J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Michel Piccoli (Hommage)

Cher Monsieur Piccoli,

 

Je m’en veux toujours lorsque je prends la plume pour un hommage que j’aurais espéré pouvoir réaliser du vivant de l’artiste auquel je m’adresse. Je me dis que j’aurais dû avoir le courage, l’audace de m’adresser à vous alors que vous étiez encore dans la capacité de me lire. Mais vous savez tout ça, la vie, les hésitations, les attentes puis les regrets. Je ne l’ai pas fait voilà. Aujourd’hui que vous n’êtes plus là, la pudeur s’efface et je me dois de vous dire que vous faites partie de ces acteurs qui resteront éternellement dans mon cœur. Forcément, déjà pour vos performances dans les films de mon réalisateur préféré, Claude Sautet mais aussi pour tant d’autres rôles auxquels vous avez prêté une dimension, une exubérance, une densité, une folie, qui font les grands acteurs.

Des rôles marquants, votre filmographie en regorge évidemment mais comme pour chaque spectateur j’entretiens un rapport plus intime avec certains d’entre eux car ils sont plus conformes à ma personnalité et à ma sensibilité. Jusqu’à votre rôle dans Le Doulos en 1962 vos apparitions se comptent par dizaine mais c’est du film de Melville que je marque le début de mon admiration à votre égard. Je ne l’ai découvert que bien plus tard mais j’ai tout de suite éprouvé pour votre jeu, pour votre phrasé, pour votre regard, un vif intérêt. Vinrent ensuite Le Mépris de Godard, Compartiment Tueurs de Costa-Gavras, Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, Belle de Jour de Luis Buñuel, Benjamin ou les Mémoires d’un puceau de Michel Deville, L’Etau d’Alfred Hitchcock (ça vous classe un acteur même si de votre propre aveu ce n’est pas le meilleur film du Maître du Suspense)… Une liste qui ferait pâlir d’envie le plus chevronné des comédiens. Puis en 1969, Les choses de la vie de Claude Sautet. Un chef-d’oeuvre absolu, une merveille de film où Pierre et Hélène deviennent le couple emblématique de ces petits riens qui forment un grand tout. Et dans la foulée l’extraordinaire Max et les ferrailleurs, autre bombe atomique signée Sautet où vous et Romy Schneider éclaboussaient l’écran de votre classe. Avec La Grande Bouffe en 1973 c’était les excès dont vous étiez capables à l’écran qui surprenaient, des excès qui se prolongèrent dans une scène mythique dite du gigot de Vincent, François, Paul et les autres où vous crachiez votre ras-le-bol après qu’une énième goutte d’eau ait fait déborder le vase des non-dits. J’aime ce film d’un amour incommensurable et vous n’y êtes pas pour rien, je vous y trouve tout simplement fabuleux, dans la lassitude, la colère qui explose… J’aurais voulu être de ces autres autour de Montand, Reggianni et vous parce que forcément on se retrouve dans ces morceaux bruts d’humanité que vous exsudiez. Deux ans plus tard dans Mado, votre dernier film avec Claude Sautet, le Simon que vous interprétiez était tout aussi intérieur et rentré et vous jouiez à la perfection ces sentiments pas spécialement simples à aborder mais que vous maîtrisiez parfaitement.

Il faudrait les citer quasiment tous vos films suivants mais cet article deviendrait vite un catalogue. Et pourtant comment ne pas évoquer Sept morts sur ordonnance, René la Canne, Des enfants gâtés, Le Sucre, Une étrange affaire, Espion, lève-toi, La Passante du Sans-Souci, Que les gros salaires lèvent le doigt !, Le Prix du danger, La Diagonale du fou, Péril en la demeure, Mauvais Sang, Milou en mai, La Belle Noiseuse, Habemus papam… Des personnages inoubliables, des envolées tantôt lyriques, tantôt poétiques, une étincelle dans le regard et vous emmeniez sur les plus hautes cimes ceux à qui vous prêtiez vos traits. Une cathédrale que cette filmographie (et encore je n’ai évoqué ni le théâtre ni la télévision). Impressionnante de bout en bout, maîtrisée et sincère, faite de découvertes et de curiosité, d’emballements et de passion. Mais que savions-nous de vous réellement cher Michel Piccoli ? Sinon de ces bouts de vous que vous donniez par intermittences sur ces écrans où la vie palpitait. Pas ou peu de choses mais l’essentiel était là. Vous étiez un immense artiste dont le talent et l’aura rayonneront encore longtemps dans nos cœurs et nos mémoires car on ne vous oubliera jamais, Pierre, François, Max, Simon et les autres se chargeront de vous rappeler à notre bon souvenir.

Votre dévoué Fred Teper.

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