Critiques Cinéma

MINUIT DANS L’UNIVERS (Critique)

 SYNOPSIS:  Augustine, scientifique solitaire basé en Arctique, tente l’impossible pour empêcher l’astronaute Sully et son équipage de rentrer sur Terre. Car il sait qu’une mystérieuse catastrophe planétaire est imminente…      

On peut dire de Georges Clooney, sans être trop injuste, que c’est un cinéaste inégal dont on a sans doute trop attendu après un début de carrière plutôt réussi dont le sommet fut à nos yeux atteint avec Les Marches du Pouvoir (2011) film remarquable d’intelligence, emballé avec l’assurance et la maitrise d’un vieux routier d’Hollywood. Si la suite de sa filmographie n’a pas atteint les mêmes sommets (Monuments Men, Bienvenue à Suburbicon), il n’en reste pas moins qu’il y a derrière chacun de ses films, une ambition, un enthousiasme et un engagement qui forcent le respect et rappellent un temps où les metteurs en scène pouvaient davantage se laisser guider par leurs envies et explorer ainsi des genres  différents. Ayant été  dirigé par Steven Soderbergh (Solaris) et Alfonso Cuaron (Gravity) dans deux grands films de science fiction renouant avec ce que le genre peut avoir de meilleur et de passionnant, quand il touche à ce qu’il y a de plus intime en nous, Georges Clooney avait certainement les meilleures intentions et inspirations qui soient pour diriger Minuit dans l’Univers. Mais on ne le constate que trop souvent, avoir de bonnes intentions et tirer son inspiration de grandes œuvres et ne suffisent pas à faire un excellent film. Adapté du roman Good Morning Midnight (Lily Brooks Dalton, 2016), The Midnight Sky offre bien quelques beaux moments, est habité par une forme de naïveté qui a un certain charme, surtout en cette période, mais est constamment lesté par sa structure narrative, ses multiples intentions qui finissent par toutes s’annuler. L’impression laissée est celle de se trouver devant un film patchwork qui n’aura pas su ou pas voulu se concentrer sur une ligne claire et qui ne trouve jamais son identité.

The Midnight Sky embarque une cargaison bien trop lourde pour le pilote Georges Clooney qui à force de coups de volants, de changements de direction, pour le maintenir sur la route, d’accélérations mal venues et mal maitrisées, finit par rendre ce voyage éprouvant au delà de l’ennui poli qu’il suscite la plupart du temps. Entre drame existentialiste, film post apocalyptique, film d’exploration spatiale, Clooney à vouloir embrasser trop de genres, se raccrocher à trop de films, se placer dans le sillon de trop de réalisateurs, ne va réellement nulle part et donne le désagréable sentiment que son film n’a aucune colonne vertébrale. On pense évidemment à Gravity mais aussi au court métrage du fils Cuaron, à Silent Running, Interstellar, The Revenant… On pourrait continuer à égrener la liste des  références ce qui n’aurait finalement d’autre sens que de montrer que l’on se sent bien peu concerné par ce récit et la façon dont Clooney l’a emballé avec manifestement une idée, une vision que l’on ne retrouve pas à l’écran. Rien ne prend vraiment, rien ne pèse suffisamment pour nous impliquer dans ces deux trames narratives (sur terre / dans l’espace) qui sont censées dialoguer et se rejoindre. On voudrait se rattacher à la relation entre Augustine et Iris (Caoilinnn Springall) qui devrait être le point d’ancrage du film mais elle n’est esquissée. Quelques beaux moments trop fugaces nous rattrapent par le col mais nous font surtout projeter ce qu’aurait pu être le film et renforcent le sentiment que tout n’est qu’effleuré, esquissé, voire artificiel. Les courts flashbacks sont de ce point de vue inutiles et même gênants s’agissant du choix fait de faire appel à un autre acteur,  peu ressemblant, pour interpréter Augustine

On navigue de la terre à l’espace, du présent au passé, sans jamais pouvoir réellement se sentir concernés par les enjeux de chacun et trouver un point d’ancrage dans un film qui cherche en permanence son ton, son identité. C’est particulièrement criant s’agissant de la partie du récit qui concerne les cinq membres du vaisseau spatial qui s’apprête à revenir sur terre, ignorant alors la catastrophe qui l’a rendue inhabitable. La qualité du casting réunit (David Oyewolo, Felicity Jones, Kyle Chandler...) ne suffit pas à masquer l’inanité de cette partie, l’artificialité des enjeux de chacun présenté sans la moindre conviction, la moindre incarnation. Toute l’indulgence dont nous pourrions faire preuve avec le film lorsqu’il reste sur terre disparaît dans ce vaisseau occupé par des personnages fantomatiques dont on se soucie bien peu du devenir, ce qui apparaît de façon encore plus criante quand Clooney s’essaye au film catastrophe. Mécanique, désincarnée, cette partie du récit finit de contaminer le film et de le vider de toute substance balayant la promesse de son scénario et de quelques belles scènes durant son premier tiers.  C’est franchement un crève-cœur de tirer un tel bilan d’un film qui avait, de ses inspirations à son casting et même son metteur en scène, tant d’arguments pour être le vrai bon film de science fiction que cette année 2020 ne nous aura donc pas offert.

  Titre original: THE MIDNIGHT SKY

Réalisé par: Georges Clooney

Casting: Georges Clooney, Fecility Jones, Kyle Chandler,

David Oyelowo, Caoilinn Springall…

Genre: Science Fiction, Drame

Sortie le: 23 décembre 2020

Distribué par : Netflix France

PAS GÉNIAL

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