ENTRETIENS

Hommage à Sean Connery : Entretien avec Laurent Perriot, auteur du livre Bons Baisers du Monde

Envie de vous évader pendant le confinement, de vous envoler à Miami, aux Bahamas, à Londres ou au Mexique ? Vous être frustré par la sortie mainte fois retardée de Mourir peut Attendre ? Pas de panique, Laurent Perriot, grand spécialiste français de James Bond et co-fondateur du Club James Bond, co-signe avec le journaliste Guillaume Evin, Bons Baisers du Monde (29.90 euros, éditions Dunod), le premier atlas consacré aux lieux de tournage des films de la saga 007. Une bible que tout cinéphile se doit de posséder !



Sean Connery nous a quitté le 31 octobre à l’âge de 90 ans. Quel est le James Bond de sa filmographie que vous préférez ?

Laurent Perriot : Goldfinger est mon préféré. C’est avec ce film que la formule de la saga a été trouvée. Il servira de maître étalon pour la suite. Dans ce troisième opus, Sean Connery est en pleine possession du rôle qu’il a créé.

Comment avez-vous eu l’idée de sortir un atlas consacré à l’agent secret ?

Les éditions Dunod m’avait demandé d’écrire un livre sur James Bond et je cherchais une façon originale de traiter ce sujet maintes fois abordé. A ma connaissance, il n’existait aucun livre en langue française sur les lieux de tournage des films de la saga. Le meilleur compliment qu’on m’ait fait : “votre livre m’a donné envie de revoir tous les films”.

Quel est le principe de Bons baisers du Monde ?

On revisite toute la saga à travers ses lieux de tournage. On découvre notamment que ces lieux ne sont pas toujours là on on croit. Petit exemple : le bureau de la NASA du docteur Holly Goodhead dans Moonraker, censé se trouver en Californie, est en réalité la cantine du Centre Pompidou à Paris. Pour chacun des films, les 25 officiels, de Dr No à Mourir peut attendre, plus Jamais plus Jamais, on suit les déplacements de James Bond, on voit où l’action se déroule. Chaque film est accompagné d’une cartographie comprenant les déplacements de James Bond, où l’action se déroule dans l’histoire du film et où la séquence a été tournée en réalité.

En début de chapitre, vous revenez sur chacun des films…

C’est une idée de mon co-auteur Guillaume Evin, un journaliste cinéma de grand talent, lui aussi spécialiste de James Bond. Chaque chapitre commence avec un texte introduction qui replace chaque film dans le contexte de l’époque, avec des anecdotes de tournage.

La force du livre, c’est aussi ses photos de tournage assez rares. D’où proviennent elles ?

Il y a plusieurs sources, des photos générales des lieux et des monuments qui proviennent d’agences. Des photos de tournage qui n’appartiennent pas à la MGM. Et puis, il y a des photos que j’ai prises moi-même sur les lieux de tournage pendant toute la période Pierce Brosnan.



A quoi ressemble l’ambiance sur un tournage de James Bond ?

C’est magnifique. Ce qui frappe, c’est que malgré les énormes moyens, l’ambiance est intime et familiale. Tout le monde est traité avec le même égard. La famille Brocoli reste fidèle à ses équipes, techniciens, artistes…pendant des décennies. C’est très impressionnant. Je garde notamment un souvenir incroyable du tournage de la séquence de l’ascenseur dans le palais vénitien dans Casino Royale où j’étais aux côtés de Martin Campbell. Selon moi, il est le meilleur réalisateur de la saga qu’il a relancé par deux fois avec GoldenEye en 1995 et Casino Royale en 2005. J’aurais d’ailleurs aimé qu’il réalise le dernier de Daniel Craig pour boucler la boucle.

Votre film de James Bond préféré ?

L’Espion qui m’aimait que j’ai vu au cinéma à l’âge de neuf ans. En plus, mon père m’avait offert la Lotus Esprit en jouet. Je n’ai jamais autant usé une VHS que celle de ce film.

