Critiques Cinéma

A SCENE AT THE SEA (Critique)

SYNOPSIS: Un jeune éboueur sourd-muet se prend d’une passion obsessionnelle pour le surf. Soutenu par le regard protecteur de sa fiancée, sourde-muette comme lui, le jeune homme progresse, d’apprentissages éprouvants en compétitions harassantes, jusqu’à ce que la mer les sépare.

Le début de carrière du japonais Takeshi Beat Kitano en tant que réalisateur fut assez prolixe puisqu’il enchaîna trois films sur trois années successives à partir de 1989. A scene at the sea, réalisé en 1991, s’éloigne radicalement de l’univers violent et mafieux de A Violent Cop et Jugastu pour nous emmener à la rencontre d’un jeune éboueur qui se prend de passion pour le surf. Le metteur en scène fera régulièrement des allers-retours entre un cinéma considéré comme plus romantique et un cinéma violent et brutal. Ainsi, juste après A scene at the sea, il tournera Sonatine en 1993, un des ses films les plus connus, pour retrouver l’univers des yakuzas. A scene at the sea part d’un postulat assez simple : un sourd et muet, éboueur de profession, rafistole une planche de surf trouvée parmi les ordures. Il se prend de passion pour cette activité jusqu’à s’inscrire à des compétitions professionnelles et délaisser son métier. Avec ce pitch, le film joue sur deux tableaux, à la fois un cinéma social et à la fois un cinéma plus intimiste et minimaliste. Le volet social est traité à travers une bande de surfeurs qui se rient de ce nouvel arrivant si maladroit sur sa planche. Avec de superbes combinaisons, ces surfeurs se moquent du style rustique de ce sourd muet, éboueur qui plus est, débarquant de nulle part. Ce dernier va leur prouver, grâce à son courage et sa détermination qu’il faudra dorénavant compter sur lui. Ce retournement de situation est fait de manière très fine, délicatement tout comme l’histoire d’amour entre ce surfer et son alter-ego féminin.



En effet, ce surfeur est accompagné par une sourde-muette qui le suit un peu partout. On ne sait pas trop pourquoi elle a décidé de le suivre et de le contempler sur sa planche. Elle se laisse simplement guider par la vie, par des rencontres fortuites. Côte à côte sur les grandes routes pavés qui mènent jusqu’à la plage, on se prend d’affection pour ce couple peu glamour qui se complète de manière naturelle sans fioriture grâce à cette planche qu’ils trimballent tous les deux. Lui est un personnage renfermé et taciturne qui se laisse charmer par cette jeune fille plein d’énergie et amusante. On voit ce personnage féminin restée des heures à observer ce jeune homme tomber, se relever et recommencer, le tout railler par les autres surfeurs. La grande réussite du film repose sur ce personnage qui ressent à travers son visage et son regard le dur apprentissage de son petit-ami tout en lui apportant ce petit grain de folie qui lui manque dans cette quête.



Le côté poétique du film est principalement rendu par l’utilisation de plans fixes de la part de Kitano et d’une musique très lyrique avec dans un premier temps l’utilisation de morceaux de piano apaisants qui nous font immédiatement penser aux gymnopédies d’Erik Satie puis dans un second temps, l’utilisation d’un thème plus éruptif avec ces multiples instruments (violons, pianos, instruments à cordes..) qui vient parfaitement conclure le film qui se veut le plus épuré possible : on note que les scènes de surf ne sont pas très dynamiques mais filmés comme le reste du film. Kitano ne cherche pas à faire du sensationnel mais recherche un forme de mélancolie dans cette pratique sportive. Le surf est ainsi transformé en métaphore sur la vie en général et a fortiori la vie d’un couple fait de hauts et de bas. Kitano nous invite à persévérer, à ne pas se laisser abattre dans la difficulté et surtout se reposer sur les personnes qui ont foi dans nos capacités. En ces temps qui courent, il est plaisant de voir un long-métrage optimiste, à l’opposé du pessimisme ambiant, tout cela fait, avec naïveté et simplicité. Le cadre du film sur ces immenses plages et le choix de prendre comme personnages principaux des sourds-muets complète le côté apaisant et poétique de ce film. Un vraie réussite.


Le médiabook contient :

  • Le DVD et le Blu-Ray du film réalisé par Takeshi Kitano en version restaurée
  • Le CD de la B.O. de Joe Hisaishi en exclusivité
  • Un livret de 40 pages sur les coulisses du film
  • Bonus : une présentation du film par Stéphane du Mesnildot

 

Titre Original: ANO NATSU, ICHIBAN SHIZUKANA UMI

Réalisé par: Takeshi Kitano

Casting : Kuroudo Maki, Hiroko Oshima, Sabu Kawahara

Genre: Romance, Comédie dramatique

Sortie le: 23 juin 1999

En mediabook : le 18 juin 2020 chez La Rabbia

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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