Critiques

THE HAUNTING OF BLY MANOR (Critique Saison 2) Une portée émotionnelle fascinante …

SYNOPSIS: Une gouvernante est engagée pour veiller sur deux orphelins vivant dans un manoir isolé en pleine campagne. Peu à peu, d’effrayantes apparitions viennent la hanter.

Fin 2018, le réalisateur et scénariste Mike Flanagan nous emmenait dans le manoir de la Famille Crain, redoublant d’idées techniques et visuelles pour nous faire voyager à travers les histoires des fantômes de Hill House. The Haunting of Hill House fut une énorme sensation à sa sortie sur Netflix, étant notamment remarqué pour l’ampleur émotionnelle saisissante du récit, mêlé à une angoisse gérée d’une main de maître. Flanagan fut rapidement adoubé par ses paires, gagnant même une critique élogieuse du Maître de l’Horreur himself, Stephen King. Et nous voilà en 2019, Mike Flanagan réalisant l’adaptation filmique du roman de King suite de son Shining, Doctor Sleep, ayant comme objectif extraordinairement périlleux de réconcilier les univers – depuis quelques décennies en conflit – du romancier et de Stanley Kubrick. Après cette aventure cinématographique de haute voltige qui ne marquera malheureusement pas le box-office malgré un ouvrage de très bonne facture, Mike Flanagan signe avec Netflix une nouvelle saison de The Haunting – si on peut parler de « saison ». Abordant cette nouvelle excursion fantomesque comme une anthologie, le metteur en scène montera non pas une suite de l’histoire de la Famille Crain à Hill House, mais bel et bien une autre histoire, différente de part ses thèmes, de part ses ambitions et de par ses enjeux. Flanagan nous emmène alors pour 9 épisodes au Manoir de Bly…



The Haunting of Bly Manor raconte l’histoire d’une jeune fille au pair américaine, Danielle Clayton, fraîchement débarquée en Angleterre, se trouvant un travail dans un Manoir à Bly pour s’occuper de deux enfants orphelins depuis peu. Elle fera sur place connaissance avec le personnel de la maison. Hannah l’intendante, Jamie la jardinière et Owen le chef cuisinier. Elle apprend qu’avant elle, la précédente nourrice des enfants, Miss Jessel, est décédée dans de curieuses circonstances dans la propriété. Et comme si cela ne suffisait pas, Dani va percevoir une atmosphère malsaine et des attitudes étranges de la part des deux enfants. La saison explore alors de l’intérieur ces personnages, tous pris au piège par leurs propres fantômes.

Mike Flanagan et son équipe adaptent dans cette saison la nouvelle Le Tour d’Ecrou d’Henry James, déjà adapté en 1961 sous le titre Les Innocents par Jack Clayton (qui donna probablement son nom de famille à la protagoniste de cette nouvelle salve d’épisodes). Tout l’enjeu du projet vient alors : il s’agit de faire une « suite » à Hill House qui puisse satisfaire les fans de la première saison tout en assumant pleinement son ambition de faire de la série une anthologie en explorant des thématiques différentes. Mais en plus de faire ça, Bly Manor limite ses points communs avec son prédécesseur aux fantômes et à ses comédiens. Cette deuxième saison prend le parti de varier de ton, troquant les intrigues fantastiques sur cette famille hantée par des esprits pour une galerie de personnages visités par leurs propres fantômes. Car dans le Manoir de Bly, les fantômes ne sont que les reflets des âmes brisés des personnages. Et l’âme a une importance toute particulière, se désistant du corps pour se retrouver emprisonnée dans ses maux. Nous nous garderons d’en révéler plus sur l’intrigue et sur les fantômes en question pour vous garder la surprise du visionnage intacte. Parce que Bly Manor va plus loin que Hill House sur une caractéristique particulière, rendant l’expérience très surprenante : l’émotion.



