Critiques Cinéma

40 YEARS OF ROCKY : THE BIRTH OF A CLASSIC (Critique)

SYNOPSIS: Le documentaire est narré par Sylvester Stallone qui revient sur la génèse de son film culte, Rocky, ainsi que l’héritage de ce dernier dans le monde du sport et de la pop culture.

Que peut on encore apprendre sur un film que l’on a vu et revu à tous les âges de sa vie de cinéphile, qui a pris tant de place dans notre vie, qui porte en lui toute une partie de notre enfance, de nos rêves, mais aussi cette légèreté, cette naïveté, cette foi inébranlable que la volonté suffit à surmonter tous les obstacles? A-t-on seulement envie d’en voir les coulisses, d’en découvrir peut-être les ficelles, comme on nous montrerait les dessous d’un tour de magie devant lequel, nous nous abandonnons à croire, un instant, qu’il ne s’agit pas que d’une illusion? Plus que pour tout autre film, la question de l’intérêt d’un documentaire nous parait se poser pour Rocky, pour ce film qui porte en lui quelque chose de miraculeux, d’intangible, qui n’a vu le jour que grâce à la détermination de Sylvester Stallone, qui en a écrit le scénario puis l’a porté en en y mettant son âme et ses tripes d’éternel outsider auquel on ne voulait pas voir un destin. Rocky est le fruit de son travail, de ses sacrifices, mais aussi de son formidable instinct, de cette capacité à rebondir après chaque difficulté rencontrée pendant le tournage pour en tirer quelque chose de positif. Plus de 40 ans après sa sortie, Rocky n’est plus un simple film inscrit dans une base de données, dans le palmarès des oscars, dans la filmographie de ses protagonistes. Il fait partie de notre culture commune, de notre imaginaire.

Chaque film sur la boxe bien sûr mais au delà chaque film mettant en scène le parcours d’un underdog, d’un personnage qui croit en ses rêves, refuse la place que la société lui a jusqu’alors assigné, lui est et lui sera encore, pour des décennies, systématiquement comparé. A nos yeux, le juste hommage à une telle œuvre, pour célébrer notamment les 40 ans de sa sortie, au delà du fait qu’il ne pouvait pas s’envisager sans son auteur devait, surtout, en adopter la simplicité, jouer sur ce lien incomparable qui s’est crée avec 2 générations de spectateurs. La forme classique du documentaire de film qui fait se succéder les témoignages face caméra, pour pertinents et touchants qu’ils puissent être, aurait créé une mise à distance. S’il s’agissait d’écouter et revoir, 40 ans après, les protagonistes du film, raconter leurs souvenirs, d’innombrables interviews sont accessibles. Une fois encore Sylvester Stallone aura su trouver la meilleure approche possible pour faire vivre ce lien si particulier avec Rocky. C’est lui qui est à l’initiative de ce documentaire dont il eut l’idée au moment de la production de John G. Avildsen : King of the Underdogs. C’est lui seul qui intervient pendant les 30 petites minutes du documentaire pour commenter les images d’archives, jusque là inédites, du tournage de Rocky. C’est ainsi que 40 Years Of Rocky: The Birth of A Classic prend la forme peut être un peu maladroite mais émouvante, directe et sincère d’une « session diapo » avec Sylvester Stallone, comme on écouterait religieusement, au coin du feu, un parent commenter les images d’une période de sa vie au terme de laquelle tout a changé pour lui et qui a construit la personne qu’il est aujourd’hui.

La plupart des images ont été filmées , pendant le tournage, avec la petite caméra 8mm que ne quittait pas John G Avildsen. Ce grain d’image renforce l’impression d’être conviés à partager un moment privilégié avec Sylvester Stallone qui nous ouvre sa boîte à souvenirs et revient sur plusieurs moments clés du tournage. Le travail principal du réalisateur, Derek Wayne Johnson, aura donc été de compiler ces moments, les sélectionner, inclure quelques extraits du film et les faire commenter par Stallone. Encore une fois, cela peut paraître très simpliste mais nous parait pourtant le plus pertinent des choix possibles, le chemin le plus court, vers le cœur des fans de Rocky et la façon la plus sincère de s’adresser à eux et à un plus large public pour leur faire partager ce tournage qui ne changea pas que la vie de ses protagonistes mais aussi l’histoire du cinéma. Il la changea d’une part, Stallone le confirme et le détaille, par sa façon de filmer la boxe. Soucieux d’apporter une nouvelle approche, Stallone se confronta régulièrement avec celui qui était alors en charge de régler ces scènes, jusqu’à finalement le pousser à partir et ainsi pouvoir mettre en place ses idées, notamment celle d’écrire le combat  de façon très détaillée, de le régler comme une chorégraphie très élaborée reprenant notamment des séquences de coups empruntés à quelques combats. Les images des entraînements et en particulier de Carl Weathers confirment le degré d’implication qui était demandé, le but étant que Rocky et Appolo aient une condition physique et des aptitudes qui leur donnent une réelle crédibilité. Rocky  changea également l’histoire du cinéma par l’usage de la steadicam, inventée par Garrett Brown, que John G Avildsen décida d’utiliser après avoir découvert un film de démonstration et grâce à laquelle il pu réaliser plusieurs scènes iconiques (la course le long des quais, la montée des marches menant au musée des Beaux Arts de Philadelphie…).

Le documentaire montre à la fois à quel point ce tournage pouvait être précaire, compte tenu des limites du budget et à quel point Stallone avait su fédérer autour de lui, par son travail de réécriture continu, ses propositions, son enthousiasme pour tirer le meilleur de chaque scène. En suivant la chronologie du tournage pour s’achever au moment de son couronnement aux oscars, 40 Years of Rocky ne cherche rien d’autre qu’à nous faire partager des moments qui ont permis d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du cinéma, de prendre la mesure du chemin accompli, des obstacles surmontés, de la leçon de vie qu’il y a là aussi à en tirer. Cette simplicité est à valoriser quand de trop nombreux documentaires perdent la connexion avec la personne ou le film sur laquelle il se penche, à trop vouloir se mettre en surplomb ou montrer le savoir faire de leur metteur en scène. Derek Wayne Johnson s’est mis en retrait pour laisser opérer la magie de ces images et de leur commentaire  par celui qui a forcé le cours de son destin et qui continue d’inspirer ceux qui ont croisé la route de Rocky.

Titre original: BECOMING ROCKY – THE BIRTH OF A CLASSIC

Réalisé par: Dereck Wayne Johnson

Casting:  Sylvester Stallone, John G. Avildsen, Talia Shire, Burt Young, Burgess Meredith, Carl Weathers…

Genre: Documentaire

Sortie le: 9 juin 2020

Disponible en SVOD sur Google Play Store

 EXCELLENT

 

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