Critiques Cinéma

ANGEL HEART (Critique)

SYNOPSIS: New York, 1955. Le détective privé Harry Angel est engagé par un certain Louis Cyphre pour retrouver la trace de Johnny Favorite, un ancien crooner qu’il avait contribué à lancer. Devenu invalide pendant la guerre, ce dernier croupirait dans une clinique psychiatrique de la région, mais M. Cyphre soupçonne l’établissement de couvrir sa mort. Harry Angel apprend bientôt que Favorite a été enlevé par deux personnes originaires du Sud des États-Unis, moyennant finance. L’enquête va s’avérer plus dangereuse que prévue, semant la mort sur son passage. Elle conduira également le détective sur les terres mystiques de La Nouvelle-Orléans…

Lorsque l’on se penche sur les cinéastes qui ont marqué les années 80, le nom d’Alan Parker, à défaut d’arriver dans les premiers, s’impose assez rapidement, nous faisant réaliser par ailleurs à quel point la suite de sa carrière fut moins glorieuse (si l’on excepte néanmoins l’excellent La Vie de David Gale). Fame, Birdy, The Wall, Mississippi Burning et Angel Heart auront tous à leur manière marqué cette décennie et en particulier beaucoup compté dans la construction de la cinéphilie de ceux qui ont eu la chance de les découvrir adolescents, tant il est vrai que son style très direct a un impact plus important quand on attend des films qu’ils nous bousculent et nous entraînent avec eux. Ce style hérité notamment de ses débuts dans la publicité lui aura valu de beaucoup diviser des critiques qui auront souvent eu la dent dure avec lui et lui auront nié le statut qu’on lui accorde plus volontiers aujourd’hui, d’autant plus il est vrai après sa disparition. Angel Heart n’est assurément pas le plus consensuel de ses films mais peut être bien le plus passionnant, le plus jusqu’au-boutiste dans son ambition de créer un univers dans lequel il immerge le spectateur, dont on pourra évidemment pointer les outrances si on veut regarder par la fenêtre plutôt que de passer la porte et en accepter le programme. On pourra aussi juger qu’il s’agit là du film d’un cinéaste qui a fait ses armes dans la publicité, qui privilégie l’image, le choc sur le fond et l’efficacité sur la réflexion. Pour peu que l’on signe le pacte proposé par Alan Parker, Angel Heart est un film dont le pouvoir de fascination n’a pas subi l’outrage du temps, une réinterprétation du film noir, une variation autour du mythe de Faust, qui joue de façon troublante avec ses inspirations, en particulier Chinatown, une lente odyssée vers les enfers proposant un récit qui nous entraîne avec lui jusque dans des abysses d’une noirceur suffocante.

Quoi que l’on pense de lui par ailleurs et quelle que soit la case dans laquelle on essaie de le classer un peu abusivement, s’il y a bien quelque chose de remarquable dans sa filmographie durant cette décennie, en remontant à Midnight Express, c’est qu’il a toujours cherché à se réinventer, à investir d’autres territoires, parfois aussi, sûrement, poussé par l’accueil très sévère réservé à ses films. Ce constat vaut compliment au regard du nombre de ses confrères qui tombent dans ce piège artistiquement mortel, celui des réalisateurs pantouflards qui restent dans leur zone de confort de film en film, soit qu’ils aient pour certains déjà tout dit dans le premier, soit et c’est plus fréquent, qu’ils cherchent à capitaliser sur un succès. De Midnight Express à Fame, en passant par LUsure du Temps, puis The Wall, Birdy, Alan Parker va là où on ne l’attend pas, expérimente, quitte à troubler la perception que le public comme les studios peuvent avoir de lui. Avec Angel Heart, l’ambition d’Alan Parker ne se limite pas qu’à revisiter le film noir au travers de l’enquête de  Harold Angel (Mickey Rourke). En accentuant encore les éléments surnaturels du récit par rapport au roman adapté, en le déplaçant dans la moiteur et la mystique de la Nouvelle Orléans, il l’emmène sur les rives du cinéma d’horreur, celui qui pervertit le réel, ouvre les portes de nos peurs et croyances irrationnelles. Le récit nous place dans les pas de l’infortuné Harold Angel, un détective des plus banals, qui ne se prend ni pour un dur, ni pour un tombeur, qui aspire à rester dans le relatif confort de ses petites enquêtes. A priori rien ne le destine à être choisi par un homme aussi puissant que Louis Cypher (Robert de Niro) pour retrouver la trace de Johnny Favorite. Cette enquête prend la forme d’un cauchemar pour Angel, à mesure qu’elle avance,  que les cadavres s’amoncellent, que les intentions véritables de Cypher se font plus troubles.