Hill House était un modèle du genre, dans la façon dont elle oscillait entre terreur constante et émotions fortes. En jouant avec des personnages tragiques – condamnés à mourir ou à perdre un proche – la série se montrait extrêmement émouvante, comme l’atteste par exemple cet incroyable épisode 5 qui marquait un retournement de situation à la fois terrifiant et brisant le cœur du spectateur. Bly Manor mène cette envie de toucher le spectateur au maximum. Le tragique a une place constante, l’intrigue formant un conte horrifique classique qui place les émotions et les états d’âme au premier plan. Toute la galerie passe par ces introspections sous forme fantômatiques, étant tous pris au piège de leurs propres démons et du cours du Temps. Le travail de montage et de scénario est remarquable dans son approche du temps qui passe et qui tourne en boucle. Si les épisodes centraux de la saison (les 5 et 6) nous perdent le temps de quelques heures en jonglant à travers des flashbacks, créant une certaine lenteur due à notre incompréhension de l’intrigue à ce moment là, les réponses sont toutes amenées par les épisodes finaux, et toutes les zones d’ombres s’éclaircissent pour devenir logiques et terribles. Les vérités qui sont révélées sont douloureuses. Chaque personnages est sondé par l’intrigue, et construit une figure tragique par excellence.

En première ligne, on trouve Dani, la nouvelle gouvernante, intreprétée par Victoria Perdretti (qui jouait déjà Nell dans Hill House), semblant être notre protagoniste, qui peine à regarder un miroir sans y voir une silhouette aux yeux lumineux derrière elle. Elle est fantastique dans ce rôle qui lui permet d’explorer une palette très vaste d’émotions. A ses côtés, Hannah Grose (T’Nia Miller), l’intendante de la maison prisonnière de ses souvenirs, Owen, le cuisinier du manoir (Rahul Kohli), s’occupant en même temps de sa mère malade, Jamie (Amelia Eve), la jardinière, qui se lance dans une relation complexe, le couple tragique Peter Quint (Oliver Jackson-Cohen, le Luke de Hill House) et Miss Jessel (Tahirah Sharif) et l’oncle de la famille hanté un double de lui-même Henry Wingrave (Henry Thomas, le père de la famille Crain dans Hill House), tous remarquables de justesse et de charisme. A noter aussi les performances extrêmement surprenantes des deux enfants de la série, Amelie Smith et Benjamin Evan Ainsworth (Flora et Miles), qui ont une palette de jeu très large pour leurs âges, et qui sont irréprochables en tout point. Cette galerie de personnages permet de traiter plein de thématiques différentes. Mais en s’y penchant, on remarque que tous les arcs d’évolution des protagonistes se réunissent tous sur un point. Bly Manor, avant de parler de fantômes, parle d’Amour.



The Haunting of Bly Manor est un conte fantastique qui traite du sentiment amoureux, de son impact sur des vies, des sacrifices que l’on fait, de celui qui est impossible, de celui qui est perdu, de celui qui est salvateur. C’est en ça que l’émotion prime, car on s’intéresse aux sentiments des personnages avant tout. Le tragique de l’intrigue provient de ce point très précis, car elle parvient à dresser un portrait très complet de l’amour sous toutes ses formes. Tout en provoquant des frissons d’angoisse grâce à sa mise en scène très subtile (plus subtile que Hill House, qui avait des idées très élaborées et originales pour provoquer la peur), The Hauting of Bly Manor provoque des torrents d’émotions emportant tout sur leurs passage. Le Temps se pose comme un labyrinthe, enfermant les âmes tourmentées en perdition dans sa prison qu’est Bly. Mike Flanagan signe une nouvelle merveille, qui arrive en s’éloignant dans son approche de Hill House à créer sa propre identité, sa propre mythologie. Le metteur en scène montre qu’il est un des grands talents de la scène horrifique actuelle, un artisan du genre qui confère à ses œuvres cette ambiance et cet univers d’une richesse folle. The Haunting of Bly Manor est une œuvre fantastique majeure de cette année, conférant à ce récit très inventif une portée émotionnelle fascinante en transformant l’Amour en fantôme. Et comme le dit si bien la petite Flora, Bly Manor est perfectly splendid.

Crédits: Netflix

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s