Critiques

THE EDDY (Critique Mini-Série) Épisodes 1×01 – 1×04 Un récit décousu sauvé par un flow aérien…

SYNOPSIS: Autrefois célèbre pianiste de jazz new-yorkais, Elliot Udo est désormais le patron de The Eddy, club ayant connu des jours meilleurs. Il y dirige un orchestre où se produit la chanteuse Maja qui est aussi sa petite amie occasionnelle. Tandis qu’Elliott découvre que son associé Farid est sans doute impliqué dans une affaire douteuse, d’autres secrets éclatent au grand jour qu’Amira , la propre épouse de Farid, ignorait. Et quand la fille d’Elliot, Julie, adolescente perturbée, débarque soudain à Paris pour vivre avec son père, l’univers personnel et professionnel de celui-ci s’effondre peu à peu. Car il doit affronter les fantômes du passé tout en se démenant pour sauver le club et protéger ceux qui lui sont chers. 

En quatre films (même si son galop d’essai Guy and Madeline on a Park Bench reste inédit en France) Damien Chazelle a inscrit son nom en lettres d’or dans l’Histoire du cinéma. Whiplash était une vraie claque inattendue, La La Land une expérience magistrale et First Man une immersion sensitive extrêmement puissante. Le voir arriver à la tête d’une série avait quelque chose de très excitant d’autant plus que le sujet de The Eddy paraissait taillé sur mesure pour le jeune réalisateur franco-américain. Pourtant si la série est bien estampillée du nom du metteur en scène, il se contente de la produire et d’en réaliser les deux premiers épisodes, bien qu’il fut associé au projet dès 2014 par l’intermédiaire d’Alan Poul (Angela 15 ans, Six Feet Under). Showrunnée par Jack Thorne (Skins), The Eddy se présente comme une mini-série très ambitieuse mais disons-le d’emblée en se privant de la personnalité de Chazelle sur l’ensemble des huit épisodes (Houda Benyamina (Divines), Laïla Marrakchi et Alan Poul réalisent les six autres), elle apparait déséquilibrée quand bien même les talents qui la composent sont tous excellents. Le choix de faire réaliser quatre blocs de deux épisodes par un metteur en scène différent ne permet pas de donner une réelle cohérence au show et les propos de Chazelle qui indique en interview avoir choisi de tourner le premier bloc comme un film tout en précisant qu’il n’avait jamais fait de télévision avant et que ses références étaient uniquement cinématographiques démontre à nouveau qu’un réalisateur débarquant sur un médium qu’il ne maîtrise pas, ne peut pas l’embrasser réellement sans en connaitre tous les tenants et les aboutissants. Cette façon de plus en plus récurrente de faire de la télévision en empilant des noms prestigieux aux manettes avec une méconnaissance flagrante des meilleures moyens de construire une série donne des œuvres certes pas exemptes de défauts mais dont l’unité sérielle laisse trop souvent à désirer. Par ailleurs, ce mépris qui ne dit pas son nom pour la série télévisée de la part des artisans du septième art continue de nous agacer prodigieusement car non les séries ne sont pas le parent pauvre du cinéma, il s’agit de deux médias aux grammaires différentes.

Passé ce constat, que vaut The Eddy ? Les deux premiers épisodes signés Damien Chazelle sont donc sensés établir notamment ce que sera l’esthétique de la série par la suite et la note d’intention est claire. The Eddy est une série dont le style documentaire est prégnant, une impression de prise sur le vif tournée pour beaucoup caméra à l’épaule et proposant la vision d’un Paris cosmopolite, réaliste et loin des poncifs touristiques parfois représentés pour dépeindre la capitale à l’écran. Ce style s’impose d’emblée et l’image pas toujours immaculée, ni propre sur elle contribue à apposer une patte esthétique reconnaissable et singulière, impression confirmée par les scènes musicales tournées en live sur le plateau qui renforcent l’aspect naturaliste de la série que le chef opérateur, Éric Gautier retranscrit parfaitement. La musique est le centre névralgique de The Eddy et elle impulse son rythme, circule dans les veines de séquences syncopées et nous fait taper du pied et dodeliner de la tête. C’est un vrai régal à ce niveau là (c’est Glen Ballard, producteur ayant notamment travaillé avec Michael Jackson qui est à la baguette) et rien que pour ça The Eddy vaut le détour. On pense par moments forcément à un savant mélange entre Treme de David Simon et la liberté débridée qui prédominait dans les films de la Nouvelle Vague (A bout de souffle notamment)

Est-ce pour autant suffisant? Est-ce que les performances musicales qui irriguent la série suffisent à en faire un objet sériel totalement recommandable? Est-ce que le casting formidable (André Holland (parfait), Amandla Stenberg (singulière), Joanna Kulig (renversante), Tahar Rahim (attachant) et Leïla Bekhti (émouvante) ) suffit à nous faire oublier les scories d’écriture et des situations déjà vues ? Non car ce qui prédomine ici c’est malheureusement un récit décousu, des moments épars qui semblent reliés artificiellement les uns avec les autres et un scénario qui avance cahin caha sans paraitre se soucier de suivre un chemin savamment orchestré. Les différentes composantes de The Eddy sont toutes qualitatives mais elles semblent trop rangées dans des compartiments étanches pour donner un ensemble virtuose. Les épisodes sont longs (entre 54 et 69 minutes) et une certaine lenteur et langueur contemplatives font que tout cela paraît bancal et que l’on s’ennuie même parfois dans des intrigues pas réellement passionnantes. Ce Paris qui brasse les langues et les nationalités, cet univers baigné de jazz, ces histoires contrariées d’un père et de sa fille et cette enquête policière qui s’ajoute au tableau forment un ensemble hétéroclite, parfois prenant, parfois indigeste qu’un flow aérien parvient heureusement à rendre par moments réellement entêtant.

 

Crédits: Netflix

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