Comme dans Midnight Express et Mississippi Burning, Alan Parker met en scène un homme qui va découvrir un monde qui lui est jusqu’alors inconnu et lui est totalement hostile. Angel est un détective privé qui se contente de petites enquêtes sans envergures, soucieux , comme il le dit à Louis Cypher, de ne s’attirer aucun souci et de ne pas mettre sa vie en danger. De Manhattan à la Nouvelle Orleans, enquêtant pour retrouver Johnny, la mort rôde autour de lui et emporte une à une chacune des personnes qu’il interroge. Alan Parker filme littéralement cette enquête comme une descente aux enfers, quitte à user d’une symbolique qui n’est pas des plus subtiles mais qui, dans cet univers là, à l’imagerie et la mystique très appuyée, est tout à fait adaptée. S’il n’était pas le premier choix de Parker qui envisageait Jack Nicholson (ce qui était à notre sens un choix trop évident appuyant trop ostensiblement sur les liens du film avec Chinatown)  Mickey Rourke trouve là ce qui est peut-être son meilleur rôle. Il lui permet de parcourir à la fois tout le spectre de son jeu et de sa personnalité si particulière, dans laquelle cohabitent le charme et la décontraction de celui qui semblait être né pour être le nouveau Dean ou Brando et la fragilité, l’instabilité de celui qui brûlera cette belle promesse. Qui d’autre que Mickey Rourke pouvait incarner de façon plus crédible un personnage qui perd pied, qui voit le danger mais continue de s’en approcher, animé par une forme de pulsion morbide? Qui d’autre que lui pouvait être assez mégalomane pour ne pas se laisser impressionner un instant par de Niro, jusqu’à vouloir le défier et faire de leurs scènes quelque chose d’unique qui transcende le récit?

Chacune de leurs scènes électrisent le film tant il s’en dégage quelque chose qui dépasse le récit et ce qui se joue alors comme rapport de force entre leur personnage. C’est la rencontre de deux acteurs au sommet qui se jaugent et se poussent vers l’excellence, la confrontation entre le champion en titre et son challenger le plus insolent, sûr de lui, qui n’a aucune forme de respect pour son statut et entend prouver qu’il est le meilleur. De Niro a peu de minutes à l’écran mais n’en gaspille pas une seule, habitant jusqu’au bout des ongles, avec un grand souci du détail (il a lui même choisi la canne hors de prix de son personnage et imposé son achat à la production) ce mystérieux homme d’affaires, au regard reptilien. Ses apparitions rythment le film, instillent le doute puis le malaise et le font glisser un peu plus vers le surnaturel / l’horreur. Par rapport à un film noir classique dans lequel la figure de la femme fatale et centrale oriente le récit, ici c’est vraiment celle entre le détective et son commanditaire qui donne le « la ». Ce n’est pas une femme qui vient se mettre entre eux , qui motive l’un ou l’autre mais des desseins bien plus sombres dont la révélation, pour le coup, donnera plus de sens au rôle jusque là assez secondaire et dispensable dévolu à Lisa Bonnet. Angel Heart gagne ainsi autant en noirceur qu’en intérêt au fil de la révélation de la vraie nature de chacun et l’écrin conçu par Alan Parker et Michael Seresin (son fidèle directeur de la photographie) de paraître moins « artificiellement stylisé » pour peu qu’on ait pu émettre cette réserve. Les années auront donc aussi fait leur office et font d’Angel Heart un classique qui vaudrait d’être revu rien que pour l’une des confrontations les plus excitantes que l’on puisse trouver entre deux immenses acteurs.

Titre original: ANGEL HEART

Réalisé par: Alan Parker

Casting: Mickey Rourke, Robert de Niro, Lisa Bonet

Genre: Thriller

Sortie le: 08 avril 1987

Distribué par : Carlotta Films

EXCELLENT

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