Critiques Cinéma

DEEP END (Critique)

SYNOPSIS: Mike vient de sortir du collège et trouve un emploi dans un établissement de bains londonien. Susan, son homologue féminin, arrondit ses fins de mois en proposant ses charmes à la clientèle masculine. Amoureux jaloux de la jeune femme, Mike devient encombrant. 

Le moins que l’on puisse dire est que le réalisateur polonais Jerzy Skolimowski a vécu une vie assez rocambolesque. Ses deux parents furent de fervents résistants au nazisme durant la second guerre mondiale en Pologne. Son père décéda d’ailleurs dans les camps. Il déménagea ensuite avec sa mère à Prague un peu après la guerre où il connut Vaclav Havel et commença sa carrière de poète. A la suite de sa rencontre avec Andrzej Wajda, Skolimowski se tourne progressivement vers le cinéma en tant que scénariste (il signa le scénario du premier long-métrage de Roman Polanski). Mais très vite, c’est bien la mise en scène qui l’intéresse le plus. Après avoir réalisé quelques films en Pologne, la censure communiste le rattrape avec son film Haut les mains et il décide de s’expatrier. Après une première expérience éprouvante en Italie (Les aventures du Brigadier Gérard), il réalisa en 1970 à Londres ce Deep End qui constitue un des sommets de son œuvre. Deep End nous relate l’histoire de Mike, 15 ans, qui, ayant la volonté de s’émanciper de ses parents, trouve un travail dans un établissement de bains publics où il rencontre la mystérieuse Susan. Cette dernière exerce une fascination chez beaucoup d’hommes. Mike devient rapidement un de ses nombreux prétendants. Le choix de choisir John Moulder-Brown, 17 ans à l’époque, est d’entrée un choix payant car il a ce visage totalement innocent qui correspond parfaitement à l’intrigue du récit. On le sent mal à l’aise dans cette enceinte où les femmes viennent chercher un peu de réconfort. Il découvre le corps féminin qu’il ignorait totalement jusque-là. Susan est interprété par Jane Asher qui était connue à l’époque pour avoir été l’ex-compagne de Paul McCartney au plus fort de la Beatlemania. Avec son air nonchalant mais calculatrice, Susan sait qu’elle plait aux hommes. Elle parle de sexe de manière totalement libérée. A travers ce personnage, c’est toute la révolution sexuelle que Susan incarne.


Mike, qui découvre de nouvelles sensations comme le désir, le corps féminin et la sensualité, va rapidement déchanter à mesure qu’il côtoie les différents protagonistes de l’établissement et plus particulièrement Susan. En effet, les clientes agressent littéralement Mike pour avoir une relation charnelle avec lui alors que la plupart ont plutôt la cinquantaine et le professeur de piscine est un espèce de vieux beau qui touche les lycéennes à la moindre occasion durant le cours. Le metteur en scène appuie fortement sur la volonté des personnages à ne pas vouloir vieillir qui est une des conséquences de cette époque où l’écart d’âge n’avait pour certains plus trop d’importance. Ainsi il nous décrit ce professeur de manière peu flatteuse : on a face à nous un pervers a fortiori adultérin qui ne cherche qu’à séduire de la chair fraiche. Quant à Susan, qui a une relation avec ce professeur, elle est fiancée avec un personnage assez transparent mais qui possède une grande fortune et qui connait les lieux branchés. C’est grâce à l’achat d’une bague qu’il a réussi à convaincre Susan de se fiancer. Skolimowski en remet une couche sur cette époque trompeuse où sous couvert de libérer les mœurs, la société se tournait vers une détestable marchandisation des corps. Ce sentiment perdure lorsque Mike traverse les rues de Londres et est confronté à la prostitution et aux magasins qui vendent des objets à caractère sexuel. C’est tout le revers de la médaille que le réalisateur veut mettre en avant dans ce film.


Mais c’est bien le personnage de Susan qui déclenche la chute de Mike. S’étant rapidement attaché à elle, il va de déception en déception concernant son comportement. C’est en effet elle qui le prend en charge au début et qui lui explique le fonctionnement de l’établissement. Skolimowski utilise d’ailleurs la couleur pour mettre en avant ses personnages : alors que le décor des bains est assez terne avec des couleurs orangées et vieillottes, Susan et Mike sont mis en valeur par du bleu et du jaune. La couleur rousse des cheveux de Susan est également un des éléments qui met en exergue ce personnage. Le metteur en scène met clairement en opposition ces personnages avec ce lieu par ce prisme. Finalement, cet établissement va prendre possession des personnages : c’est par leur nudité que le metteur en scène va montrer, dans une dernière partie, que les protagonistes font totalement corps avec ces bains sales et tristes. Slolimowski nous donne une vision assez peu flatteuse de cette époque et a fortiori très misanthrope. En effet, le personnage de Mike sur lequel le spectateur s’est reposé va finalement lui aussi se perdre dans le tourment de cette décennie. On finit le film avec un sale arrière-goût dans la bouche car cette époque souvent idéalisée nous est montrée sous un nouveau jour. Rien que pour cela et au-delà de sa qualité formelle, Deep End vaut le détour.

Titre Original: DEEP END

Réalisé par: Jerzy Skolimowski

Casting : Jane Asher, John Moulder-Brown, Karl Michael Vogler

Genre: Drame, Comédie, Romance

Sortie le: –

Distribué par: –

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

 

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