Critiques

LES PETITS MEURTRES D’AGATHA CHRISTIE (Critique Saison 3 Épisode La Nuit Qui Ne Finit Pas) Séduits, mais pas encore conquis…

Caroline Dubois/FTV/Escazal Films. Création graphique : Patrick Tanguy/Nuit de Chine

On vous présente Annie Gréco, première femme nommée Commissaire en France en1972. A peine débarquée au Commissariat de Lille, elle doit partir sur une scène de crime. L’acteur Richard Planck a été retrouvé mort dans sa caravane sur le tournage de son nouveau long-métrage. Et la principale suspecte est la jeune star du film, Anna Delange, qui entretenait une relation sentimentale houleuse avec Richard. Gréco recrute comme adjoint la pire tête brûlée du commissariat, l’inspecteur Max Beretta. Pour soigner ses problèmes de violence, la Commissaire l’oblige à suivre une thérapie avec une jeune psychologue un peu foldingue, Rose Bellecour.

1972. Les Petits Meurtres font un bond dans le temps. Tellement radical, d’ailleurs, qu’il paraît recouvrir bien d’avantage qu’une seule décennie : les années 70. Le monde moderne d’après mai 68. Les pantalons pattes d’eph’, les jupes courtes et les imprimés à fleurs… Le papier peint à motifs psychédéliques, la déco tout en transparence laquée… Les Petits Meurtres se paient un relooking total, inspiré de la fièvre de ces années sulfureuses de libertés tapageuses, consenties du bout des lèvres et à affirmer farouchement, surtout pour les femmes. Fortes de nouveaux « droits », elles doivent faire leur place dans une société phallocrate qui couve jalousement les restes de son héritage patriarcal antédiluvien. Le bras de fer s’annonce serré, et pas exempt d’humour !

C’est à partir de ce formidable matériau que toute l’équipe a entrepris de bâtir la nouvelle époque des Petits Meurtres, avec de nouveaux visages, aussi. Exit les trublions un poil surannés des années Clark Gable et Cary Grant, place à Starsky et Hutch ! La nostalgie est là, le doute aussi, mais la curiosité et l’affection pour ce programme du catalogue France Télévisions à la qualité régulièrement démontrée – et qui a le bon goût de se renouveler sans cesse, sans céder aux sirènes de la facilité – l’emportent. On suit donc l’arrivée à Lille de la toute première femme nommée commissaire en France, Annie Gréco (Emilie Gavois-Kahn), qui porte d’énormes enjeux sur ses épaules. Dès son arrivée, on comprend que le match va être long, et rude. Le machisme dégoulinant de suffisance règne dans le poste refait à neuf, et les affaires commencent mal : un meurtre, déjà. Et d’une star de ciné par-dessus le marché ! Par la force des choses, elle est contrainte de faire équipe avec une tête brûlée remisée aux archives, le jeune Max Beretta (Arthur Dupont), lequel entend bien se saisir de l’occasion pour reprendre du service sur le terrain. Sur les lieux du crime, ils écopent d’un témoin gênant, une fille à papa décidée à devenir psychologue, Rose Bellecour (Chloé Chaudoye). Très vite, la commissaire comprend que cette excentrique petite bourgeoise peut l’aider à canaliser Beretta, sujet à des crises de violence, et peut-être même la conduire à résoudre l’enquête qui met le divisionnaire Legoff (Quentin Baillot) en émoi.

Pour une (r)entrée en matière, c’est pas mal. Les codes de la série sont là, des petits rappels à La Voix du Nord qui rassurent, une narration calibrée pour ne pas perdre le spectateur, qui doit faire face à beaucoup de nouveautés dans cet épisode signé Flore Kosinetz et Hélène Lombard, et réalisé par Nicolas Picard-Dreyfuss. Le cadre du meurtre, dans le milieu d’un tournage de film, fait un peu redite. De même, la liste des suspects étant limitée, on tourne un peu en rond dans cette enquête, somme toute, rapidement expédiée. La commissaire est plus que crédible, Emilie Gavois-Kahn emporte direct le morceau, même si l’on peut déplorer quelques stéréotypes hommasses dus à sa fonction et à sa classe : elle doit jouer des coudes pour s’imposer et ça, son personnage le démontre à chaque seconde. Elle a du caractère, et ça promet de belles joutes avec ses collègues, notamment avec le légiste un peu benêt Jacques Blum, campé par l’irrésistible Benoit Moret, et surtout avec le chien fou du show, Beretta, impeccablement interprété par Arthur Dupont, qui convainc sans effort dans un rôle taillé sur mesure. Nous émettons d’avantage de réserves concernant le personnage – et non l’interprète – de Rose Bellecour. Si Chloé Chaudoye, qui a déjà montré son joli minois dans la saison précédente des Petits Meurtres, campe avec une certaine euphorie la jeune héritière en mal d’émancipation chargée du suivi psychologique de Beretta, son insertion dans l’histoire, un poil rocambolesque, laisse dubitatif. Dommage aussi qu’elle arrive à la suite d’une déjà longue série de personnages similaires, taxés de folie douce et/ou de loufoquerie sous prétexte qu’ils donnent dans la psychologie (on pense à Profilage, mais pas que).

En bref, on dit oui au changement, oui aux petits nouveaux, oui au Flower Power, oui aux pattes d’eph et aux cuissardes, oui aux hippies, oui à la libération de la femme. Mais, par un curieux paradoxe, on en attend proportionnellement encore plus, avec peut-être moins d’indulgence en cas de ratage. Séduits, mais pas encore conquis.

Crédits: France 2/Escazal Films

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