J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Claude Sautet

Cher Claude Sautet,

20 ans! 20 ans déjà que le temps vous a emporté loin de nous, vous et vos emportements colériques ou amoureux, tendres et bouillonnants. 20 ans que votre voix s’est perdu dans la solitude de nos nuits, que votre regard sur nos passions et nos tourments s’est éloigné, que vous vous êtes évanoui dans la porte à tambour de vos brasseries de prédilection. 20 ans que vous nous avez laissé nous débattre avec nos rêves et nos angoisses. Et pourtant vous êtes toujours là. Votre voix, ce timbre heurté et ce débit précipité, cette mélancolie qui imprègne votre oeuvre, ces amitiés indéfectibles et cette manière à nulle autre pareille de parler des choses de la vie avec le filtre de la fiction mais aussi avec cette sensation de sincérité et de vérité qu’on ne se lassait pas d’admirer.

Les Choses de la vie, César et Rosalie, Vincent, François, Paul… et les autres, Une Histoire simple, Un cœur en Hiver, Nelly et M. Arnaud… Tous ces films, ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire des spectateurs et des téléspectateurs. Et dans la mienne forcément. Vous avez laissé une empreinte vivace dans mon âme de cinéphile, une émotion sans cesse renouvelée par votre art de parler vrai avec un ton universel mais qui n’appartenait qu’à vous. Je vous en dois des moments forts avec cette impression de voir la vie se dérouler sur l’écran, ces destins tourmentés et contrariés, ces amours qui se font et se défont, ces accents de poésie, cette pluie battante, ces volutes de fumée de cigarettes, ces vitres qui réfléchissent les âmes blessées… Et pour montrer tout ça vous avez travaillé avec les plus grands, eux qui devant vos yeux ont joué leurs plus belles partitions et qui dans vos mains étaient comme des stradivarius… Romy Schneider bien sûr, Michel Piccoli, Yves Montand, Patrick Dewaere, Daniel Auteuil ou encore Emmanuelle Béart .

J’aime tout dans votre cinéma, sans réserves, c’est votre manière de concevoir cet art qui m’émeut et qui m’épate, lé côté artisanal que vous donniez l’impression d’apposer à votre travail l’anoblit véritablement à mes yeux. Votre intérêt pour la langue aussi, avec l’aide de vos fidèles co-scénaristes (Jean-Loup Dabadie, Claude Néron, Jacques Fieschi, Jérôme Tonnerre,…), votre science du dialogue et la finesse de vos observations, tout cela n’a fait que renforcer mon admiration à votre égard. Même Garçon, qui n’est pas votre meilleur film, loin s’en faut, parle autant à mon cœur d’homme qu’à celui du cinéphile, de la valse des mouvements que vous captiez dans cette brasserie parisienne au charme immense de Montand, même dans les moments les plus anodins, la carcasse trainante et les yeux de chien battu de Villeret, la faconde et la bonhomie du génial Bernard Fresson… J’envie tout ceux qui ne vous connaissent pas d’avoir à découvrir tous ces chefs-d’œuvre que vous avez à votre actif et qui devraient les toucher, les bouleverser, les renverser… Car c’était ça la promesse de voir un film de Claude Sautet c’était de sauter à pieds joints dans la vie et d’être tantôt ému, tantôt amusé par ce maelstrom de sentiments qui vous assaillaient. C’était le bonheur d’Une Histoire Simple mais tellement plus  complexe qu’il n’y paraît, c’était voir exprimer des sentiments intérieurs que les mots pouvaient difficilement retranscrire, c’était ressentir une atmosphère, un climat et vivre par procuration des vies qui ressemblaient aux nôtres. C’était filmer l’indicible avec une bouleversante acuité.

François Truffaut parlait de vous magnifiquement notamment dans L’Avant-scène Cinéma consacré à Vincent, François, Paul et les autres  en disant que « Claude Sautet est têtu, Claude Sautet est sauvage, Claude Sautet est sincère, Claude Sautet est puissant, Claude Sautet est français, français, français. » avant de conclure que « Vincent, François, Paul et les autres », c’est la vie, Claude Sautet, c’est la vitalité. » Un parfait résumé de votre œuvre d’ailleurs, dont certains instantanés me reviennent en mémoire à l’instant d’écrire ces lignes:  La rencontre entre Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo dans Classe Tous Risques, les tonneaux de la voiture de Piccoli dans Les Choses de la vie, l’ultime lettre de Rosalie dans César et Rosalie, la colère phénoménale de Piccoli dans Vincent, François, Paul et les autres, la beauté terrassante de Romy Schneider marchant dans la rue dans Une Histoire simple, Monsieur Arnaud regardant Nelly dormir dans Nelly et monsieur Arnaud et tant d’autres.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Votre cinéma, cher Claude Sautet, c’est le nôtre, non pas seulement celui de la France de Pompidou et Giscard, mais celui qu’on emporte dans nos cœurs pour toujours, celui dans lequel on se sent bien et on se love pour nous aider à surmonter nos tracas et nous permettre de mieux vivre avec nos problèmes. Votre cinéma c’était l’humanité brute dans ce qu’elle a de plus touchante. Pourrais-je jamais vous remercier comme il se doit de vos offrandes? J’en doute, mais je vous garde une place bien au chaud au firmament des artistes pour lesquels j’éprouve la plus grande et indéfectible admiration. Je ne vous dis pas adieu car pour moi vous êtes toujours bien vivant, votre cœur palpite dans vos films et ce sentiment perdure, quand bien même 20 années se sont écoulées depuis votre disparition.

Votre dévoué Fred Teper.

 

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