Critiques Cinéma

EFFACER L’HISTORIQUE (Critique)

SYNOPSIS: Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller.Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d’avance, quoique…

Après un passage remarqué au festival de Berlin l’hiver dernier, ultime festival s’étant déroulé avant le virus de cette année, Effacer l’Historique, du duo Gustave Kervern/Benoït Delépine nous arrive enfin en salles après un décalage de plusieurs mois. Fort d’un prix du scénario à Berlin et d’une belle réputation, le film peut être découvert dans un contexte particulier mais intéressant, à l’heure où les salles tentent de survivre sans les mastodontes américains. De manière symbolique on peut aussi dire qu’il s’agit du premier grand film traitant des conséquences du mouvement des Gilets Jaunes, près d’un an et demi après leur naissance. Mais si le spectre de la révolte et des manifestations rôde, les réalisateurs prennent pourtant le parti de partir dans le Nord de la France pour y développer leurs personnages. Un choix éloquent quand on sait les différences entre Paris et le reste de l’Hexagone vis-à-vis de la crise.


On se retrouve donc à suivre les tranches de vie tragi-comiques de trois personnages, campés respectivement par Denis Podalydès, Blanche Gardin et Corinne Masiero. Chacun vit une existence normale mais morne, solitaire et dénuée d’aventures. Entre petits boulots et précarité, le film prend un autre tournant quand une sex-tape finit par tourner, mettant en péril l’intégrité de l’un de nos personnages… Le film part très bien, introduction efficace d’une bande d’amis de classe plus ou moins moyenne, mais sans mépris de classe ni dédain. Chacun parqué dans une maison au cœur d’une banlieue calme et désertée, les enjeux se mettent rapidement en place, avec la complicité d’une ribambelle de caméos amusants et qui s’accordent à merveille à la symphonie du trio principal. Il ne faut pas attendre longtemps avant de voir la mélancolie de ces existences remonter à la surface. Notamment via le très beau personnage de Blanche Gardin avec de plus en plus de secrets au fur et à mesure que le film déroule sa suite de péripéties. Rapidement, on va bien au-delà de leur amitié sincère, nouée autour d’un rond-point avec un gilet jaune sur leurs épaules (très belle séquence, en forme d’interrogation sur l’héritage de ces manifestations et les liens qu’apportent les luttes politiques).



Kervern et Delépine oblige, l’humour absurde pointe rapidement le bout de son nez. Si la réflexion sur les réseaux sociaux atteint vite ses limites, c’est tout de même pour eux l’occasion d’explorer la nature de certains liens et une sorte de mise en garde de nos rapports affectifs avec les marques. L’épilogue qui emmène l’un des personnages sur les traces d’une mystérieuse femme, si elle se révèle vite prévisible, tend vers du Spike Jonze, un cocktail pas déplaisant même s’il finit par tourner en rond et accumuler les longueurs. C’est peut-être dans son rythme, d’ailleurs, que Effacer l’Historique déçoit un peu. En voulant privilégier un rythme presque aussi languissant que ses personnages, on finit par perdre le fil et attendre la fin, le dernier tiers paraissant à ce titre trop artificiel et longuet malgré la beauté et la drôlerie de certaines séquences. On regrette d’autant plus que Corinne Masiero en soit d’ailleurs quasiment absente – sa présence et son charisme font d’elles le joker du film, et peut-être le personnage dont le propos sur l’ubérisation est le mieux écrit et le plus amer. On aurait peut-être aimé quelques minutes en moins dans l’historique d’ Effacer l’Historique, comédie dramatique loin d’être honteuse et même très attachante, qui nous interroge sur nos rapports à nos téléphones autant qu’à notre rapport à nos luttes et à ce qu’on peut en tirer lorsque le pacifisme ne fonctionne pas. Excellent trio d’acteurs et mise en scène inspirée : oui, il y a des choses à voir en salles au cinéma en ce moment.

Titre Original: EFFACER L’HISTORIQUE

Réalisé par: Benoît Delépine & Gustave Kervern

Casting : Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero

Genre: Comédie, Drame

Sortie le: 26 août 2020

Distribué par: Ad Vitam

BIEN

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