Summer Fever 2020

SUMMER FEVER 2020: Une sélection cinéma préparée par la rédaction – Episode 14

Durant tout l’été la rédaction va vous accompagner avec des sélections de films à voir et à revoir, des découvertes à faire, des curiosités à explorer, des films doudous à savourer, des blockbusters, des séries B voire même des nanars pour s’éclater… Un été cinéma même chez soi, pour que cette année particulière reste aussi celle de la célébration de cet art qu’on dit 7ème mais qui reste le premier dans nos cœurs.

BIG MAN JAPAN (2007)

big man japan affiche cliff and co

SYNOPSIS: Dai Sato mène une vie des plus routinières, perpétuant ainsi la tradition familiale. Il doit contribuer à maintenir la paix. Mais la plupart des gens lui dénigre cette responsabilité. C’est un film sur les relations humaines : relations de Dai Sato, avec son agent, avec son ex-femme, sa fille et son grand- père souffrant de démence.

Derrière des airs de navet intersidéral, sans aller jusqu’à dire qu’il se cache un film d’auteur, il y a quand même un réalisateur et un dispositif qui méritent qu’on s’y attarde. Le fêlé qui a réalisé cet « ofni » est Hitoshi Matsumoto, comique japonais jouissant d’une grande notoriété et qui a même endossé le costume d’animateur télé et de chanteur. Big Man Japan est tourné à la manière d’un faux reportage, alternant les interviews du super héros dans son quotidien avec des scènes de combat totalement improbables. Ce super héros incarné par Hitoshi Matsumoto, vit seul avec son chat, est peu bavard, assez antipathique, sale, bref on est loin des clichés habituels. Il vit comme un ermite en attendant de recevoir un appel pour combattre en pleine ville contre un monstre sorti de nulle part. L’idée de départ était séduisante : montrer le quotidien de ce « big man » un peu loser, nostalgique du statut de héros qu’avaient ses aînés (on est géant de père en fils) et qui vit assez misérablement grâce aux retransmissions télé de ses exploits. A l’ère du divertissement de masse, notre Big Man aka «le roi de la douleur» (surnom donné par les télévisions) est donc un héros qui cachetonne, va jusqu’à afficher des sponsors sur son corps et dont la reconnaissance dépend entièrement de la télévision. Matsumoto a déclaré que le big man était une métaphore sur la place qu’il occupe dans le milieu du show-biz, sur l’obligation d’occuper sans cesse le terrain médiatique pour continuer d’exister. Le film durant près de 2 heures, il devient difficile de ne pas trouver la mécanique longue et répétitive (documentaire sur la vie du héros/ présentation du combat à l’aide d’une fiche signalétique du monstre/ combat) d’autant qu’il souffre quand même d’une partie documentaire très laborieuse, puisque ne reposant que sur les interviews d’un héros très peu bavard, qui parfois ne répond même pas aux questions souvent affligeantes d’un journaliste dont on ne voit jamais le visage. Vu le vide abyssal qui ressort de ces interviews, gageons aussi que Matsumoto se moque aussi du genre documentaire, sauf à admettre que le film est vraiment très mal écrit et interprété. Au-delà du pseudo sous-texte du film, on est surtout devant une parodie des films de monstre, tous plus ridicules et improbables les uns que les autres, notamment un dont les bras sont soudés et forment une sorte de gigantesque élastique grâce auquel il entoure et soulève les immeubles. Ce monstre étant en plus affublé d’une grotesque mèche qu’il rabat régulièrement dans un mouvement de tête très « parce que je le vaux bien ». Au bout de quelques minutes, on finit même par n’attendre que ces combats qui eux même finissent par devenir lassants, frustrants parce que très courts puis carrément ridicules pour le final du film. On est donc devant un petit film parfois drôle et sympathique mais qui ne tient pas ses promesses et s’avère très anecdotique. Il faut plutôt le prendre comme une première prise de contact avec l’univers très décalé de Matsumoto.

HIMIZU (2011)

Himizu AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Après le tremblement de terre et le tsunami de la vie de Yuichi Sumida est bouleversée, n’ayant aucun rêve dans la vie il souhaite mener une vie normale et tranquille cependant son environnement le traîne à plusieurs reprises dans la boue. Il doit gérer la boutique de location de bateau de ses parents. Sa mère alcoolique vient fréquemment à la maison avec différents hommes puis l’abandonne. Son père, lui, vient seulement lui réclamer de l’argent lui répétant sans cesse « J’aurais aimé que tu n’existes pas ».

