Critiques Cinéma

DERAPAGES (Critique Mini-Série) Pari réussi !

SYNOPSIS: Un cadre usé par le chômage part en guerre contre le système qui l’a trahi… Dérapages suit l’engrenage d’un homme prêt à tout pour retrouver sa place dans la société et au sein de sa famille.

Ce jeudi débarquent sur Arte les trois premiers épisodes de Dérapages d’après le roman Cadres Noirs de Pierre Lemaitre qui en signe également les scénarios avec Perrine Margaine. Réalisée par Ziad Doueiri (Baron Noir), la série dispose d’un casting prestigieux avec en tête Eric Cantona, Alex Lutz et Suzanne Clément. Tandis que la série Devils qui a débarqué sur OCS il y a quelques jours nous présentait des grands méchants traders jouant indirectement avec la vie des populations sans réellement s’éterniser sur les conséquences de leurs agissements, Dérapages se focalise sur Alain Delambre (Eric Cantona) un homme accablé par le chômage, broyé par le système, qui va déraper en cédant à la colère. La série qui compte six épisodes d’une cinquantaine de minutes va prendre le temps de développer son parcours, de son statut d’homme « lambda » à celui de « forcené ».

Pour cela la série va adopter deux points de vue : celui d’un Eric Cantona affublé d’un look de taulard qui s’adresse directement au spectateur face caméra afin d’expliquer un peu ses états d’âme, et celui beaucoup plus classique des événements qui l’ont mené en prison, ainsi que ceux qui suivront. Nous ne pouvons pas dire que nous ayons été particulièrement emballés par le premier parti pris, celui des passages face caméra, heureusement minoritaires : déjà ils cassent toute surprise en nous présentant d’emblée un Alain Delambre en cellule et physiquement métamorphosé (bien que cela nous rende certes curieux de voir comment il en est arrivé là), ensuite ils manquent vraiment de spontanéité, enfin ils prennent un aspect « manifeste » assez maladroit alors même que la partie plus classique de l’histoire va largement nous démontrer que bien que nous puissions comprendre les raisons du pétage de plombs du personnage principal, cela n’excusera pas pour autant ses agissements. Le reste de l’histoire est donc heureusement mieux maîtrisé que ces passages épisodiques. Les trois premiers épisodes sont probablement les plus intéressants car il mettent en leur cœur un arc assez excitant : Alain Delambre, chômeur en fin de droits, désabusé et déprimé décroche enfin un entretien d’embauche, assorti d’un test, dans une grande entreprise. Le test s’avère malheureusement particulièrement immoral et périlleux car il consiste en la participation à une prise d’otages fictive où Alain va devoir réussir à être le meilleur au cours de l’interrogatoire d’employés qui ignorent tout du caractère factice du coup d’éclat ; quitte à ce qu’ils finissent tous traumatisés. Ainsi débutera le chavirement, qui sera plus complexe que ce que nous venons d’exposer, mais nous préférons vous conserver la surprise. Au centre des personnages il y a Alex Lutz qui incarne le Président de l’entreprise où Alain souhaite être recruté ; celui qui avait raflé un César pour l’excellent et touchant, mais trop confidentiel, Guy, excelle dans ce rôle. Chacune de ses apparitions en tant que tête pensante est savoureuse, Alex Lutz étant physiquement et oralement la personne idéale pour incarner ce manager froid, éloquent, charismatique, dénué d’affect mais pourtant tellement agréable à écouter. Suzanne Clément joue quant à elle Nicole, l’épouse d’Alain Delambre ; bien qu’elle serve un peu trop de faire-valoir vers la fin de la série, le spectateur comprend tout à fait le poids qui pèse sur ses épaules et éprouve davantage d’empathie envers elle que pour son mari. Un personnage féminin au développement intéressant et logique, plus facile à appréhender que celui du borderline Alain. Gustave Kervern est quant à lui Charles, le meilleur ami d’Alain, petit génie de l’informatique qui va lui être d’un secours indispensable du début à la fin. Si l’ensemble n’est pas forcément toujours très crédible, avec des rouages de temps à autre un peu gros, la série dispose d’un excellent rythme, de plusieurs moments particulièrement palpitants (le déroulement de la prise d’otages, la prison etc.) et ce jusqu’à sa conclusion. Mieux encore, en s’attardant sur le parcours évolutif d’Alain Delambre, la série balaie plusieurs angles de ses dérapages : le pan social oui, mais aussi familial, carcéral, médiatique et judiciaire, ce qui donne quelque chose de finalement assez dense.



Malgré les passages face caméra susmentionnés qui donnent un peu trop l’opportunité à Alain d’expliquer, voire de justifier, ses agissements particulièrement douteux, le reste de la série ne l’épargne pas vraiment ce qui est assez appréciable : outre son comportement parfois dénué de logique, les personnages qui l’entourent sont les premiers à lui faire reconnaître que tel ou tel choix, ou que telle ou telle opinion est irrationnel ou dangereux même s’il reste souvent campé sur ses positions. Autour d’Alain et de sa femme nous retrouvons leurs deux filles, Lucie (Alice de Lencquesaing) qui est avocate et qui va devoir mettre ses compétences à contribution, et Mathilde (Louise Coldefy, ici dans un rôle beaucoup moins déluré que dans Family Business), ainsi que le mari de cette dernière Gregory (Nicolas Martinez), des personnages secondaires qui ont tous une raison d’exister et une position à tenir. C’est d’ailleurs ce qui est agréable dans Dérapages : les personnages, y compris les plus en retrait, apportent tous quelque chose, aucun n’est laissé pour compte et sert, à son échelle, dans l’avancée de l’histoire.



Dérapages s’avère donc être une très bonne surprise que nous vous recommandons chaudement. Bien qu’il soit parfois nécessaire de ne pas être trop regardant sur la crédibilité de certains retournements et évènements, la série a le mérite d’être efficace et d’aller jusqu’au bout de son idée sans pour autant transformer son personnage principal en justicier des temps modernes…cette image existant bel et bien dans la série mais étant davantage l’icône médiatique dont il va se servir afin d’éviter de finir ses jours en prison, que ce qu’il est réellement. Chaque téléspectateur restera juge face à cet Alain Delambre dont l’instabilité émotionnelle ne justifie pas tout. La réalisation, le casting et le découpage de l’histoire ne laissent aucune place à l’ennui. Pari réussi !

Crédits: Arte

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