Critiques Cinéma

LOST HIGHWAY (Critique)

SYNOPSIS: Fred Madison, saxophoniste, soupçonne sa femme, Renee, de le tromper. Il la tue et est condamné à la peine capitale. Le film raconte l’histoire de cet assassinat du point de vue des différentes personnalités de l’assassin lui-même. 

David Lynch, le maître de l’étrange, est passé par beaucoup de sous-genres pour construire de véritables cauchemars pour hanter les jours et les nuits de ses spectateurs. Blue Velvet et le film policier, Elephant Man et le drame, Sailor et Lula et le road movie (même si ce dernier est moins un cauchemar qu’une fuite irréelle dans laquelle Nicolas Cage et Laura Dern incarnent des sortes de Bonnie et Clyde dans un univers improbable et décalé), ou encore son premier long-métrage, à savoir Eraserhead, qui grattait doucement à la porte du film d’horreur. Si chacune des occurrences du metteur en scène (en dehors de quelques exceptions notables) sont autant de possibilités d’aller plus loin dans sa volonté de peindre une réalité au-delà de Notre réalité, c’est parce que Lynch met un point d’honneur à sonder des âmes torturées, se débattant dans un monde qu’ils ne comprennent pas. Et comme tout artiste, ça commence par la sienne. Lost Highway ne fait pas exception à la règle. Et pour cause : c’est peut-être bien le film le plus abouti et le plus puissant de sa carrière.


Lost Highway, sorti en 1997, raconte deux histoires en une. D’une part, Fred Madison est un saxophoniste vivant à Los Angeles avec sa femme, qu’il soupçonne pourtant de le tromper. Lorsque le couple reçoit des vidéos très étranges sous forme de cassettes montrant l’appartement où ils vivent, la peur naît. D’autre part, Pete Dayton est un jeune garagiste qui entame une liaison interdite avec une femme. S’il est complexe de résumer ce film (comme bon nombre de pièces de la filmographie du bonhomme…), c’est parce que sa forme et sa narration brouillent les pistes, donnent de faux indices sur le déroulé de l’histoire (ou des histoires ?). Car Lost Highway est affilié au genre du thriller. On en a en tout cas tous les éléments : l’enquête de police menée par les deux équipiers, la menace constante d’une intrusion (physique ou psychologique), la suspicion  d’adultère, la liaison dangereuse… Mais en y réfléchissant plus en profondeur, ce n’est finalement  pas vraiment le thriller le sous-genre principal. Lost Highway est complètement un film noir moderne, sur fond de film expérimental. Chacune des deux histoires est un scénario classique de film noir, amenant très souvent une fin tragique où très souvent les envies des protagonistes sont contrariées. Dans ce film, David Lynch se joue des codes du genre, agitant son style et sa manie d’emmêler les narrations pour créer un univers à part. Le fameux Mystery Man qui lie les deux histoires au sein du film, ne serait-ce pas David Lynch, courant après ses personnages caméra au poing histoire de capter toutes leurs émotions ? Lost Highway est une mise en abîme. Du cinéma, de lui-même, de l’âme humaine. Lost Highway est le portrait d’un esprit torturé qui se débat pour essayer de comprendre son monde. Lynch le filme comme lui le verrait, et non pas de manière objective, c’est pour cette raison que la narration morcelée marche aussi bien. On est pendant plus de deux heures plongés dans un voyage halluciné à travers un esprit malade qui ne le sait pas, et tout le tragique de la situation est dans ce constat. En posant des situations et bases tangibles et réalistes, le metteur en scène vient désamorcer tout ça en balançant au visage du spectateur une série d’éléments contradictoires et terrifiants, transformant ce film noir classique en cauchemar.



Au-delà de tout cela, Lost Highway est construit en miroir. Les deux hommes, qui sont littéralement les deux faces d’une même pièce (idem pour leurs deux contextualisations), agissent l’un par rapport à l’autre. La structure bicéphale du récit met en exergue une schizophrénie profonde, comme un miroir déformant brisé en deux. Lynch sonde un esprit brisé et torturé pour le mettre en image, froidement et sans pitié. Si le film est si réussi, c’est qu’il parvient à dresser une galerie de personnages et de décors extrêmement hauts en couleur, qui nous tiennent en haleine et nous fascinent autant qu’ils nous terrifient. En étant constamment sur le fil tout en taquinant le film d’horreur pur et simple (l’angoisse et l’épouvante est constante et terriblement puissante), Lynch réunit un casting purement parfait, qui arrive à porter un propos aussi dur que celui de ce film. En tête d’affiche, on retrouve Bill Pullman et Patricia Arquette, soutenus par de grands noms tels que Robert Blake, Robert Loggia, Gary Busey ou encore Balthazar Getty.



Si Lost Highway se pose aujourd’hui comme l’un des films les plus réussis de son réalisateur (si ce n’est son plus réussi…) mais aussi le plus puissant de la carrière du maître de l’étrange, c’est parce qu’il allie parfaitement bien le jeu de piste qu’il affectionne tant à travers quelques objets récurrents que Lynch parsème au cours du film (la porte de l’appartement, les cassettes vidéos, le briquet…) et l’expérimental labyrinthique qui noie le spectateur dans un rêve éveillé duquel il ne sortira pas indemne. A l’instar de Mulholland Drive, Lynch met en scène un personnage qui éclate et une réalité morcelée. Constamment sur le fil de la réalité, les personnages voguent entre plusieurs points de repère, oscillant entre perte totale du contrôle des évènements et prises de conscience. Dans un duel schizophrénique dantesque et on-ne-peut-plus lynchien, le metteur en scène met tout son style et ses questionnements existentiels dans un métrage aussi terrifiant que pertinent. Il est rare de voir un film aussi dense que Lost Highway. Le cauchemar labyrinthique qu’il met en place perturbe, interroge, frappe, étonne, mais surtout, il fascine. A l’instar d’un mauvais rêve, finalement.

Titre Original: LOST HIGHWAY

Réalisé par: David Lynch

Casting : Bill Pullman, Patricia Arquette, Robert Blake

Genre: Fantastique

Sortie le: 15 janvier 1997

Distribué par: Ciby Distribution

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