Le mystère Sono Sion continue et s’épaissit même de film en film. Comment un réalisateur qui enchaîne les chefs d’œuvre depuis plusieurs années, peut il encore être aussi mal distribué dans les salles françaises et ne même pas avoir les honneurs d’éditions dvd / bluray dignes de son talent ?? Pour voir un film de Sono Sion, il faut faire preuve d’une certaine abnégation. Il faut déjà parvenir à le trouver dans une édition dvd plus ou moins correcte ou à défaut quelque part sur internet. Puis il faut se débarrasser de tous préjugés, accepter de se laisser manipuler, de regarder parfois des scènes qui paraîtraient totalement gratuites et outrancières chez n’importe quel autre cinéaste mais qui au final font terriblement sens et vous laissent totalement ko. Avec Himizu, Sono Sion continue de faire voler en éclat l’image policée de la famille japonaise comme il l’avait déjà fait avec brio notamment dans Suicide Club, Cold Fish et Strange Circus. Vous verrez donc un père ivrogne répéter à son fils qu’il aurait voulu qu’il meurt lors du tsunami, ce qui lui aurait permis de toucher l’assurance ; une mère totalement absente qui, du jour au lendemain, désertera le foyer familial pour aller vivre avec son nouveau compagnon un destin à la Bonnie & Clyde et sans la dévoiler, une scène (d’une puissance telle qu’elle vous clouera à votre fauteuil) au cours de laquelle Sumida laissera exploser toute sa colère contre son père. Comme toujours avec Sono Sion, derrière l’outrance se cache l’âme d’un poète punk et au milieu de toute cette folie, une jeune fille répète en boucle un poème de François Villon, notamment un vers qui sera le thème principal de ce film dans lequel ses personnages questionnent sans cesse leur identité : « Je reconnais tout, sauf moi-même ». Le Tsunami ayant frappé le japon juste avant le tournage, Sono Sion a décidé d’ancrer son récit au cœur de cette tragédie, ce qui lui confère encore plus de puissance. Le ton est d’ailleurs tout de suite donné puisque c’est sur un long travelling au milieu des décombres laissés par le Tsunami que s’ouvre le film. Dans ce chaos et au milieu de cette famille totalement dysfonctionnelle à mille lieues de tous les clichés sur la famille japonaise, Sumida s’interroge sur le sens de son existence, ne voyant guère d’autre horizon que le suicide. Sono Sion fait se télescoper le destin de Sumida avec celui de Keiko, dont on ne sait pas grand-chose au fond si ce n’est qu’elle a 2 passions dans la vie : Les poèmes de François Villon, dont un qu’elle répète jusque parfois se plonger dans un état proche de la transe et Sumida qui l’obsède totalement au point de lui vouer un culte sans limite. Mais ne vous attendez pas à une belle histoire d’amour permettant à Sumida de trouver la voie du bonheur. Ici on est plus proche d’une relation sadomaso entre 2 écorchés vifs et Sumida en particulier qui refuse toute l’attention que lui porte Keiko. Même si cette relation évoluera lentement, ne vous attendez pas non plus à un happy end. Pour autant, on ne peut que se laisser porté par le souffle, le lyrisme qui font contrepoint à la violence toujours latente et omniprésente qui traverse Himizu. Dans quel autre film pourra t’on voir un sdf crier à la mort « dites moi qui je suis?? » alors qu’il s’apprêtait à tuer un chanteur de pop japonaise? Avec Himizu, Sion confirme que s’il est un immense cinéaste, il est, avant tout, un artiste intègre et engagé, un contestataire, un dynamiteur de conventions, un poète punk.

SUICIDE CLUB (2003)

suicide club affiche cliff and co

SYNOPSIS: 54 lycéennes se jettent simultanément sous une rame du métro, considéré comme un « fait divers », il s’agit en réalité d’une vague de suicides qui va se répandre à vive allure dans tout le pays. Kuroda, un détective est chargé de l’enquête…