C’est aussi le Bond préféré de Christopher Nolan. La période Roger Moore est-elle en train d’être réhabilitée ?

On est toujours marqué et influencé par le premier James Bond qu’on voit au cinéma. C’est probablement le cas de Christopher Nolan qui a grandi avec Roger Moore dans le rôle. Aujourd’hui, on réévalue cette période pour son ambiance plus festive, moins anxiogène. Sean Connery est considéré comme le meilleur parce qu’il était le premier. George Lazenby a livré une performance très honnête et Au Service Secret de Sa Majesté est splendide. Timothy Dalton, lui aussi, tend à être réhabilité. Dans Permis de tuer, il incarne un 007 face à ses démons. C’est du Daniel Craig avant l’heure. Quand à Pierce Brosnan, qui est au croisement de Moore et Connery, la sensibilité en plus, est aujourd’hui mal aimé, après avoir été encensé.

Pourquoi selon vous ?

Ce n’est pas la faute de l’acteur mais la faute des scénarios et des travers du cinéma d’action de l’époque. Pierce Brosnan est le dernier Bond choisi par Cubby Broccoli. C’est le dernier Bond classique et il a le cul entre deux époques. Il est bloqué entre la chute du mur de Berlin et le 11 septembre, entre le passé et l’avenir. Pourtant, comme Roger Moore en son temps, Brosnan a cartonné au box-office. Il a assuré la pérennité et le renouvellement de la série.

Pourquoi Pierce Brosnan a-t-il été viré en 2002 ?

J’adore Brosnan qui est un ami. Humainement, c’est quelqu’un d’extraordinaire. Malheureusement, il n’a pas été reconnu à la hauteur de son talent. Dans The Ghost Writer, notamment, il est formidable. Malheureusement, on ne l’a pas laissé le loisir d’exprimer ses idées. Sur le tournage du Monde ne suffit pas, il m’avait confié qu’il voulait que Bond s’attaque à un méchant qui représente une menace écologique sur la planète. Il n’a pas été écouté. Tarantino voulait faire Casino Royale avec lui mais son côté électron libre a dû faire peur à la production.

Jason Bourne et Mission Impossible sont passés par là…

Oui, et puis le distributeur a changé. Sony est venue en renfort. J’aurais aimé que Brosnan fasse un dernier Bond pour laver l’affront de Die another Day qui était trop dans la science-fiction avec la thérapie génique et la voiture invisible. A côté, Moonraker, injustement raillé, est finalement moins exubérant.



En revanche, Daniel Craig semble connaître un vrai plébiscite…

Pas chez moi, en tout cas. Attention, c’est un acteur formidable. Il a le côté félin de Sean Connery mais il n’a ni la classe, ni l’humour de Roger Moore ou de Pierce Brosnan. Quand je vois Daniel Craig, je vois Red Grant, le méchant dans Bons Baisers de Russie...Ensuite, je conviens qu’il correspond davantage au Bond décrit par Ian Fleming. Les films avec Daniel Craig, en plus d’être anxiogènes, sont des introspections répétitives. Le lien de parenté entre Bond et Blofeld dans Spectre est grotesque…Quatre films pour nous emmener là, c’est ridicule. Je veux bien qu’on parle du manque de crédibilité des Bond avec Roger Moore et Pierce Brosnan; mais le manque de crédibilité psychologique dans Spectre, ça se pose là quand même !

Qu’attendez-vous de Mourir peut attendre ?

J’attends que ce dernier tour de piste rachète tout ce qui m’a manqué dans les précédents films avec Daniel Craig.

Cary Joji Fukunaga est le premier américain à réaliser Bond. D’un point de vue esthétique que va-t-il apporter à la saga, selon vous ?

J’avais détesté la photo jaune de Spectre et quand on voit les bandes-annonces de Mourir peut attendre, on se dit qu’on est revenus aux James Bond avec de belles couleurs flamboyantes. Cary Joji Fukunaga est plutôt un réalisateur de film d’auteurs, qui s’attache à la psychologie des personnages. Ce sera intéressant. De son côté, Daniel Craig, co-producteur du film, a fait venir Phoebe Waller-Bridge pour apporter une touche plus féministe au scénario.

