Critiques Cinéma

J’IRAI MOURIR DANS LES CARPATES (Critique)


SYNOPSIS : L’histoire commence par un banal accident de voiture sur une route montagneuse des Carpates. La voiture d’Antoine de Maximy, le présentateur de la série « J’irai dormir chez vous » a été emportée dans une rivière et son corps n’a pas été retrouvé. Le matériel et les images du globe-squatteur sont rapatriés à Paris. Agnès, la monteuse de la série, décide de terminer ce dernier épisode. Après avoir visionné les images elle s’attaque au montage du film. Mais des détails attirent l’attention d’Agnès. Petit à petit le doute s’insinue. L’histoire n’est peut-être pas aussi simple… 

Diffusée depuis 2005 à la télévision, J’irai Dormir chez Vous est un ovni dans le genre de la série documentaire. Antoine de Maximy, seul, explore le monde en nous livrant ses expérience via trois caméras, deux fixes – une filme ce qu’il voit, et l’autre l’explorateur – et la troisième mobile. Armé de ses caméras, il visite des lieux de plus en plus escarpés pour mettre en image l’ambiance, les traditions et la population locale avec un seul objectif en tête : se faire inviter à dormir par les habitants. Mais 15 ans après le début de la diffusion de cette émission, Antoine de Maximy a suffisamment exploré le concept pour avoir envie de le renouveler. Et voilà qu’arrive alors sur le papier l’idée d’adapter l’émission documentaire au cinéma, sous-entendu en fiction. La question se pose alors : comment transposer un concept basé sur l’improvisation et le naturel des rencontres avec les habitants locaux dans un format écrit, fictionnel qui doit à tout pris suivre une trame précise ? C’est ce qu’explore Antoine de Maximy dans une aventure plus qu’étonnante à travers les Carpates. J’irai mourir dans les Carpates suit le personnage d’Agnès, la monteuse officielle des épisodes de J’irai dormir chez Vous. Alors qu’on apprend que pendant le tournage d’une émission, la voiture de l’animateur a fait une tragique sortie de route, qu’on n’a pas retrouvé de corps sur place, mais qu’on a réussi à faire revenir à Paris les cassettes du tournage, Agnès va alors se lancer dans le dérushage et le montage de cet ultime épisode inachevé, avant de remarquer des éléments curieux qui retiendront son attention, et la lanceront dans une enquête pour trouver ce qui est arrivé à Antoine de Maximy à travers les rushs vidéos tournés en Roumanie.



Pour constituer son postulat de base, Antoine de Maximy se sert d’un questionnement qu’il est légitime d’avoir quand on évolue depuis tant d’années dans un concept tel que J’irai dormir chez Vous : qu’est-ce qui se passerait si ça tournait mal ? Si un tournage tournait vraiment mal, si il disparaîssait ? Ou pire, s’il mourrait ? C’est pour explorer ces questions qu’il imagine alors ce concept de fiction très inspiré, qui fournit un pitch de film complètement original. Et à travers cette originalité, Antoine de Maximy monte un film qui nous accroche très vite à son concept par son aspect « jeu de piste » poussant le spectateur à réfléchir en même temps que ses protagonistes pour tenter de percer le mystère avant eux. Et cela passe par la place énorme que le réalisateur donne au processus du montage dans son intrigue. En « enfermant » son personnage dans sa salle de montage en la montrant incapable d’arrêter de rechercher le fin mot de l’histoire, le film joue alors avec les images, les montrant plusieurs fois pour enfin faire aparaître un détail qu’on avait ignoré aux précédents visionnages. De cette façon, le metteur en scène met en avant l’interactivité de son concept pour faire vivre le spectateur dans son histoire. Cependant, à trop repasser les images en boucle (on suit le dérushage, l’inspection des rushs, puis le montage final), le film finit par ralentir, créant un ventre mou au milieu. Peut-être aurions-nous été plus pris par l’intrigue si le temps passé dans cette salle de montage avait été plus court. En ce sens, le long-métrage manque souvent de finesse, jouant avec des grosses cordes, et expliquant très en détail tout ce que la monteuse fait sur son logiciel. De même, certaines sous-intrigues sont trop survolées et/ou trop superficielles pour vraiment y croire sur le laps de temps très réduit où on les traite – par exemple, la relation entre Agnès et le lieutenant de police. Cependant, malgré ces facilités et raccourcis scénaristiques, on finit par se prendre au jeu, car le réalisateur cherche avant tout à monter un mystère et à divertir un public. En ce sens, le film est plutôt réussi.



La casting occupe une place très forte dans le film, avec en tête Antoine de Maximy, évidemment. Il apparaît à quelques moments clés à travers les enregistrements visionnés dans la salle de montage, et permet de créer un lien très fort entre l’émission de base et le film, donnant au long-métrage un air d’adaptation méta consciente de ce que la série documentaire est. On retrouve également un casting d’acteurs de cinéma sortant définitivement le film de la case « tentative d’adapter un concept télé sur grand écran » et en le plaçant définitivement dans la case « long-métrage de fiction ». En castant Alice Pol et Max Boublil, Antoine de Maximy s’offre des comédiens de choix pour donner corps à son histoire et la faire exister en lui donnant une vraie crédibilité aux yeux d’un public qui les connaît bien. Au final, J’irai Mourir dans les Carpates est une aventure au concept très original qui propose un jeu de piste interactif toujours intriguant. De cette idée très forte de disparition de l’animateur en plein tournage, Antoine de Maximy monte un long-métrage assez juste qui montre bien que le réalisateur s’amuse à détourner les codes de sa propre émission pour en extraire le cœur. Le mélange de cadre entre la fiction et les séquences en found footage à travers les fameuses trois caméras d’Antoine de Maximy permet de mettre en images un film aux allures d’expérience cinéma qui, même s’il n’est pas du tout exempt de défauts – notamment en ce qui concerne sa subtilité – se montre très honnête, et transmet l’amusement qu’a le réalisateur à se mettre lui-même en scène. En résulte un film sincère et intriguant, qui nourrit son concept génial de bonnes idées disséminées dans une enquête vidéo toujours très surprenante.

Titre Original: J’IRAI MOURIR DANS LES CARPATES

Réalisé par: Antoine de Maximy

Casting : Antoine de Maximy, Alice Pol, Max Boublil 

Genre: Comédie, Thriller

Sortie le: 16 septembre 2020

Distribué par: Apollo Films

TRÈS BIEN

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