutilant, menaçant, vicieux et imposant vous rappelle le T-Rex de Jurassic Park ou les vaisseaux de La Guerre des Mondes, c’est parce que l’imaginaire du roi de l’Entertainment était déjà bien en marche, plusieurs années avant que le grand public ne le reconnaisse comme talent majeur avec ses cultes Dents de la Mer, nouvelle occurrence de monstre tellement invisible qu’il semble être partout. Duel n’est alors qu’un énième exemple qu’un premier film est toujours révélateur. D’un talent, d’un style, d’une vision, d’une façon de faire le cinéma. Avec ce long-métrage, Steven Spielberg monte avec Dennis Weaver (qui incarne David, son protagoniste) une course-poursuite effrénée à couper le souffle de fraîcheur et d’audace qui continue, encore aujourd’hui, de surprendre. Laissant son talent déjà incomparable de la gestion du rythme et du découpage imprégner l’écran, le metteur en scène monte un condensé de son cinéma, probablement le film le plus représentatif de ses obsessions et de ses thèmes de prédilection qu’il explorera tout au long de sa filmographie. S’il lui faudra attendre deux autres films pour que le monde le voit et le reconnaisse (son « vrai » premier long-métrage, Sugarland Express, ayant vécu une difficile sortie en salles), il est aujourd’hui évident qu’avec ce premier coup d’essai en forme de coup de maître avant l’heure, Steven Spielberg a implanté dans l’esprit du public mondial que pour être un bon réalisateur, il suffit de quelques artifices, d’une bonne structure d’intrigue, et de savoir quoi filmer à quel moment. Avec Duel, le metteur en scène nous propose purement et simplement, à 25 ans, une leçon de ce qu’est le cinéma.

Titre Original: DUEL

Réalisé par: Steven Spielberg

Casting : Dennis Weaver, Jacqueline Scott, Eddie Firestone  …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le: 21 décembre 1973

Distribué par: –

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