Justement, James Bond n’est-il pas totalement obsolète à l’heure de #metoo et du politiquement correct ?

Les producteurs de James Bond sont assez malins et ont trouvé un bon compromis. Ils disent : James Bond ne peut pas être noir, gay, ou femme. En revanche, le matricule 007, peut l’être. C’est ce qu’on va découvrir dans Mourir peut attendre.

La solution n’est-elle pas de resituer James Bond dans le contexte des années 1960 ? Une rumeur va d’ailleurs dans ce sens.

Matthew Vaughn avait un peu fait ça avec Les Agents très spéciaux. ça peut être rigolo mais j’ai peur qu’on tombe vite dans une forme de parodie. C’est vrai que dans les années 1960, 1970, James Bond était le héros que tout le monde copiait. Aujourd’hui, il tente de rester à la page. C’est toujours intéressant de voir comme il s’adapte à notre époque.



Quel est votre gadget préféré ?

Tout le monde parle de l’Aston Martin. J’en ai un peu marre. On nous la sort dans tous les films depuis GoldenEye. Moi, j’aime bien la Lotus Esprit de l’Espion qui m’aimait. J’aime bien les véhicules avec des gadgets que personne ne peut pas avoir. Les Bond avec Craig sont très avares en gadgets. Aujourd’hui, les gadgets, c’est compliqué. Ils sont devenus la réalité. A chaque fois que les producteurs veulent relancer le personnage, on revient au sérieux avec moins de gadgets. C’est le cas de Rien que pour vos yeux, notamment.

Votre méchant préféré ?

J’aimais bien la période des savants fou à la Stromberg et Drax qui n’étaient pas des menaces physiques mais intellectuelles. J’aime aussi Raoul Silva/Javier Barden dans Skyfall .Comme disait Hitchcock : “plus réussi est le méchant, meilleur est le film”.

Votre James Bond girl préférée ?

Barbara Bach mais je passerais bien cinq minutes avec Famke Janssen…que j’avais rencontrée sur le tournage de GoldenEye ainsi que Isabella Scorupco, encore plus belle en vrai qu’à l’écran.

Qui voyez-vous succéder à Daniel Craig ?

Henry Cavill serait formidable. Tout le monde dit qu’il ne peut pas être à la fois 007 et Superman. Ah bon, et pourquoi ? Roger Moore a bien été Le Saint avant de jouer James Bond. Il faut juste qu’il arrête un peu la muscu (rires). Quand on voit Henry Cavill jouer Napoleon Solo dans Les Agents très spéciaux ou se battre dans Mission Impossible, il est très crédible. Donnez-nous un acteur flamboyant et qui a l’air heureux d’être James Bond ! C’est le cas de Cavill qui a passé le casting de Casino Royale mais à l’époque il n’avait que 23 ans. Aujourd’hui, il a l’âge idéal.

Quand le saurons-nous ?

Tout dépend de qui va reprendre la MGM. Aujourd’hui, la MGM appartient à un fond de pensions lequel souhaite vendre la société parce qu’elle n’a pas sorti de film cette année. Si la MGM est vendue à Disney, ce serait pour moi une bonne nouvelle.

Malgré les critiques autour de la nouvelle trilogie Star Wars ?

Je leur répondrais en citant le succès de The Mandalorian sur Disney +. Disney sait gérer des franchises. Quoiqu’il arrive, Barbara Broccoli sera toujours la gardienne du temple. Mais de toute façon, tant qu’on ne sait pas ce que va devenir la MGM et tant que Mourir peut attendre n’est pas sorti et qu’on ignore les chiffres au box-office, l’avenir du prochain James Bond est encore incertain…

Merci à Laurent Perriot.

Propos recueillis par Eric Floux

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