Au delà d’être un film totalement atypique et d’une violence totalement assumée, cherchant clairement à bousculer le spectateur, Suicide Club est aussi et presque avant tout le film d’un véritable artiste qui vient casser et se moquer de l’image totalement kitsch et artificielle que renvoie le japon et qui fait exploser les clichés sur la petite famille japonaise bien propre sur elle. A une scène choc, succède une scène d’une grande légèreté, le drame et la comédie, l’absurde et la plus sombre des réalités de la société japonaise s’entrechoquant en permanence. La scène d’ouverture annonce directement la couleur avec cette caméra qui rentre sur un quai de métro bondé puis se fraye un chemin dans la foule, à la manière d’un énième reportage sur l’extrême densité urbaine du Japon. Puis, sans la moindre peur, sans que rien ne laisse paraître leur intention, des écolières se prennent la main et sautent joyeusement sous le métro…dans une explosion de chair et de sang. Cette scène trouvera un écho un peu plus tard avec des lycéens que l’on pense d’abord jouer à un jeu de mauvais goût pour se faire peur et tester leur courage alors que le geste fou et tragique de ces jeunes écolières semble avoir déclenché une vague de suicide dans le pays. Sono Sion filme ces scènes avec un grand détachement en prenant un malin plaisir à déverser des litres d’hémoglobine et à choquer en ne nous épargnant aucun détail . Les changements de ton et de rythme (les passages de j pop qui arrivent comme un cheveu dans la soupe mais ne sont jamais placés là par hasard), les saillies gores qui traversent le film lui confèrent une force inégalable. C’est ce que j’aime dans le cinéma : il peut faire naître un plaisir simple et immédiat comme il peut aussi nous pousser dans nos retranchements et nous faire perdre nos repères, susciter des sentiments très contradictoires devant une scène d’une violence et d’une perversité à priori insoutenable. Sono Sion est le maître absolu en ce domaine. Ce film totalement barré souvent gore et presque poétique est aussi un film politique. Cette liberté de ton absolue n’est pas seulement au service d’une volonté de se défouler et d’être iconoclaste,  elle sert un propos d’une très grande radicalité sur un pays régit par des conventions sociales très strictes qui étouffent les souffrances de ses habitants.

TOKYO SONATA (2008)

tokyo sonata affiche cliff and co

SYNOPSIS: Tokyo Sonata dresse le portrait d’une famille japonaise ordinaire.
Le père, licencié sans préavis, le cache à sa famille.
Le fils ainé est de plus en plus absent.
Le plus jeune prend des leçons de piano en secret.
Et la mère, impuissante, ne peut que constater qu’une faille invisible est en train de détruire sa famille.

Le film s’ouvre sur la nouvelle réalité économique du Japon: l’embauche de deux travailleurs chinois à la compétitivité imbattable et le licenciement immédiat et sans ménagement d’un travailleur japonais. Ce travailleur c’est Ryûhei Susaki, directeur administratif dont personne n’avait jusqu’alors remis en cause la qualité du travail. L’organisation du travail au Japon ayant longtemps reposé sur le système de l’emploi à vie, le chômage est vécu comme un véritable drame et même une honte pour le travailleur qui cherchera souvent à cacher la réalité de sa situation. C’est ce drame que va vivre Ryûhei Susaki dont la plus grande peur sera que sa femme et ses deux enfants apprennent son licenciement. La première partie du film est centrée sur le parcours de Ryûhei et les nombreuses humiliations auxquelles il devra faire face (un entretien d’embauche totalement surréaliste et terriblement humiliant, un nettoyage de toilettes particulièrement sales dès sa première journée de travail comme agent d’entretien dans un centre commercial). Puis le film basculera progressivement pour se focaliser sur  son épouse, Megumi, qui doit aussi s’occuper de son plus jeune fils qui sèche les cours pour suivre des cours de piano et de son fils aîné qui s’engage dans l’armée américaine. Elle se révélera beaucoup moins discrète et parfaite qu’elle ne le laisse paraître et elle aura même les honneurs de ce qui est pour moi la plus belle scène de tout ce sublime film. La mise en scène est extrêmement sobre et recourt même souvent aux plans fixes pour filmer l’intérieur de la maison des Sasaki. Le drame est là, palpable dans chaque plan, sans besoin de surligner, de tomber dans le piège du pathos. Film sur la déliquescence du modèle social japonais, sur l’errance, la recherche d’identité et la possibilité d’un nouveau départ, Tokyo Sonata sonne terriblement juste de bout en bout, n’est jamais misérabiliste et offre même de vrais et beaux moments de poésie dont seul le cinéma asiatique a le secret. Avec Tokyo Sonata, Kurosawa s’éloigne de son univers pour signer un film indispensable, un chef-d’oeuvre.

 

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