Critiques Cinéma

Y’A T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ? (Critique)

 SYNOPSIS: Le vol 209, à destination de Chicago n’est pas vraiment un vol ordinaire. Tous les membres de l’équipage étant victimes d’un empoisonnement alimentaire, il faut vite trouver un pilote de dépannage parmi les passagers. Elaine supplie son ex-ami, un ancien pilote de chasse de prendre les commandes de l’avion.

Hypothèse : ceux qui ont souvent pris le même vol dans leur vie l’ont pris moins souvent que celui-ci. Ce film-là, ce n’est pas qu’on aime le revoir. C’est qu’on en est accro. C’est aussi qu’il déteint sans le vouloir sur notre propre regard cinéphile, nous rendant parfois incapable de revoir un film-catastrophe (un vrai) sans hurler de rire – on souhaite bien du courage à ceux qui aimeraient un jour se refarcir la saga des Airport. Les faits sont là : se mettre au ZAZ pour la première fois (et surtout quand on est encore jeune), c’est comme ingurgiter un médicament foudroyant contre la morosité, la mélancolie, le mal-être, la gueule de bois et les journées de merde. Et c’est peu dire que reprendre une surdose récurrente de ce gaz hilarant fait toujours le même effet. Dès leur apparition en 1977 sur le génial Hamburger Film Sandwich de John Landis (où ils officiaient en tant que coscénaristes), Jim Abrahams et les frères Zucker (David et Jerry) ont défini un style bien à eux : du pastiche supra-efficace qui passe à la moulinette n’importe quel film à succès. Et en la matière, leur première réalisation n’a jamais été égalée : Y a-t-il un pilote dans l’avion ? a su exploser les limites de l’absurde, du nonsense et du mauvais goût comme peu de films y sont parvenus (même les Nuls arrivent à peine au milieu de leur ventre).

Bienvenue dans un vol totalement délirant qui massacre un à un tous les clichés du film-catastrophe à raison d’un gag (visuel ou verbal) toutes les cinq secondes, tout en expédiant de jolies tartes à la crème aux Dents de la mer (le plan d’ouverture !), à La fièvre du samedi soir, à Pinocchio, à Midnight Express, à Alien, à M*A*S*H, à Tant qu’il y aura des hommes et tant d’autres films cultes. Des clins d’œil parodiques choisis pour leur place appropriée dans l’intrigue et non par pur plaisir de se moquer – important ! Et que se passe-t-il, en gros, durant ce vol ? Pour faire court, disons qu’il y a une ligne directrice : un pilote d’avion torturé par son passé guerrier (il est devenu « avionphobe » !) embarque sur un avion pour reconquérir son ex-copine hôtesse de l’air. Autour de ce couple en tourmente (rires), il y a juste un gros bordel pas possible : les plateaux-repas sont à moitié avariés (gare à vous si vous bouffez du poisson !), la petite fille malade que l’on a placé à l’arrière de l’avion menace de casser sa pipe, les nonnes et les témoins de Jéhovah se foutent sur la tronche, les vieilles dames sniffent de la coke, les gamines de dix ans boivent du café en pensant à leurs époux noirs, le commandant est friand de jeunes garçons, un très célèbre basketteur de la NBA arrondit ses fins de mois en jouant les copilotes, et on a même un pilote automatique érotomane qui n’arrête pas de se dégonfler ! Et pendant ce temps, sur la Terre ferme, c’est juste n’importe quoi : des sectes offrent des marguerites dans des aéroports, des aiguilleurs picolent et se défoncent à la colle pour évacuer leur stress, et on a même des journalistes qui font leur travail (insensé !). Secouez tout ça dans un shaker, avec des gags potaches en guise de glaçons, et servez bien frais.

Ici, pas de propension nécessaire à l’analyse – on la range volontiers au vestiaire quand on ne l’a pas déjà vendue sur eBay. Fort d’une mise en scène qui se contente d’illustrer son intrigue en faisant en sorte de la laisser partir en vrille, les ZAZ mettent un point d’honneur à servir chacun de leur gag sur un plateau d’argent. La mécanique, soigneusement huilée et exécutée, tourne à plein régime et ne prend fin que quand le générique tire sa révérence. Et les passagers, alors ? Ni plus ni moins qu’une bonne vingtaine de stars hollywoodiennes pas frileuses à l’idée de fumer la moquette. Parmi les plus mémorables, citons Peter Graves (le Jim Phelps de la série Mission : Impossible), Robert Stack (l’ancien Elliot Ness de la série Les Incorruptibles), Kareem Abdul-Jabbar (le célèbre joueur de basket qui fait ici tomber le quatrième mur), Stephen Stucker (un zinzin total qui aurait mérité son film à lui), sans oublier deux futures valeurs sûres du pastiche ZAZesque : d’abord le précieux Lloyd Bridges (père de Jeff), ensuite Leslie Nielsen, ici dans un rôle initialement prévu pour Christopher Lee (alors retenu sur le tournage du 1941 de Spielberg). Deux acteurs prestigieux qui firent ici leurs débuts dans un genre qui, hélas pour eux, allait conditionner le reste de leur carrière. Des carrières qui auront tout de même vu défiler de tordants successeurs à ce vol inoubliable : le diptyque Hot Shots, la trilogie Y a-t-il un flic…, Top secret, Le Détonateur, Le Prince de Sicile… Que du très bon, mais rien qui n’ait réussi à égaler le maître-étalon du genre.

Titre Original: AIRPLANE

Réalisé par: David Zucker, Jim Abrahams, Jerry Zucker

Casting : Kareem Abdul-Jabbar, Leslie Nielsen, Peter Graves…

Genre: Comédie

Date de sortie : 24 septembre 1980

Distribué par: Cinema International Corporation (CIC)

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