J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Jean-Pierre Bacri (Hommage)

Cher Jean-Pierre Bacri,

Photo Etienne Georges. NP. Sipa



Il y a des fois où l’on souhaiterait ne pas ressentir le besoin d’écrire, ce besoin viscéral de dire pourquoi on aimait quelqu’un alors même que cette personne à qui l’on s’adresse n’aura pas connaissance de notre missive. Il y a des jours où il fait nuit tôt, où un voile noir se pose sur nos âmes et nos souvenirs et où nos cœurs se serrent. J’aurais tant voulu ne pas voir cette nouvelle s’afficher sur mon écran, cher Jean-Pierre Bacri, celle de votre disparition si tôt, alors que vous aviez encore tant à nous offrir. Je me souviens des bonheurs que vous doit ma vie de cinéphile, de tous ces personnages pétris d’humanité auxquels vous prêtiez votre mauvaise humeur contagieuse qui fit – entre autres- votre renommée. Car vous n’étiez pas uniquement, loin s’en faut, le grincheux de service. Vous aviez un tempérament, une nature, une bonhomie qu’on ne pouvait que vous aimer. Inconditionnellement. Et je vous ai adoré dans tellement de rôles, vous m’avez fait rire et vous m’avez ému dans un même mouvement tant et si souvent que vous faites partie intégrante de mon imaginaire. Vous exsudiez la sincérité et la vérité même dans votre exubérance la plus folle chez Alexandre Arcady (le Jacky Azoulay du Grand Pardon ou le Norbert Castelli du Grand Carnaval) ou chez Diane Kurys dans Coup de Foudre et La Baule-Les Pins où, derrière une exagération  de façade vous montriez des failles insoupçonnées et bouleversantes. A partir de La Septième Cible et de Subway, vous aviez passé la surmultipliée en jouant des flics qui marquèrent le public, puis chez Jean-Charles Tacchella dans Escalier C ou chez Joël Santoni dans Mort un dimanche de pluie, où vous preniez une place à part entière dans le cinéma français. Avec L’été en pente douce en 1987 vous aviez trouvé l’un de vos plus beaux rôles dans un film dont l’aura de culte traverse le temps et le cœur de ses aficionados. A titre personnel, c’est votre personnage d’Eric Guidolini dit Guido dans Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré qui m’a fait vous aimer pour la vie. Vous y dévoiliez une profondeur, une science du rythme pour y réciter les dialogues les plus drôles et les plus émouvants qui plus de 30 ans après me ravissent toujours autant. Même si pour vous ce tournage fut douloureux, vous y démontriez tout la variété de la gamme dont vous étiez capable.

En 1993, votre destin a pris une tournure différente avec l’explosion de votre duo d’écriture avec Agnès Jaoui dont le merveilleux Cuisine et Dépendances devint la première pierre d’une œuvre à part entière. La perfection des dialogues, la justesse des situations et votre air buté et contrarié, continuellement chafouin font des merveilles. Du nectar à déguster sans modération. Votre duo d’auteurs donnera naissance à des œuvres éblouissantes qui marqueront le public et les critiques par la pertinence des sujets et le traitement emprunt de subtilité que vous et votre comparse saviez y apposer : Smoking / No Smoking ou On connaît la chanson pour Alain Resnais, Un air de famille pour Cédric Klapisch ou Le Goût des autres ou Comme une image pour Agnès Jaoui réalisatrice sont les figures de proue de ce travail d’orfèvres récompensé par de multiples statuettes dorées.

Comme comédien vous aviez fait face aux aboiements du Didier d’Alain Chabat avec un stoïcisme réjouissant qui vous honorait. Vous y étiez formidable, oscillant de nuances en nuances jusqu’à atteindre la perfection. Une perfection que vous avez tutoyé à de nombreuses reprises que ce soit dans Kennedy et moi de Sam Karmann ou Une femme de ménage de Claude Berri, dans Les Sentiments de Noémie Lvovsky ou Selon Charlie de Nicole Garcia, dans Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer ou La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc. En 2017, avec Le sens de la fête d’Eric Tolédano et Olivier Nakache, vous étiez à la noce, dans un festival de punchlines dévastatrices qui nous rendaient euphoriques. Avec vos deux derniers rôles dans Place Publique et Photo de Famille vous étiez tel qu’en vous même, ronchon peut-être mais profondément humain, comme on vous aimait et comme je vous aime encore et pour toujours. Car si vous tirez votre révérence aujourd’hui, nous laissant inconsolable, je vous garde bien au chaud dans un coin de ma mémoire et de mon cœur où vous êtes comme chez vous pour la vie. Bon voyage cher Jean-Pierre Bacri, les étoiles vous attendent pour mettre encore un peu de lumière dans nos yeux.

Votre dévoué Fred Teper.

 

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