Critiques Cinéma

HIS HOUSE (Critique)

SYNOPSIS: Après avoir fui les horreurs de la guerre au Soudan du Sud, un jeune couple de réfugiés peine à s’adapter à la vie dans une ville anglaise rongée par un mal profond.

Si tant est que cela fut nécessaire, Jordan Peele avait brillamment rappelé avec Get Out à quel point le cinéma de genre peut-être pertinent pour traiter de thématiques sociales que l’on considère trop souvent réservées à des films qui, enfermés dans leur sujet, l’aborderont de manière certes plus explicite, plus documentée mais en touchant pour l’essentiel un public déjà informé qu’il confortera dans ses opinions. Surprendre, sensibiliser, bousculer, transgresser sont les 4 commandements que doivent à notre sens suivre le cinéma de genre qui entend aller sur le territoire du cinéma social sans effleurer son sujet et sans trahir ce qui constitue l’ADN d’un cinéma qui ne se conçoit pas sans prise de risque, sans aller chercher le spectateur et l’entrainer dans un monde qui n’est pas le sien mais dialogue néanmoins profondément avec lui. C’est précisément l’ambition de Remi Weekes lequel, pour son premier long métrage, traite d’un sujet sensible et incontournable dans nos sociétés: celui du sort des migrants et de l’accueil que nous pouvons leur offrir. Sur ce sujet les portes d’entrée vers le genre sont nombreuses et le choix de Remi Weekes d’ouvrir celle de la maison hantée est très pertinent. Ces migrants demandeurs du droit d’asile sont en effet dans une situation particulièrement cruelle, bénéficiant de la générosité apparente d’un pays et de son administration qui, en attendant l’instruction de leur dossier, les accueille, les loge, mais en les privant d’une grande partie de leur liberté: interdiction de travailler, de recevoir quiconque dans la maison dans laquelle ils doivent rester dans l’attente d’être fixés sur leur sort. Cette assignation à résidence ne peut que faire ressortir tous les traumatismes avec lesquels ils doivent composer en ayant fuit un pays en guerre (le Soudan), laissé derrière eux tant de fantômes et emporté la culpabilité d’être ceux qui ont survécu à cet enfer .

Remi Weekes qui avait semé de belles promesses dans son court métrage The Tickle Monster réalisé pour l’anthologie horrifique Fright Bites diffusée sur Channel 4 fait se rencontrer deux grandes traditions du cinéma britannique: le cinéma social et le cinéma d’épouvante. Le cadre de cette banlieue anglaise déshéritée dans laquelle se retrouvent Bol (Sope Dirisu) et Rial (Wunmi Mosaku) pourrait être celui d’un film de Ken Loach et ils pourraient avoir pour voisins Joanne et Mia (Fish Tank, Andrea Arnold). Ce à quoi ils vont se confronter, ce que ce déracinement, cet enfermement va réveiller chez eux et la puissance de l’imaginaire déployé par Weekes pour l’illustrer, rappelle les grandes heures de Clive Barker ou Bernard Rose . Ce n’est pas un petit compliment mais il ne s’agit pas de faire la fine bouche devant un premier long métrage d’une telle ambition et d’une telle maîtrise qui creuse de plus en plus profondément dans la psyché de ses personnages et en tire des visions horrifiques extrêmement marquantes. Certains voudront classer His House dans la sous catégorie « black horror » mais ce serait donc à notre sens terriblement réducteur quand son propos ne se limite pas à traiter que de la seule condition des noirs et de leur intégration. Il touche à quelque chose de plus universel dans son exploration des sentiments de ce couple qu’il ne perd jamais en route, qu’il ne trahit pas tant c’est leur histoire, leurs traumatismes qui justifient chacune des incursions du film dans l’horreur, chacune des échappées cauchemardesques orchestrées par Remi Weekes arrachant le récit à son cadre réaliste pour finalement toucher la réalité des peurs et culpabilités qui rongent Bol et Rial.

Remi Weekes utilise ainsi brillamment le genre pour rendre viscéralement compte d’une réalité sociale et de l’intériorité de ses personnages. Ce qui est encore plus remarquable c’est qu’il ne le fait pas par petites touches et y va très franchement en prenant pour point de départ le film de maison hantée pour utiliser un imaginaire qui va emprunter aux films de fantômes, de zombies, au fantastique, comme à une horreur plus psychologique (on pense à Shining mais aussi à Polanski). On sent un réel plaisir à expérimenter, à travailler l’image, à créer de purs moments d’horreur, à détacher soudainement une scène de la réalité pour la faire basculer dans le genre. Remi Weekes a fait ses armes dans le studio Tell No One dont nous vous invitons vraiment à regarder les vidéos pour bien comprendre que l’ambition formelle qu’affiche His House, ses expérimentations ne sont pas une affèterie de réalisateur qui veut trop en mettre dans son premier long métrage pour se faire remarquer ou qui aurait mal digéré ses influences. On peut en effet avoir un sentiment de trop plein surtout quand il s’agit d’un mal que l’on rencontre beaucoup dans le cinéma de genre. Faire ce reproche à His House nous semble injustifié quand aucune scène ne nous paraît pensée autrement qu’à travers ce que vivent ses personnages et que la direction d’acteurs est une autre des grandes qualités du film. Si Sope Dirisu est excellent dans le rôle de celui qui essaye d’abord de rester rationnel, de s’intégrer et d’avancer quitte à nier ses traumatismes, Wunmi Mosaku est la révélation du film, une révélation aussi impressionnante que le fut celle de Daniel Kaluuya dans Get Out. Elle a ce même regard, cette même intensité, cette façon impressionnante d’habiter les silences, de pouvoir être solaire comme très inquiétante. Soutenu par de tels acteurs parfaitement dirigés (on peut ajouter Matt Smith aka le Duc d’Edimbourg dans The Crown), on peut dire, pour parler trivialement, que Remi Weekes, n’en met pas une à côté et que His House est à ce stade un très sérieux concurrent au titre de meilleur film d’horreur de l’année et, au delà, une immense promesse pour la suite de la carrière de son metteur en scène.

Titre original: HIS HOUSE

Réalisé par: Rémi Weekes

Casting: Sope Dirisu, Wunmi Mosaku,  Matt Smith…

Genre: Drame, Horreur

Sortie le: 30 octobre 2020

Distribué par : Netflix

EXCELLENT

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