Critiques Cinéma

RIEN QUE DU BONHEUR (Critique)


SYNOPSIS: Désiré Loncle, un critique de cinéma travaillant pour Sunlight Magazine, vient de se faire plaquer par sa femme. Celui-ci fait la connaissance, chez un comédien-réalisateur, d’un producteur italien qui vient également de se faire larguer. Tous les trois se mettent à écrire le scénario d’un film intitulé La Reine de Vénus et Désiré tente de reconquérir la gent féminine. 

Un film réalisé par un ancien critique de cinéma et centré sur un critique de cinéma qui porte un point de vue frontal sur sa profession ? L’occasion était trop belle pour ne pas se sentir concerné. Mais il y a d’entrée un point capital à ne pas laisser de côté : oublier qui l’on est (critique pour un autre média) et oublier qui il est (ancien journaliste qui officia à la plus belle époque de Studio Magazine) est une attitude qu’il va falloir bannir. Non pas parce que les signes avant-coureurs d’un film centré sur notre propre activité suffisent en soi à nous stimuler. Après tout, se voir soi-même soumis à son tour au regard critique (parce que le critique est lui-même critiquable) et voir ses propres acquis remis en question via un point de vue extérieur, c’est la garantie de se retrouver dans cet espace de blocage et d’incertitude auxquels on aspire en tout état de cause. Non, si le film en question invite à ne surtout pas séparer son auteur de son ancienne activité, c’est parce que le parallèle est là, imposé, imposant, gros comme une maison, et surtout mû par un étrange exercice d’auto-flagellation qui vire à la crise d’ego la plus pathétique qui soit. Du coup, on ne fera pas l’effort de conchier un film qui atomiserait sans recul notre rôle de critique. C’est inutile, car Denis Parent s’en charge déjà tout seul, s’enfonçant scène après scène dans l’inanité, loin de l’intelligence et de la subtilité dont ont pu faire preuve des cinéastes bien plus doués que lui (au pif, citons Woody Allen et Charlie Kaufman).



Joué par un Bruno Solo toujours plus éteint à chaque film, le héros de Rien que du bonheur porte ainsi un nom qui fait figure de pseudonyme grossier (Désiré Loncle/Denis Parent, vous avez pigé ?) et bosse pour un magazine de cinéma au nom tout aussi équivoque (Sunlight Magazine/Studio Magazine… vu ?). Le type est du genre râleur et cynique, emploie un ton corrosif qui lui fait peu d’amis dans la profession, passe son temps à vomir sa haine à longueur d’articles sur les films qu’il est chargé d’aller voir (et qu’il ne va parfois même pas voir, d’ailleurs !) et met surtout le sexe faible dans son viseur dès qu’il en a l’occasion. C’est surtout que le bonhomme semble vivre sur une planète qui n’est pas la nôtre. On en fait le tour ? Accrochez-vous : les novices du cinéma d’auteur sont aussi torturé(e)s que leurs films, les groupies cinéphiles sont si crétines qu’on peut les draguer à loisir en leur promettant une rencontre avec Richard Gere, les grandes tragédiennes mériteraient bien un petit entartage de temps en temps (surtout quand l’une d’elles est ta propre mère !), l’ambitieuse avocate qui vient de te jeter comme une chaussette de l’avant-veille n’est qu’une connasse arriviste et insipide dont il faut effacer l’image en allant pécho ailleurs (tiens, pourquoi pas une jolie doctoresse de SOS Médecins ?), et surtout, l’aspirant acteur décervelé du moment, sorte de fusion ratée entre Philippe Lacheau et Mikaël Vendetta, t’héberge gratos quand tu es dans la merde (« Tu es critique de cinéma, tu as tous les droits ! »). Face à un taux de caricature qui explose le plafond, on aurait presque envie d’imiter ce raté de Désiré Loncle en partant avant la fin du film. Mais on tient le coup pour ne pas lui donner raison et pour voir jusqu’où notre colère va grimper.



A vrai dire, elle n’ira pas bien loin. Est-ce parce que le vieux dicton « La critique est aisée mais l’art est difficile » se suffit à lui-même pour atomiser un film sans recul ni regard ? Pas seulement. C’est surtout parce que Denis Parent, à force de se cacher derrière un avatar mal détourné, s’offre la position optimale – celle du cancre – pour se croire plus malin qu’il ne l’est. Et que, de ce fait, on en vient à regarder son navet non pas en serrant les dents, mais avec le sourire béat de celui qui assiste à un acte kamikaze perdu d’avance. Constatons juste que la satire présumée vire à la gêne carabinée, ici à des années-lumière d’un bon délire provoc’ de Bertrand Blier (à qui fait écho la taille imposante du titre sur l’affiche) ou même de la grande époque de la comédie italienne – on suppose que ce personnage de dragueur ravioli qui s’autoproclame producteur était un hommage voulu. Du début à la fin, toute personne qui rentre dans le cadre devient sujet de condescendance (l’acteur cinglé, la groupie teubée, le producteur frimeur, l’ex-copine arriviste, etc…), le milieu journaliste se prend le pire des savons en étant banni de l’équation, et la vision de la femme s’enferme dans une misogynie rance que Parent ne tente même pas de retourner à des fins entristes – la scène du Quick avec Aïssa Maïga ajoute même le racisme à cette pathétique vision sociétale. On en sort juste avec l’envie pressante de revoir Rien sur Robert, lui aussi film sur un critique et réalisé par un ancien critique (Pascal Bonitzer), mais qui visait précisément le point le plus stimulant de notre profession : perdre tous ses repères pour mieux se ressaisir et se redéfinir soi-même.

Titre Original: RIEN QUE DU BONHEUR

Réalisé par: Denis Parent

Casting : Bruno Solo, Alexandra Lamy, Barbara Schulz …

Genre: Comédie

Sortie le: 14 mai 2003

Distribué par: CTV International

TRÈS MAUVAIS

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